Uhuru : le récit africain libéré

Une revue étudiante met en valeur la diversité du continent africain et l’agentivité de ses habitants 
Henry Maidoh, with members of the African Studies Students' Association
Henry Maidoh, vu ici avec d’autres membres de l’Association des étudiants et étudiantes en études africaines, affirme que l’un des principaux objectifs de la revue est d’amener ses lecteurs et lectrices à se libérer des stéréotypes et des généralisations. 

Créée à l’initiative du programme Études africaines de l’Université McGill et publiée chaque printemps, la revue étudiante Uhuru tire son nom d’un mot swahili qui signifie « liberté ».

L’un des principaux objectifs de la revue est d’amener ses lecteurs et lectrices à se libérer des stéréotypes et des généralisations.

« Nous montrons l’Afrique sous un jour favorable, différent de ce qui nous est habituellement proposé, afin de mettre en valeur sa nature multiple », explique Henry Maidoh (B. A. 2027), étudiant en sciences politiques (cheminement Honours), vice-président aux études de l’Association des étudiants et étudiantes en études africaines, et membre du conseil d’administration de la revue Uhuru.

Pour ce faire, nous nous employons à montrer que l’Afrique est un immense continent qui ne saurait être réduit à une entité homogène : chaque pays possède une culture, des modes vestimentaires, des traditions culinaires et des dynamiques sociales qui lui sont propres.

Uhuru, c’est également une tribune où les jeunes, en particulier ceux d’origine africaine, peuvent mettre en valeur leurs cultures, leurs points de vue et leurs réalités, précise Henry Maidoh, lui-même d’ascendance nigériane. Né au Royaume-Uni, il a déménagé à Ottawa avec sa famille lorsqu’il avait une douzaine d’années.

« Nous voulons donner une voix à ces jeunes pour qu’ils puissent parler de ce qu’ils veulent accomplir, tant aujourd’hui que plus tard dans leur vie. », ajoute-t-il.

 

La puissance d’agir

Parue l’année dernière sous le thème Beyond the Single Story: Embracing Africa’s Diverse Realities, la quatrième édition de la revue s’éloignait des représentations réductrices que véhiculent trop souvent les médias traditionnels et les universitaires.

« L’objectif de cette édition était de combattre les préjugés associés à l’Afrique. Je suis convaincu que le partage des savoirs est la voie à suivre pour y parvenir », précise Henry Maidoh.

En couverture de la revue, l’œuvre Journey (38), peinture saisissante de l’artiste éthiopien Tewodros Hagos, montre une personne migrante enveloppée dans une couverture de survie, debout, le regard dirigé vers l’extérieur de la toile.

« L’image que les médias occidentaux véhiculent de l’Afrique présente les Africains et Africaines comme des personnes dépourvues de capacité d’agir, d’agentivité. Pour la couverture de l’année dernière, nous avons choisi le portait de cette personne qui se trouve dans une situation difficile, mais qui demeure fière et solide grâce à son agentivité. Bien sûr, il y a des événements sur lesquels nous ne pouvons pas agir, mais au cœur de cette réalité, il y a des êtres humains porteurs de rêves, d’aspirations et de projets. »

 

Le regard tourné vers l’avenir

Pour la cinquième édition de la revue, qui sera publiée au printemps, l’équipe éditoriale a retenu le thème de l’afrofuturisme.

« Dans le dernier numéro, nous cherchions à déconstruire les idées reçues et les visions réductrices de l’Afrique et de la diaspora africaine, héritées du passé. Pour le prochain, nous avons décidé de changer de perspective et d’utiliser le passé comme un pont vers les futurs auxquels nous travaillons actuellement, et ceux que nous souhaitons projeter encore plus loin », explique Henry Maidoh.

Le prochain numéro « abordera la réappropriation de la culture et présentera l’Afrique dans sa globalité : progrès technologiques, défense des droits, les gens qui prennent en main leur destin – autant de démonstrations du mouvement que nous formons ».

On ne se concentrera pas seulement sur l’Afrique, mais aussi sur ses diasporas et sur la présence culturelle africaine à l’échelle mondiale. La culture, la politique et les traditions intellectuelles africaines sont déjà mondialisées, et les répercussions sont multiples et continues, souligne-t-il.

 

Ouverture aux propositions non traditionnelles

Bien qu’elle se présente comme une publication académique, Uhuru favorise la diversité des propositions.

Henry Maidoh explique : « Nous souhaitons que la revue soit aussi égalitaire et multidisciplinaire que possible; c’est pourquoi nous accueillons aussi bien des articles de recherche que des illustrations artistiques et des photographies. Nous ne voulons pas limiter les formes d’expression. Nous croyons que c’est ce que reflète l’esprit “uhuru/liberté” ».

 

Accès aux cultures et aux connaissances africaines

Henry Maidoh invite les étudiantes et étudiants à approfondir leur compréhension de l’Afrique grâce au programme Études africaines de l’Université McGill.

« L’Afrique occupe une place centrale dans le monde, rappelle-t-il. En ce moment, elle est au centre de l’attention – pour le meilleur ou pour le pire. Je pense qu’il est important d’en apprendre davantage sur le continent, non seulement pour enrichir vos connaissances, mais aussi parce que vous côtoierez forcément des personnes originaires de cette région. Aussi bien en savoir un peu plus sur des réalités qui pourraient autrement vous échapper. »

Henry Maidoh rappelle que l’on sous-estime encore trop souvent l’extraordinaire diversité du continent, lequel est fréquemment perçu comme une seule et unique entité que l’on devrait « sauver », alors qu’il est composé de pays, de communautés et de cultures dynamiques et florissantes.

Il souligne également l’importance de voir au-delà des idées préconçues, notamment celle selon laquelle les études africaines ne s’adressent qu’aux personnes d’origine africaine.

« Des étudiants et étudiantes de différents horizons suivent nos cours; les salles de classe reflètent la diversité de la communauté mcgilloise. Tout le monde a quelque chose à apprendre sur l’Afrique ».

L’Université devrait élargir le programme et faire davantage pour le promouvoir, conclut-il.