Liberté universitaire et équité à McGill

"En alliant l’empathie à l’excellence et le respect à la rigueur, on peut créer un tel environnement et enseigner les idées et les notions les plus controversées qui soient, tout en favorisant l’apprentissage et la réussite de l’ensemble des étudiants"

La liberté universitaire est forcément la clé de voûte de l’université moderne. Il n’est donc pas étonnant que nous cherchions à la préserver. L’avancement des connaissances repose sur la capacité du corps professoral à explorer des avenues de recherche ou à défendre ses idées sans crainte d’ingérence de la part de son université, du gouvernement ou du secteur privé.

Parallèlement, et plus que jamais, les universités sont appelées à promouvoir l’équité, la diversité et l’inclusion, et avec raison. Comme c’est le cas dans de nombreuses autres institutions, le portrait démographique de la plupart des universités ne reflète pas encore celui de la société. Les femmes et les membres de groupes sous-représentés peuvent parfois percevoir les campus comme des milieux peu accueillants et ressentir de l’isolement.

Les établissements d’enseignement supérieur doivent persévérer dans leurs efforts de promotion de l’équité, de la diversité et de l’inclusion afin que les chances soient les mêmes pour tous.

Christopher Manfredi, Vice-Principal Exécutif, Vice-Principal aux Études

Étant donnée l’importance capitale dans nos universités tant de la liberté universitaire, d’une part, que de l’équité, de la diversité et de l’inclusion, d’autre part, il est malheureux que dans le débat public récent, ces deux notions soient apparues incompatibles, comme si l’on nuisait forcément à l’une en faisant progresser l’autre. Je crois cela inquiétant et erroné.

En ma qualité de vice-principal exécutif et vice-principal aux études de l’Université McGill, j’ai toujours promu, appuyé et défendu vigoureusement la liberté universitaire, et j’entends continuer de le faire. Cela dit, je salue les efforts que déploie notre université en faveur de l’équité, de la diversité et de l’inclusion. Notre travail l’a démontré : il est possible, voire essentiel, de soutenir énergiquement à la fois la liberté universitaire et ces trois principes.

Les discussions récentes ont essentiellement porté sur la question que voici : doit-on permettre aux étudiants de s’opposer au contenu d’un cours qu’ils jugent offensant, en particulier lorsque l’équité, la diversité et l’inclusion sont en cause ? À mes yeux, la réponse est claire et nette. Il va de soi que les étudiants peuvent formuler leur objection au contenu d’un cours. Toutefois, jamais cette dernière ne devrait conduire à la censure ni aux mesures disciplinaires de la part de l’établissement. Nous avons tous en tête de nombreux exemples – certains remontant à des siècles et d’autres ayant cours encore aujourd’hui – d’institutions qui se sont employées à étouffer ou à faire cesser des activités d’enseignement et de recherche non orthodoxes ou « nuisibles ». Ce sont là des pratiques qui vont à l’encontre de la mission première d’une université : faire progresser le savoir par le dialogue et les échanges, en toute ouverture.

En d’autres termes, les enseignants sont libres de transmettre dans leurs cours la matière qu’ils jugent pertinente pour la formation de leurs étudiants. Quant aux étudiants, ils sont libres de remettre cette matière en question s’ils le souhaitent.

À vrai dire, c’est exactement ce que nous attendons d’un étudiant universitaire : qu’il pose un regard précis et critique sur la matière qui lui est enseignée ! Cela dit, cette manifestation d’inquiétude ou ce désaccord ne sauraient se traduire d’emblée, pour l’établissement, par l’annulation de la matière en question ou la création d’un soi-disant index.

Faire partie d’une communauté universitaire, c’est accepter d’être parfois exposé à des concepts et à des débats avec lesquels nous sommes en désaccord ou auxquels nous sommes – peut-être farouchement – opposés. C’est là une réalité indissociable de la vie universitaire. Au fil de leur apprentissage, les étudiants sont exposés – que ce soit dans leurs lectures ou directement, dans des contextes cliniques et pratiques – à des cas de violence et de traumatismes, passés et actuels, qui touchent tant des individus que des groupes de personnes. Si bouleversante soit-elle, la matière étudiée est essentielle et ne doit jamais être proscrite.

Voilà pourquoi, dans mes communications avec la communauté mcgilloise, j’ai été on ne peut plus clair à ce sujet : aucune idée ni aucun débat, mot ou travail n’est proscrit à l’Université McGill.

D’un autre côté, les étudiants s’attendent, à juste titre, à étudier dans un environnement qui peut certes les ébranler, mais toujours dans le respect de leur dignité profonde. En alliant l’empathie à l’excellence et le respect à la rigueur, on peut créer un tel environnement et enseigner les idées et les notions les plus controversées qui soient, tout en favorisant l’apprentissage et la réussite de l’ensemble des étudiants.

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