Une unité consacrée aux langues et aux savoirs autochtones à l’Université McGill 

Un nouvel institut de la Faculté des arts ancre recherche et réappropriation des langues autochtones et pave la voie à des programmes menant à un diplôme en études autochtones 
Noelani Arista

L’Institut de recherche et de savoirs autochtones de la Faculté des arts (IRSAFA) prend forme à l’Université McGill. Il sera un port d’attache universitaire et académique permanent du programme d’études autochtones et un haut lieu de la réappropriation des langues autochtones à la Faculté des arts.

Approuvé en 2025, l’Institut fait directement suite au , plus particulièrement à l’appel à l’action no 32, qui recommandait la création d’une unité autonome en études autochtones.

L’IRSAFA a vu le jour grâce à un don de trois millions de dollars du diplômé mcgillois Gerald Rimer et de sa famille.

« L’Institut crée un port d’attache officiel qui donne de la visibilité aux chercheurs et chercheuses et à la communauté étudiante autochtones, explique la directrice, Noelani Arista. Le plan à long terme du Groupe de travail du provost prévoit aussi l’élaboration d’un programme complet de baccalauréat en études autochtones, puis d’un programme d’études supérieures. »

 

La réappropriation des langues au cœur des priorités

Arihwisaks Colin Benedict

La réappropriation des langues est au cœur des activités de l’IRSAFA. L’une de ses initiatives phares est d’ailleurs le programme interdisciplinaire de maîtrise-doctorat en revitalisation des langues autochtones, que Noelani Arista a mis sur pied avec ses collègues James Crippen et Jessica Coon, professeurs de linguistique. À terme, le programme relèvera officiellement de l’IRSAFA.

Arihwisaks Colin Benedict, Kanien’kehá:ka d’Akwesasne, étudie aux cycles supérieurs en revitalisation des langues autochtones. Après avoir suivi des cours d’immersion intensifs à Onkwawenna Kentyohkwa, il a choisi l’Université McGill parce qu’il pouvait y mener des recherches avancées en langue, tout en demeurant enraciné dans sa communauté.

« En établissant l’IRSAFA, l’Université McGill a créé un lieu de recherche sur les langues, explique l’étudiant. C’est quelque chose d’essentiel. Lorsqu’on travaille dans une communauté, le financement peut être insuffisant, et peu d’endroits permettent de mener des recherches librement. Or, dans une université, on trouve les infrastructures et la stabilité. »

Arihwisaks Colin Benedict donne des cours d’introduction à la langue kanien’kéha pour les adultes à Akwesasne. Il souligne que le projet de laboratoire sur les langues autochtones, qui offrira du matériel d’enregistrement et des outils de transcription ainsi qu’un espace de collaboration, est particulièrement important.

« Il est essentiel de disposer d’un tel réseau de soutien technique et logistique pour faire de la recherche en langues », explique-t-il.

S’inscrivant dans cette perspective, Noelani Arista met de l’avant tout le potentiel de la réappropriation linguistique autochtone à l’ère contemporaine.

« La réappropriation des langues autochtones est un domaine hautement stimulant, surtout lorsqu’on a la chance de travailler avec des étudiantes et étudiants issus de communautés autochtones qui sont passionnés par leur sujet et peuvent compter sur les nouvelles technologies pour vivre à fond leur passion, explique-t-elle. Imaginatifs et créatifs, les peuples autochtones ont toujours été des chefs de file en innovation. La mise en relation des savoirs traditionnels et des technologies contemporaines peut ouvrir de nouvelles voies de transmission des connaissances et d’accès à ces connaissances pour les communautés autochtones, mais aussi pour l’ensemble de la société. »

Pour Arihwisaks Colin Benedict, cette démarche revêt une dimension profondément personnelle.

« J’ai parlé avec des Anciens, à Akwesasne, qui se réjouissent des efforts actuels de revitalisation linguistique. Lorsqu’on perd sa langue, me disent-ils, c’est une partie de soi-même que l’on perd. Moi, je veux pouvoir parler avec ma famille et transmettre la langue à mes enfants. »

 

Un enseignement enraciné dans les perspectives autochtones

Wahéhshon Whitebean

Pour Wahéhshon Whitebean, chercheuse kanien’kehá:ka de Kahnawà:ke et première professeure à temps plein de l’IRSAFA, la création de l’Institut est déterminante.

« Nous sommes à l’aube d’un changement historique à McGill, soutient-elle. Nous bâtissons un programme, oui, mais ce programme, c’est quelque chose de porteur et de durable. »

Wahéhshon Shiann Whitebean donne des cours obligatoires à la mineure en études autochtones, dont le cours de synthèse du programme. Son approche pédagogique des langues autochtones, des traditions orales et des systèmes de savoirs est inédite pour bien des étudiants et étudiantes.

« Je commence tous mes cours par l’Ohén:ton Karihwatéhkwen, l’Action de grâce, explique-t-elle.C’est un acte d’humilité qui nous rappelle notre lien avec la Terre et notre responsabilité envers les générations futures. »

À ses yeux, la revitalisation des langues est indissociable de la résurgence autochtone.

« La perte de la langue, ça a été une forme de violence. Nos langues portent nos visions du monde, nos systèmes de gouvernance et nos relations avec le territoire », rappelle-t-elle.

Les activités d’enseignement et de recherche de Wahéhshon Shiann Whitebean sont intimement liées à ses responsabilités envers sa communauté.

« Ma casquette de chercheuse autochtone, je la porte en tout temps. Je mène des recherches sur les externats autochtones, et les gens de la communauté m’arrêtent au bureau de poste ou à l’épicerie pour m’en parler. Si quelqu’un est en désaccord avec quelque chose que j’ai dit ou écrit, il peut venir frapper à ma porte. Ce niveau de responsabilité transforme notre manière d’aborder la recherche éthique », souligne-t-elle.

 

Un virage permanent

Pour Noelani Arista, le maître mot est « permanence ». Les études autochtones à McGill ont longtemps reposé sur des chargées et chargés de cours et sur des cours multifacultaires. L’IRSAFA, souligne-t-elle, marque un tournant.

« Sans unité universitaire, il est impossible d’offrir un programme menant à un diplôme, explique-t-elle. Les étudiantes et étudiants mcgillois et les membres des communautés autochtones m’ont clairement indiqué que ce projet devait être considéré comme une véritable priorité de l’Université.

Un lieu physique, actuellement en rénovation, accueillera l’IRSAFA au Pavillon Ferrier. Des mesures d’accessibilité pour les Anciens ont été intégrées à la conception. Les 23 et 24 avril se tiendra la première grande initiative publique de l’Institut : un symposium sur les langues autochtones entièrement dirigé par des étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs.

« L’expertise est déjà là. En la réunissant, l’IRSAFA en assure la visibilité à long terme afin que les études autochtones et la recherche sur les langues autochtones puissent se poursuivre en son sein pendant des générations. »