Voyageurs du désert

Une classe vivante de deux semaines donne aux étudiants une expérience directe du désert
La salle de classe vivante du cours Écologie du désert

Pour bon nombre d’entre nous, le désert évoque un horizon sans fin de dunes balayées par le vent dans des contrées arides et inhospitalières.

Mais ce n’est pas du tout l’idée que s’en font les 24 étudiants du cours Écologie du désert, qui sont sur le terrain, en Arizona.

« Il y a tellement de végétaux et d’animaux; je ne m’attendais pas à ça », nous confie Catherine Choquette, en troisième année à l’École d’environnement. « Des cactus, des buissons et tellement d’insectes et d’oiseaux. »

« Et des serpents », crie un compagnon de route. « Il ne faut pas les oublier, ceux-là! »

À l’aventure en Arizona

L’entrevue se déroule par cellulaire, dans la Dodge Caravan de location de nos joyeux lurons qui file vers l’Arizona-Sonora Desert Museum, près de Tucson. Après la visite, ils planteront leurs tentes dans le Catalina State Park, où ils passeront trois jours à explorer la région et à noircir leur carnet de voyage.

Leur joie et leur fébrilité sont palpables, même au téléphone. Et pour cause : ils sont au beau milieu d’un périple de deux semaines dans les zones arides du sud-ouest des États‑Unis, où ils étudient les liens entre climat, géologie, relief, biodiversité, évolution biotique et écosystèmes. Tout le long de cette aventure, ils voyagent, campent et travaillent en groupe : c’est donc dire que l’apprentissage va bien au‑delà de l’écologie du désert.

« Camper avec 30 personnes, cuisiner pour 30 personnes, faire la vaisselle de 30 personnes, c’est une expérience de travail d’équipe complète qui ne s’acquiert pas dans les livres », fait observer Chris Buddle, professeur d’entomologie et doyen à la vie étudiante, qui fait partie des accompagnateurs. « Mais nous nous régalons. Ce matin, une équipe a fait des crêpes. Ils se sont levés aux petites heures pour préparer les réchauds Coleman et nous ont cuisiné des crêpes dans les règles de l’art, servies avec des fruits et du bon vieux sirop d’érable canadien. »

« Nous ne sommes pas à plaindre, nous assure le professeur dans un éclat de rire. Si ça se trouve, nous allons repartir d’ici avec quelques kilos en plus. »

Carnet de voyage à la sauce Facebook

Offert tous les deux ans, le cours Écologie du désert existe depuis des dizaines d’années. Mais cette année, les organisateurs y sont allés d’une nouveauté : ils ont créé une page Facebook à laquelle tous les étudiants sont tenus de contribuer.

Ils y relatent leurs observations et leurs expériences dans de courts récits destinés au grand public. Des photos de toute sorte – paysages à couper le souffle, flore et faune du désert, virées de magasinage, campement, etc. – viennent égayer le tout.

Le volet écriture n’était pas une mince affaire pour Quentin Laverne, étudiant en biologie de l’environnement avec spécialisation en biologie végétale. Car le fait est que ce fil Facebook est suivi : ces publications sont lues.

« Je dois dire que c’est un peu plus difficile d’écrire lorsqu’on sait que 500 personnes vont nous lire. Ça nous force à nous interroger sérieusement sur le contenu, à nous assurer que nos publications sont vraiment instructives. J’ai fait relire mon texte par trois ou quatre personnes », souligne-t-il.

Après une visite du Tonto National Monument et de ses habitations troglodytiques construites à flanc de falaise par les Indiens Salado, Quentin a publié un texte sur la survie en zone désertique, mettant en lumière le mode de vie de ce peuple, plus simple que celui de l’amateur de randonnée des temps modernes, mais davantage en harmonie avec la nature.

Poètes des sables

Tout à la fois récit de voyage, éditorial et journal de recherche, les publications sont portées par le souffle poétique de leur auteur. Habitat d’une flore et d’une faune incroyablement riches, le désert s’élève, sous la plume de ces aventuriers, au rang de muse.

« Une étendue désertique en cache plusieurs autres et est un véritable trésor qui sera un jour livré aux mains des archéologues. Bien sûr, nous ne sommes pas ici dans une capsule temporelle et avons plutôt l’impression de faire du journalisme de guerre, où un calme étrange règne lorsque les obus ne pleuvent pas », écrit Victor Dagenais-Martin, étudiant en sciences agroenvironnementales au campus Macdonald dans sa publication intitulée Le Désert se rit du temps. « Bien à l’abri dans mon sac de couchage, je vois tous les soirs converger vers la flamme du propane une nuée d’insectes qui suffit à apaiser mes craintes d’extinction généralisée de ces invertébrés. Les taches constellant le pare-brise de notre minifourgonnette sept passagers ont aussi quelque chose de rassurant. »

Dans un article intitulé Avez-vous la fibre désertique?, Adriele Benedetto, lui aussi étudiant en sciences agroenvironnementales au campus Macdonald, écrit : « Pendant l’ascension du sentier Wind Cave de la montagne Usery, nous sommes tombés sur un groupe de jeunes qui, telles des gazelles, serpentaient sur les flancs de la montagne en courant, accompagnés de ce qui ressemblait à de petits rats, mais étaient en fait leurs chihuahuas. Nous nous arrêtions devant chaque granit et chaque lézard, mais eux, enjambant serpents à sonnette et contournant d’épineux cactus, semblaient fermement résolus à poursuivre leur séance d’exercices. »

Pour suivre les aventures du groupe sur Facebook, cliquez ici.

Citoyen du désert guette les intrus

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