McGill tombe dans l’œil d’Ubisoft

Les personnes souffrant d’amblyopie – le syndrome de l’œil paresseux – pourront bientôt recourir à un traitement inusité : jouer à un jeu vidéo. Le jeu Dig Rush a été créé par Ubisoft à partir de recherches réalisées à McGill pour traiter ce trouble, qui peut mener à la cécité s’il n’est pas bien traité.
En plus d’exposer les deux yeux à des stimuli d’intensité différente, les médecins peuvent ajuster le contraste entre le bleu et le rouge à l’aide de lunettes stéréoscopiques, afin qu’un œil voie les images mieux que l’autre. Image : Ubisoft
En plus d’exposer les deux yeux à des stimuli d’intensité différente, les médecins peuvent ajuster le contraste entre le bleu et le rouge à l’aide de lunettes stéréoscopiques, afin qu’un œil voie les images mieux que l’autre. Image : Ubisoft

À partir de résultats de recherche de McGill, l’entreprise a créé un jeu vidéo qui permet de traiter l’œil paresseux 

Par Diana Kwon

On a toujours dit aux adultes atteints d’amblyopie, ou syndrome de l’œil paresseux, que le trouble dont ils sont atteints ne pouvait pas être traité. Or, en collaboration avec l’entreprise de jeux vidéo Ubisoft, un groupe de chercheurs de l’Université McGill a mis au point un traitement inusité : un jeu vidéo.

Ils ont créé Dig Rush, un jeu pour tablette électronique où les participants contrôlent des taupes qui fouillent la terre à la recherche d’or. Parce qu’il exploite la plasticité du cerveau de l’adulte, le jeu est utile pour le traitement de l’amblyopie.

« Nous avions toujours cru que le cerveau de l’enfant était plastique, mais pas celui de l’adulte. Nous savons maintenant que le cerveau peut encore être modifié considérablement à l’âge adulte », explique Robert Hess, directeur de l’Unité de recherche sur la vision de l’Université McGill et chercheur principal du projet. « Cela signifie que nous pourrions concevoir de nouvelles méthodes permettant de rétablir la fonction perdue pendant l’enfance ou à la suite d’un accident vasculaire ou d’un traumatisme. »

En Amérique du Nord, l’amblyopie touche environ trois pour cent de la population. Il s’agit de la principale cause de déficience visuelle chez l’enfant et, si elle n’est pas traitée avec succès, elle constitue l’une des principales causes de cécité chez l’adulte. Chez les personnes atteintes d’amblyopie, on observe un problème de traitement de l’information dans le cerveau qui se traduit par l’utilisation d’un œil au détriment de l’autre.

À l’heure actuelle, le traitement de l’amblyopie consiste à cacher l’œil qui voit bien afin de forcer celui qui voit mal à travailler. Ce traitement n’est utilisé que chez les enfants et son efficacité laisse à désirer; on observe une amélioration chez 60 pour cent des patients, mais l’état de 25 pour cent d’entre eux régresse lorsque l’on retire le cache oculaire.

Dig Rush repose sur une toute nouvelle approche thérapeutique de l’amblyopie. Plutôt que d’essayer d’améliorer la vision d’un œil, ce jeu vidéo pousse les deux yeux à travailler de concert en les exposant à des stimuli d’intensité différente.

Au fur et à mesure que la vision du patient s’améliore, les paramètres du jeu peuvent être modifiés afin de favoriser de nouveaux progrès. En outre, contrairement au cache oculaire, ce traitement est efficace tant chez les enfants que chez les adultes.

Les patients ayant participé aux essais ont constaté une amélioration spectaculaire après avoir utilisé le jeu une heure par jour pendant six semaines environ, et cette amélioration a persisté même après que l’étude ait pris fin. Les effets durables du traitement prouvent qu’il permet d’exploiter la plasticité du cerveau.

Robert Hess et les membres de son équipe ont amorcé leurs travaux sur ce traitement il y a près de 10 ans, en élaborant les fondements scientifiques et en mettant à l’essai les versions préliminaires du jeu. Le prototype faisait appel à une adaptation du populaire jeu de casse-tête Tetris, où l’œil le plus faible voyait seulement les blocs qui descendaient du haut de l’écran et l’autre, les blocs déjà au sol. L’intensité du signal envoyé à chaque œil variait, mais les deux signaux étaient nécessaires pour jouer à ce jeu.

« Nous avons non seulement découvert que les deux yeux travaillaient de nouveau ensemble, mais que la vision de l’œil le plus faible s’était également améliorée. Certains patients pouvaient même voir en trois dimensions pour la première fois », affirme Robert Hess.

Une fois le traitement mis au point, il a été breveté par McGill et cédé sous licence à Amblyotech, une entreprise en démarrage. Ubisoft, l’entreprise derrière les populaires jeux vidéo Assassin’s Creed et Far Cry, a été recrutée afin d’utiliser les résultats obtenus par l’équipe de chercheurs de McGill pour en faire un jeu intéressant auquel les patients voudraient jouer tous les jours. Lorsque Santé Canada et la Food and Drug Administration l’auront approuvé, il pourrait être distribué à titre de traitement médical offert sur ordonnance.

« À titre de producteur de jeux, c’est très stimulant de travailler sur un tel produit, affirme Mathieu Ferland, producteur principal chez Ubisoft. Il est satisfaisant de savoir que le jeu Dig Rush peut améliorer la vision de millions de personnes. »

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