Melanie J. Newton parle des « gâchis » du colonialisme et des nouvelles voies de compréhension

La diplômée mcgilloise et ancienne coordonnatrice du Daily prononcera le discours principal à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs 2024.

 

Au milieu des années 1990, à l’époque où elle était encore étudiante au premier cycle à l’Université McGill, la Pre Melanie J. Newton était loin de se douter qu’elle reviendrait un jour à son alma mater pour y prononcer le discours thème du Mois de l’histoire des Noirs.

La Pre Newton a entamé son cursus à l’Université McGill en faisant une majeure en études allemandes contemporaines, programme bien différent de ses domaines d’expertise actuels, soit l’esclavage et l’émancipation, les diasporas autochtones et africaines, et l’histoire sociale et du genre.

« Mes parents étaient, à juste titre, sceptiques. Pourquoi est-ce qu’une étudiante des Caraïbes irait à l’université à l’étranger pour apprendre une langue et une culture dont elle ne connaît presque rien? Mais à l’époque, j’étais résolue à essayer de comprendre la nature de la pensée discriminatoire qui a conduit de simples citoyens à accepter un mouvement comme le parti nazi et à laisser l’Holocauste se produire sous leurs yeux. Je voulais comprendre comment on en était arrivés là », raconte la professeure agrégée à l’Université de Toronto dans une récente entrevue accordée au McGill Reporter.

Au cours de sa dernière année à McGill, la professeure a fait une mineure en histoire de l’Empire britannique, un des seuls moyens qui s’offraient à elle pour explorer ses racines caribéennes et le colonialisme. Un cours sur l’histoire de l’Afrique de l’Ouest donné par Ismail Rashid – alors doctorant et aujourd’hui professeur au Collège Vassar – l’a particulièrement marquée.

« Le bon côté de la chose, c’est que cette impression générale de ne pas tout savoir m’a poussée à m’interroger et à remettre certaines idées en question. »

Les gâchis du colonialisme

Melanie J. Newton, professeure agrégée à l’Université de Toronto
“« Les améliorations arrivent par la force des choses, parce que les gens agissent. »

Le 8 février prochain, à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, la Pre Newton prononcera l’allocution principale, intitulée « This Mess of a Colonial Legacy: Revolutionary Relationalities, Arrivant Statehood and Afro-Indigenous Futures ».

« Quand j’étais directrice du programme d’études caribéennes à l’Université de Toronto, j’ai brièvement travaillé avec Filiberto Penados, chercheur bélizien et militant maya. En 2015, il a écrit sur ce qu’il appelait “les gâchis du colonialisme”, voyant là un héritage complexe, certes, mais également une raison d’être optimiste quant à l’avenir que les diasporas autochtones et africaines peuvent se forger », ajoute-t-elle.

Pour la Pre Newton, il faut en finir avec cette image des deux peuples postcoloniaux – les Autochtones et les impérialistes, ou colons – qui assimile aux colons les esclaves venus d’Afrique et leurs descendants.

« Cette distinction est problématique aussi dans le cas des personnes autochtones comme les Garifuna », peuple afro-autochtone des Caraïbes originaire de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, mais aujourd’hui disséminé à travers l’Amérique centrale. « Les impérialistes ont chassé les Garifuna de leurs terres traditionnelles vers des régions d’Amérique centrale et du Sud où ils n’étaient plus considérés comme autochtones. »

Selon la Pre Newton, on réaliserait des progrès considérables en rejetant la dualité, en acceptant les « gâchis » et en adoptant de nouveaux termes comme « arrivant », concept issu des pratiques religieuses afro-jamaïcaines que le poète et professeur barbadien Kamau Brathwaite a utilisé pour étudier le vécu des Afro-caribéens. « Tout comme d’autres intellectuels caribéens publiés dans les années 1970, Kamau Brathwaite a vu venir les débats qui allaient éclore des décennies plus tard, entre autres les récits de réconciliation qui invisibilisent les Noirs dans une version simpliste de l’histoire qui place les Autochtones d’un côté et les colons de l’autre », explique-t-elle.

La professeure doit ce concept à Jodi Byrd, scientifique chicacha enseignant l’anglais à l’Université Cornell.

Une expérience mcgilloise très formatrice

Les années mcgilloises de la Pre Newton ont été formatrices, et pas uniquement en classe : au sein de l’équipe du Daily également. C’était l’époque de la fin de l’apartheid, des accords d’Oslo et du mouvement souverainiste au Québec. Elle a vécu une expérience particulièrement marquante en 1995 en assistant, en compagnie d’autres journalistes du Daily, à une manifestation à la réserve de Kahnawà:ke tenue en soutien aux manifestants autochtones d’Ipperwash, en Ontario.

« Même si l’article n’allait être rédigé que par une seule personne, je me souviens que cinq d’entre nous sont allés à une manifestation sur la réserve et que nous nous sommes joints à une foule composée principalement de mères et d’enfants, raconte-t-elle. À un moment donné, nous avons entendu dire à la radio que la manifestation était violente et que des voitures avaient été renversées. Nous étions stupéfaits, puisque nous étions sur place et que tout était paisible. »

Sa remise en question de l’héritage de l’Empire britannique l’a menée vers l’obtention d’un doctorat en histoire à l’Université d’Oxford. Entre son baccalauréat en arts à McGill et son doctorat, elle a siégé en tant que représentante de la jeunesse à la commission de révision constitutionnelle de la Barbade, laquelle allait mener, en 2021, au passage du statut de monarchie constitutionnelle à celui de république.

« Les améliorations arrivent par la force des choses, parce que les gens agissent. Mais comme on le constate encore et toujours, le changement n’est pas unidirectionnel, il ne fait que rediriger le conflit », conclut-elle.

Le discours de Melanie J. Newton est ouvert à toute la communauté mcgilloise et la population montréalaise. L’événement est gratuit. Pour obtenir des billets, rendez-vous sur la page Web du Mois de l’histoire des Noirs. Pour obtenir plus de renseignements sur les publications, le parcours et les distinctions de la Pre Newton, veuillez consulter cette page Web.

 

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