
Si le professeur Blane Harvey est convaincu d’une chose, c’est que pour s’attaquer aux problèmes complexes du changement climatique, il faut transformer l’enseignement des sciences environnementales et du développement durable.
« Des problèmes d’une telle ampleur exigent que nous – les enseignants et enseignantes – ne nous contentions pas de transmettre des connaissances. Nous devons plutôt à aider les apprenants à agir de manière innovante, tout en s’appuyant sur les principes fondamentaux appris au sein de la communauté universitaire, de la société et dans leurs propres vies », déclare le professeur agrégé au Département d’études intégrées en sciences de l’éducation.

Au cours des quatre dernières années, le professeur Harvey, qui dirige également le Laboratoire de leadership et d’apprentissage en développement durable, a travaillé aux côtés d’étudiants de tous les niveaux, ainsi qu’avec des membres de la communauté élargie, afin d’élaborer de nouvelles approches visant à créer des cours de formation en environnement et à les enseigner aux futurs professeurs et professeures.
« La collaboration et la cocréation de connaissances sont des principes fondamentaux de la formation en développement durable, car elles amènent les apprenants à s’investir dans différentes disciplines afin d’acquérir une compréhension commune et de mener des actions éclairées », explique le professeur. Dans une étude récemment publiée, le professeur et son équipe décrivent comment ils ont appliqué ces principes à la conception de nouveaux cours à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université McGill.
Au cours des quatre dernières années, il a travaillé avec des étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs ainsi qu’avec des membres du corps enseignant et de la communauté pour coconcevoir (puis coenseigner) une série de cours sur l’enseignement des sciences environnementales et du développement durable. Cette approche est très différente de la conception traditionnelle des cours, où un seul enseignant (ou une équipe universitaire) choisit généralement l’ensemble des ouvrages à étudier et des travaux à faire. Si de plus en plus de cours universitaires ont recours au coenseignement aux fins de présentation de perspectives plus diverses aux apprenants, le professeur Harvey note que la coconception de cours sur le développement durable, aux côtés d’étudiants et de membres de la communauté, est rare.
Stephanie Leite, doctorante et boursière Vanier, a participé à la cocréation de trois des quatre cours élaborés par l’équipe et a enseigné ou coenseigné deux d’entre eux.
Elle souligne l’importance de réunir des personnes d’expertises, d’attitudes et d’horizons différents pour créer et enseigner ces cours, compte tenu des multiples facettes du sujet.

« Le développement durable n’est pas seulement un enjeu scientifique; il suscite également de fortes réactions émotionnelles et psychologiques, en particulier chez les jeunes devant composer avec l’écoanxiété et la dépression. Ce sujet soulève également des questions préoccupantes en matière de justice, car les personnes les plus touchées par les changements climatiques sont souvent celles qui y contribuent le moins. La compréhension et la réponse à ces défis complexes nécessitent des voix et des perspectives diverses », souligne la doctorante.
L’inclusion de personnes ayant des perspectives variées dans le processus de conception des cours permet d’obtenir un contenu et des listes de lectures plus diversifiés. De plus, cette approche collaborative conduit à un éventail plus large d’activités interactives en classe (car les enseignants s’efforcent de montrer les avantages de la collaboration en classe), ajoute-t-elle.
L’équipe de recherche affirme que, avec un soutien suffisant de l’Université, cette nouvelle approche de cocréation et de coenseignement dans le domaine de la formation en développement durable pourrait être reproduite avec succès dans d’autres départements et facultés de l’établissement. Ils citent le Programme de bonification de la formation en développement durable comme exemple d’initiative de l’Université McGill obtenant des résultats positifs. Dans le cadre de ce programme, des personnes conçoivent ou repensent des cours sur le développement durable en s’appuyant sur les connaissances de leurs pairs issus de leur domaine et d’autres disciplines.
Le professeur Harvey affirme que le groupe continuera d’explorer ce modèle de pratique et espère travailler avec la direction de l’Université et de la Faculté pour étudier et surmonter les obstacles structurels rencontrés. En effet, le groupe se heurte à des difficultés relatives au financement des partenariats de coconception par l’Université, à l’offre des cours dans plusieurs départements et à différents niveaux, et à la rigidité des directives de notation.
Le professeur reconnaît, avec ironie, que pour les membres du corps professoral, adopter cette approche de formation en développement durable peut représenter un défi, car elle implique de renoncer à une partie de leur autorité académique et de faire place à des façons très différentes d’aborder ces enjeux. Cependant, il n’a pas l’intention d’y renoncer de sitôt. Bien au contraire. Il a récemment reçu une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour diriger une étude internationale sur les initiatives universitaires encourageant de nouvelles approches de l’enseignement et de l’apprentissage en matière de développement durable.