Nouvelles impressions de la dépression

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Longtemps, la dépression a été minimisée (du flegme et une bonne glace Häagen-Dazs et l’affaire était réglée), mais deux études récentes montrent que cette maladie profondément complexe et invalidante peut influencer et être influencée par nos propres fonctions corporelles.

Selon une récente étude de McGill et de l’Université de Montréal, les patients souffrant de coronopathie, également atteints de dépression ou présentant un niveau d’anxiété important, ont deux fois plus de risques d’être à nouveau hospitalisés pour des problèmes cardiaques. « En moyenne, les patients cardiaques non dépressifs présentent environ 13 pour cent de risques d’un nouvel événement cardiaque au cours des deux années qui suivent, contre 26 pour cent chez ceux qui souffrent soit de dépression majeure, soit de trouble d’anxiété généralisée », explique la chercheuse principale Nancy Frasure-Smith, professeure au Département de psychiatrie de McGill et chercheuse à l’Institut de cardiologie de Montréal et au CHUM.

Publiés dans les Archives of General Psychiatry, les résultats de cette étude ont porté sur des patients atteints d’une maladie coronarienne stable, et non sur des patients récemment hospitalisés pour une affection grave comme une crise cardiaque. « C’est la première étude qui démontre que l’anxiété et la dépression peuvent avoir une influence importante chez les personnes souffrant de coronopathie stable », souligne le collaborateur de recherche de Nancy Frasure-Smith, le professeur de psychiatrie de l’Université de Montréal François Lespérance.

L’équipe de recherche a interrogé plus de 800 patients atteints de coronopathie stable suivis par un médecin. « Puisque nous savons désormais que l’anxiété et la dépression majeure sont deux marqueurs de l’augmentation du risque cardiaque, il est impératif que ces patients soient traités pour leur maladie cardiaque et leurs troubles psychiatriques », conclut l’étude.

Une autre étude récente, également publiée dans les Archives of General Psychiatry, révèle que des chercheurs de l’INM ont identifié les bases neurologiques de la dépression chez des athlètes masculins victimes de traumatisme crânien. Outre les problèmes de mémoire et d’épuisement, nombre d’athlètes souffrent de dépression à la suite d’une commotion cérébrale. Alors qu’environ cinq pour cent seulement de la population souffre de dépression grave, près de 40 pour cent des traumatisés crâniens peuvent présenter de tels symptômes.

« Jusqu’à présent, on savait très peu de choses sur les fondements neurologiques de la dépression fréquemment signalée par les athlètes à la suite d’un traumatisme crânien », souligne le neuropsychologue de l’INM Alain Ptito, chercheur principal de l’étude. À l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, une technique informatisée, son équipe a mesuré le taux d’oxygène sanguin chez 56 athlètes masculins, dont 40 victimes de traumatisme crânien et 16 indemnes. Les sportifs blessés dépressifs présentaient le même modèle d’activation cérébrale que les patients souffrant de dépression majeure, particulièrement dans le cortex préfrontal dorsolatéral et le strianum, de même qu’une désactivation atténuée dans les régions frontale médiane et temporale, conformément à un modèle limbique-frontal de dépression. Les chercheurs sont d’avis que les symptômes de la dépression successifs à un traumatisme crânien peuvent présenter le même mécanisme neural rattaché à la dépression majeure. Alain Ptito pense que ce résultat indique un lien étroit entre la lésion cérébrale infligée par la commotion et la dépression qui s’ensuit, et qu’il aura des répercussions importantes relativement aux traitements pharmacologiques et psychologiques.


Les recherches de Nancy Frasure-Smith sont financées par les IRSC, GlaxoSmithKline, la Fondation Charles A. Dana, la Fondation de l’Institut de cardiologie de Montréal, le Fonds Pierre David et la Fondation du CHUM. Les recherches d’Alain Ptito sont financées par les IRSC et le FRSQ.