Séminaire sur la disparition des amphibiens

"Les amphibiens sont le groupe de vertébrés le plus menacés au monde"

Pour souligner 30 années de recherche sur le déclin des populations d’amphibiens et mettre en évidence le rôle déterminant du Canada dans le cadre de cette initiative importante, le Musée Redpath tiendra un symposium international sur l’écologie des amphibiens et la biologie de la conservation. Un grand nombre de chercheurs qui réalisent des avancées considérables dans le domaine seront présents pour l’occasion.

Hugo Cayuela, un chercheur dans les domaines de l’écologie et de l’évolution, a rencontré le Reporter pour parler de le déclin des populations d’amphibiens partout dans le monde.

Dans le cadre de votre recherche, vous vous êtes intéressé à l’influence des facteurs sociaux et environnementaux sur la dispersion des espèces animales, à l’effet que peut avoir la structure génomique sur la capacité de dispersion et les caractéristiques des espèces, ainsi qu’à la façon dont les facteurs environnementaux, comme le climat, influent sur la viabilité à long terme des populations animales. Que nous révèle votre recherche au sujet des amphibiens?

Les recherches que je mène avec mes collaborateurs montrent que la dispersion est un processus complexe et multifactoriel. La dispersion est déterminée par un ensemble de traits phénotypiques (comportement, morphologie, physiologie) et de facteurs sociaux et environnementaux. Le cycle de vie de nombreux amphibiens implique une reproduction et un développement larvaire aquatique d’une part, et une vie post-métamorphique terrestre d’autre part. Ce mode de vie bimodal complexifie substantiellement les mécanismes impliqués dans l’évolution de la dispersion, mais rend en même temps l’étude de ces questions particulièrement passionnante. Ces recherches permettent de compléter notre compréhension de la dispersion chez le vivant, qui est pour l’heure principalement alimentée par des études focalisées sur un nombre limité d’organismes modèles (quelques lézards, papillons, et oiseaux).

Hugo Cayuela

Pourquoi devrions-nous nous préoccuper de la dispersion des populations d’amphibiens?

Les amphibiens sont le groupe de vertébrés le plus menacés au monde, avec plus de 40% des espèces en déclin. La dispersion joue un rôle central dans le fonctionnement et la viabilité à long-terme des populations d’amphibiens en assurant un soutien démographique aux populations en déclin via l’immigration et en rendant possible la colonisation de nouveaux patches d’habitat. Par ailleurs, la dispersion conduit à des flux de gènes entre populations, ce qui limite l’érosion de la diversité génétique et permet aux populations de s’adapter plus rapidement à des changements environnementaux.

Les variations environnementales ont-elles une incidence importante sur le déclin des populations d’amphibiens?

Oui, les variations environnementales d’origine anthropique en premier lieu. On sait aujourd’hui que la perte et l’anthropisation des habitats aquatiques et terrestres constituent le premier facteur de déclin des populations d’amphibiens. D’autres facteurs, tels que la pollution, l’exploitation commerciale et l’introduction d’espèces exotiques peuvent aussi contribuer localement à des chutes démographiques. Par ailleurs, des maladies infectieuses telles que la chytridiomycose sont responsables de déclins spectaculaires partout dans le monde. Enfin, l’aridification de certaines régions du globe causée par les changements climatiques menace les sites de reproduction de nombreuses espèces d’amphibien, ce qui pourrait entrainer des extinctions massives dans les prochaines décennies.

Le 20 septembre, vous participerez au Symposium sur la disparition des amphibiens au Musée Redpath de l’Université McGill. À votre avis, quel nouvel éclairage cette rencontre jettera-t-elle sur le sujet?

Ce symposium va permettre de faire un état des lieux de nos connaissances sur une vaste gamme de sujets touchant de façon plus ou moins directe à la conservation des amphibiens. Il va aussi permettre de renforcer ou d’initier des collaborations entre chercheurs et d’identifier des axes de recherche novateurs afin d’améliorer nos connaissances sur l’écologie, l’évolution, et la conservation de ces animaux fascinants et menacés.

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