
Un soir d’août, à minuit, dans une ville de Montréal endormie, trois amis de longue date ont entrepris une course de 125 kilomètres autour de l’île afin de recueillir des fonds pour le programme de zoothérapie de l’Hôpital de Montréal pour enfants.
Mais une vingtaine d’heures plus tard, le 22 août, quand Lorenzo Accurso, Matteo Iasenza et Dylan Beauchamp sont revenus à leur point de départ dans le Vieux-Port, ils n’étaient plus seuls. Des centaines de personnes s’étaient jointes à eux. Certaines ont couru à leurs côtés, d’autres ont donné de leur temps, de la nourriture ou de l’argent et beaucoup d’autres les ont encouragés le long du parcours.
En plus de leur goût pour les épreuves physiques extrêmes, les trois amis ont un autre point en commun : leur attachement à l’Université McGill. Matteo Iasenza y a obtenu un baccalauréat en génie en 2025. Dylan Beauchamp, aujourd’hui étudiant de première année en droit à l’Université, y a décroché un baccalauréat ès arts au printemps 2026. Quant à Lorenzo Accurso, qui a étudié la kinésiologie à l’Université Concordia, il en est à sa première année de médecine à McGill.
Ils sont devenus amis bien avant leurs études universitaires. Ils se sont rencontrés à l’École Selwyn House, à Westmount, et sont restés très proches depuis. C’est cette amitié qui a donné naissance à Miles for Minds, initiative visant à recueillir des fonds pour des causes liées à la santé mentale.
En cette deuxième année d’existence, Miles for Minds a permis d’amasser 150 000 dollars au profit de l’Hôpital de Montréal pour enfants, ce qui suffira à financer son programme de zoothérapie pendant une année entière. Si l’on ajoute les quelque 120 000 dollars amassés la première année pour le Département de psychiatrie du Centre hospitalier de St. Mary, l’initiative a permis de recueillir près de 300 000 dollars en deux ans.
Tout cela a commencé par une autre épreuve d’endurance.
En 2025, sur un coup de tête, les trois amis ont décidé de participer à une compétition Ironman complète à Lake Placid, dans l’État de New York, même s’ils n’avaient aucune expérience du triathlon. L’entraînement était exigeant, mais il leur a fait prendre conscience de l’importance de pouvoir compter les uns sur les autres.
« Si on a réussi à venir à bout de l’Ironman, c’est parce qu’on s’est entraidés tout au long de l’épreuve, indique Lorenzo Accurso. « C’est devenu la devise de Miles for Minds : Ensemble, tout devient possible. »
De l’Ironman aux courses de 125 kilomètres
Après l’Ironman, les amis se sont demandé comment mettre à profit leur énergie, leur discipline et l’intérêt qu’avait suscité leur entraînement.
C’est que Lorenzo Accurso filmait leurs séances d’entraînement et diffusait les vidéos sur son compte Instagram privé. À la surprise du trio, celles-ci ont suscité de l’intérêt. Une idée a alors germé : surmonter une autre épreuve physique difficile, documenter l’expérience et mettre à profit l’attention suscitée en recueillant des fonds pour une bonne cause.
Les amis ont décidé de faire le tour de Montréal à la course, distance équivalant à environ trois marathons.
Mais ils tenaient à ce que d’autres personnes participent, quelle que soit leur expérience en course à pied. Ils ont donc conçu une formule permettant à chacun de se joindre au groupe pour la distance de son choix. Des points de rencontre le long du parcours permettaient aux coureuses et aux coureurs de se joindre au trio, et un véhicule récréatif roulait en tête pour faciliter le repérage du trajet.
« Bien des gens ne veulent pas courir ou ne peuvent pas le faire. Il fallait donc trouver d’autres moyens de les faire participer, indique Lorenzo Accurso. On avait installé des tentes le long du parcours, il y avait de la musique, et des commerces distribuaient gratuitement de la nourriture. »
La formule a fonctionné. Des centaines de personnes se sont jointes au groupe pendant la première course et, cette année, les foules ont été beaucoup plus nombreuses.
Plus de dix personnes ont parcouru l’équivalent d’un ou de deux marathons, et beaucoup d’autres ont battu leur record personnel de distance.
Un lien personnel avec l’Hôpital de Montréal pour enfants
Dès le début, le trio a placé la santé mentale au cœur de sa mission. Les amis souhaitaient appuyer une cause qui les touchait tous et qui leur permettrait de créer des liens avec la population.
L’organisme bénéficiaire de cette année revêt une importance toute particulière pour Lorenzo Accurso.
À 13 ans, il a été passé plusieurs mois à l’Hôpital de Montréal pour enfants en raison de douleurs abdominales chroniques et complexes. Pendant ce séjour, il a eu accès au programme de zoothérapie de l’établissement.
Les chiens du programme n’ont rien changé à son diagnostic, indique-t-il. Ils lui ont toutefois permis de mieux vivre son hospitalisation.
Pendant quelques minutes, il pouvait penser à autre chose qu’à sa douleur.
« Quand je flattais le chien, ma main n’était plus sur mon ventre, se remémore Lorenzo Accurso. Ça ne durait peut-être que 10 ou 15 minutes, mais je peux vous assurer que ça comptait pour moi. »
Selon l’étudiant, la zoothérapie a des effets bénéfiques sur la santé mentale : même si elle ne peut changer l’état physique d’une personne, elle peut lui apporter réconfort, distraction et soulagement.
Une entraide mutuelle
Pour les trois amis, le moment le plus difficile de la course de 125 kilomètres est survenu pendant la nuit, quand la foule s’est clairsemée, que la fatigue s’est installée et que la ligne d’arrivée semblait encore très loin.
« Mais dès que le soleil a commencé à se lever, vers 5 h 30 ou 6 h, de nouvelles personnes se sont jointes à nous. Elles souriaient et s’encourageaient mutuellement, raconte Lorenzo Accurso. J’ai regardé autour de moi et je me suis dit que nous avions réussi. »
À certains égards, Miles for Minds a pris une dimension qui va bien au-delà de la vision de ses fondateurs. Et même si le trio ne sait pas encore ce que l’avenir lui réserve, il sait ce qu’il a créé : une communauté de personnes qui s’entraident pour que tout devienne possible.