De la perte à l’héritage

Portée par le souvenir de son père, Alexa Mouawad transforme la perte en compassion, innovation et dévouement envers ses patients
Lauréate du prix « Personnalité 1er cycle » de Forces AVENIR 2025, Alexa Mouawad a été saluée comme « une étudiante déterminée à améliorer la santé des populations vulnérables et à stimuler l’innovation dans sa pratique ».

Le 14 octobre dernier, au Théâtre Capitole de Québec, Alexa Mouawad est montée sur scène pour recevoir le prix « Personnalité 1er cycle » de Forces AVENIR. Elle portait alors en elle le souvenir de celui qui a inspiré les valeurs et les réalisations honorées ce soir-là : son père, Alex.

Dans son éloge, Forces AVENIR, qui souligne l’engagement et le leadership des étudiantes et étudiants du Québec, a décrit l’étudiante en troisième année de médecine à l’Université McGill comme « une étudiante déterminée à améliorer la santé des populations vulnérables et à stimuler l’innovation dans sa pratique ». Son parcours, a-t-on ajouté, « allie science, résilience et justice sociale avec un génie remarquable ».

Cette résilience, Alexa Mouawad l’a développée alors qu’elle était encore toute jeune. Elle n’avait que 12 ans lorsque son père, souvent hospitalisé pour une maladie cardiovasculaire, est décédé soudainement. Du jour au lendemain, sa vie a basculé. En plus de perdre l’une de ses plus grandes sources d’amour et d’encouragement, elle a dû prendre la relève pour aider à faire tourner l’entreprise familiale d’électronique.

« J’avais seulement 12 ans, mais j’avais passé tellement de temps avec mon père dans l’atelier que je savais quoi faire, se souvient-elle. Ma mère s’occupait de la gestion et des finances, mais après l’école, je rentrais pour faire des réparations et servir les clients. C’était notre façon de rester à flot et, d’une manière, de rester liée à lui. »

Ce lien était fort, bâti sur une vie entière d’amour.

« Il adorait ses trois filles, raconte-t-elle. C’était le papa blagueur, toujours en train de nous faire rire. »

 

Le service au cœur de son parcours

Après la disparition de son père, Alexa Mouawad a trouvé dans le milieu hospitalier un espace de réconfort, d’abord au Leamington District Memorial (aujourd’hui Erie Shores HealthCare), puis à l’Hôtel-Dieu Grace (aujourd’hui Hôtel-Dieu Grace Healthcare), en Ontario, où elle consacrait son temps à offrir son aide aux patients, à leurs proches et au personnel après les cours.

« Je me souviens d’avoir vu deux de mes enseignants arriver comme patients, raconte-t-elle. Ça m’a frappée : la vie peut changer d’un instant à l’autre, et il faut alors être présent. »

Très vite, son dévouement a dépassé les murs de l’hôpital. À l’adolescence, elle a fondé Youth Troop, programme de bénévolat destiné à inciter les jeunes à changer la donne dans la collectivité. L’initiative a rapidement dépassé le cadre local : reprise par la Société canadienne du cancer, elle est devenue le point de départ d’une première expérience d’action à grande échelle pour Alexa Mouawad.

Après le secondaire, Alexa Mouawad a décroché trois baccalauréats à l’Université d’Ottawa : un en biochimie, un en génie chimique et un en informatique. Elle a commencé sa carrière comme ingénieure et a travaillé dans les domaines de l’optimisation des processus et du développement de logiciels, avant de décider de tout reprendre à zéro et d’entamer un parcours en médecine.

« J’aimais le génie, mais je commençais à tourner en rond, confie-t-elle en riant. Un matin, je me suis réveillée et je me suis dit : “Assez. Je vais étudier en médecine.” C’était une idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Je savais que si je ne me lançais pas immédiatement, je perdrais cette motivation. »

Aujourd’hui, en troisième année de médecine à l’Université McGill, Alexa met à profit ses réflexes d’ingénieure et sa fibre humanitaire en ophtalmologie, une spécialité à la croisée de la technologie et de la santé mondiale.

« L’ophtalmologie m’a fascinée dès le départ parce qu’elle repose sur l’innovation : l’imagerie, la microchirurgie, les diagnostics par intelligence artificielle… Mais, au fond, il s’agit surtout de redonner la vue et de transformer des vies. »

Alexa développe actuellement de nouveaux outils d’imagerie et de diagnostic pour les maladies rétiniennes et a participé à plusieurs projets axés sur l’IA et l’apprentissage automatique visant à améliorer les soins oculaires.

 

Un dévouement qui dépasse les frontières

Le dévouement d’Alexa Mouawad dépasse largement les murs des hôpitaux et des laboratoires. Bénévole engagée auprès de Médecins du Monde au Canada et en Argentine, elle milite pour que l’accès aux soins de santé soit reconnu comme un droit, non comme un privilège.

« J’ai toujours eu une perspective humanitaire, dit-elle. On ne choisit pas les circonstances dans lesquelles on naît, mais on peut choisir de combler l’écart entre privilège et besoin. Chaque personne avec qui je fais connaissance m’apprend quelque chose de nouveau, et ces rencontres me poussent à continuer. »

Elle a travaillé avec des communautés autochtones du nord du Québec et des personnes immigrantes à Montréal, et prévoit des missions médicales en Équateur. Ce qui la motive, dit-elle, c’est la conviction que les récits humains et le lien avec les patients sont aussi essentiels à la médecine que la science elle-même.

« J’aime connaître l’histoire des gens, confie-t-elle. Les personnes qui ont traversé l’adversité sont souvent les plus inspirantes; elles me rappellent pourquoi je fais ce que je fais. »

 

Un héritage à perpétuer

Si le décès de son père demeure un tournant dans sa vie, Alexa Mouawad rend aussi hommage à sa mère, qu’elle décrit comme un pilier.

« Ma mère a été formidable, dit-elle. Elle nous a appris la discipline, le travail acharné et l’autonomie, mais aussi à nous débrouiller par nos propres moyens. Tout ce que j’ai accompli repose sur les bases qu’elle a posées pour nous. »

Lorsqu’on lui demande si son père continue de la motiver, elle hoche la tête.

« Les années ont passé, mais son souvenir reste aussi présent, dit-elle. Quand j’ai décidé d’étudier la médecine, j’ai eu l’impression de renouer avec une part de mon enfance – de retrouver les hôpitaux, de me remémorer les moments partagés. C’était comme si je reprenais le chemin qui m’était destiné. »

Pour Alexa Mouawad, ses réalisations ne sont pas une question de reconnaissance. Chaque patient, chaque innovation et chaque geste de compassion est pour elle une façon de perpétuer la mémoire de son père.