Il n’est jamais trop tard pour apprendre

En conversation avec Ram Panda, président du Conseil des gouverneurs
Ram Panda, président du Conseil des gouverneurs de l’Université McGill

En 1978, Ram Panda, diplômé d’une maîtrise en génie de McGill en 1971 et d’un MBA en 1977, participe à la fondation d’Invera, devenue la plus importante société de logiciels qui se consacre au secteur des métaux. M. Panda s’est joint au Conseil des gouverneurs de l’Université McGill en 2014 et en assure la présidence depuis deux ans. Il a accepté de nous rencontrer afin de parler de langue, de philanthropie et de la place importante qu’occuperont les universités dans la résolution de la crise écologique qui taraude l’humanité.

Il y a cinq ans, vous vous êtes impliqué dans le Conseil des gouverneurs de l’Université McGill et vous en êtes maintenant le président. Pourquoi avez-vous décidé de donner de votre temps à l’Université?

Il y a quelques années, j’ai réalisé que le bénévolat était très important pour les universités, parce qu’ils peuvent tirer profit de l’expérience et de l’expertise de gens de l’extérieur, des gens qui ont voyagé et travaillé dans plusieurs endroits dans le monde et qui peuvent apporter une sorte de sagesse. Le Conseil des gouverneurs est très important puisque ses membres jouent, en quelque sorte, un rôle de sage en offrant de précieux conseils et en assurant une surveillance des activités de l’institution. Je suis vraiment fier de m’impliquer au conseil et c’est très agréable pour moi, même si ça représente une charge de travail très importante. C’est un peu comme si j’avais un deuxième emploi.

En plus d’être bénévole à McGill, il y a environ 10 ans, vous avez fait un don à l’Université afin de créer ce qui est aujourd’hui devenu le Trottier Institute for Sustainability in Engineering and Design. Pourquoi l’enjeu du développement durable vous tient-il à cœur?

L’humanité fait face à de nombreux défis, particulièrement en ce qui a trait à l’environnement, et comme plusieurs, j’ai beaucoup d’inquiétudes. Les universités peuvent être les fers de lance du changement dans la société. On peut faire beaucoup de choses grâce au savoir, l’éducation et la recherche. Je reste très optimiste que c’est possible d’éviter un désastre, mais il nous reste peu de temps, donc on doit agir très rapidement et les universités ont un rôle à y jouer. Je suis très heureux que McGill prenne ses responsabilités à ce chapitre.

Vous êtes originaire de l’Inde, mais vous êtes arrivé au Canada en 1968 afin de faire une maîtrise en génie à l’Université McGill. Pourquoi avez-vous choisi cette université?

J’avais un oncle qui était ingénieur en aérospatiale qui travaillait pour Canadair à l’époque. C’est lui qui m’a incité à choisir McGill. J’avais d’abord songé à aller aux États-Unis, comme beaucoup de mes collègues indiens qui s’en allaient en Amérique ou en Angleterre, principalement à cause de la langue. Mais j’ai quand même choisi McGill. J’étais très nerveux de venir dans un autre pays, une autre culture et un autre climat. Je suis arrivé au Canada et je ne parlais pas du tout français. Ma langue maternelle, c’est le Telugu, une langue classique de l’Inde qui partage beaucoup de choses avec le Sanskrit. La deuxième langue que j’ai apprise c’est l’anglais et je suis à l’aise avec le Hindi, la langue nationale en Inde. Quand je suis arrivé à Montréal, j’étais essentiellement un anglophone sans aucun contact avec la France, le français ou le Québec. Pour moi, le français était complètement étranger.

Ça ne vous a pas posé de problèmes de ne pas maîtriser la langue en arrivant à Montréal?

Ma première année a été très difficile. Pas à cause de mon accueil ou de McGill, mais plutôt, j’ai eu le mal du pays. On souffre un peu les premiers temps, c’est tout à fait naturel pour les étudiants étrangers. Malgré tout, les gens étaient, en général, très sympas, j’ai été accueilli très chaleureusement. En 1968, il existait un petit monde anglophone dans la Ville de Montréal. Si vous étudiiez à McGill et que vous viviez dans le coin à l’époque, vous étiez complètement isolé du monde francophone de l’extérieur de l’Université. Le boulevard Saint-Laurent départageait vraiment deux réalités. Depuis 50 ans, la Ville de Montréal a bien changé. Beaucoup d’anglophones parlent maintenant très bien français, ils se mélangent beaucoup plus maintenant, c’est devenu très naturel.

À quel moment avez-vous appris à parler français? 

J’ai commencé à apprendre le français alors que j’avais presque 60 ans! J’ai toujours adoré vivre au Québec, mais j’y ai vécu pendant de nombreuses années sans pouvoir parler la langue de la majorité, c’était très étrange pour moi. C’était un peu comme faire du lèche-vitrine. Je pouvais regarder ce monde, de l’extérieur, sans vraiment pouvoir y avoir accès.

Pourquoi avoir décidé de le faire aussi tardivement, alors que vous aviez déjà fait votre carrière?

Pendant toute ma vie professionnelle, j’ai été très occupé avec la société que j’ai fondée, tout se passait en anglais, les clients étaient à l’extérieur du Québec.  J’avais ma famille, j’étais trop occupé. Il y a dix ans, j’ai commencé à réfléchir à mon rapport au français et ça m’a vraiment frappé quand j’ai commencé à m’impliquer davantage à McGill. J’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose dans la vie, à l’extérieur du travail, pour pouvoir bien vivre au Québec. Pour combler ce trou, j’ai décidé qu’il était temps de m’y mettre afin de pouvoir aussi vivre dans cette langue.

Maintenant que vous maîtrisez plutôt bien le français, votre rapport au Québec a-t-il changé?

Oui, ça change beaucoup les choses. Maintenant, j’arrive à faire de petits discours, mener des conversations en français sans être trop gêné.  Je suis beaucoup plus à l’aise, même si je ne maîtrise pas tout parfaitement et je constate que mon rapport avec les Québécois francophones a effectivement beaucoup changé. Souvent, c’est évident que les gens me prennent pour un anglophone en me voyant, mais lorsque je m’adresse à eux en français, leur attitude change. C’est vraiment une expérience formidable parce qu’un autre monde s’ouvre à moi maintenant, je peux, finalement, vivre dans deux mondes en même temps. Ça fait en sorte que je suis à l’aise de voyager et fonctionner en région partout au Québec.

Malgré tout, je ne suis pas satisfait avec mon niveau de français.  Je veux continuer à l’améliorer afin d’arriver à mieux écrire et, un jour, pouvoir lire de la littérature française. Je sais que je vais y arriver, c’est un défi que je me suis fixé. Ça montre bien qu’il n’est jamais trop tard pour s’y mettre. Si vous êtes intéressés par quelque chose et que vous y mettez les efforts nécessaires, il n’est jamais trop tard pour apprendre.

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