
Lorsqu’Audrey Bernier est arrivée à l’Institut d’été canadien de radioastronomie (connu sous l’acronyme anglais « CRASIES ») de l’Université McGill à la fin de mai, elle comptait déjà deux années d’expérience en recherche en radioastronomie. Ce qu’elle recherchait, c’était une compréhension globale du domaine, au-delà de son propre travail.
« Au fil de mes expériences, j’ai appris différentes choses, mais de façon fragmentée », raconte la récente diplômée en physique et informatique de l’Université McGill, qui entreprendra dès l’automne un programme de doctorat à admission directe à l’Université de Toronto. « Cette formation m’a permis de rassembler toutes les pièces du casse-tête. »
Du 25 au 28 mai, à l’Université McGill, la première édition de l’Institut d’été canadien de radioastronomie (CRASIES) a réuni 40 étudiantes et étudiants pour un programme de quatre jours comportant conférences, activités pratiques et formations professionnelles axées sur l’un des domaines les plus dynamiques de l’astronomie.
Les participantes et participants ont appris les fondements de la radioastronomie, exploré ses applications scientifiques et acquis une expérience concrète des instruments et des données qui alimentent les découvertes astronomiques modernes.
Une vue d’ensemble
Pour Audrey Bernier, la participation à l’Institut a eu pour avantage principal de lui permettre de situer ses recherches dans le contexte plus large de la radioastronomie.
Elle a particulièrement apprécié les séances sur la polarisation des ondes radio, sujet directement lié à ses recherches actuelles, ainsi que les exercices de programmation et l’activité de construction de télescopes.
« Tant qu’on n’a pas fait ce genre d’activité, on a tendance à considérer un télescope comme une boîte noire, dit-elle. Le fait d’en construire un rend le processus beaucoup plus accessible. »
Cette approche généraliste était délibérée, explique Alice Curtin, chercheuse au Réseau d’un kilomètre carré (SKA) de l’Institut spatial Trottier de l’Université McGill et l’une des principales organisatrices du CRASIES.
« Il existe de nombreux instituts d’été très spécialisés et techniques, indique-t-elle. Nous voulions plutôt offrir une formation qui s’adresse à tout le monde – observateurs, théoriciens et spécialistes de l’instrumentation – et qui donne à chacun un aperçu de l’ensemble du domaine. »
Principalement destiné aux étudiantes et étudiants à la maîtrise et au doctorat, le programme a également accueilli un petit nombre de personnes en fin d’études de premier cycle. Environ la moitié des conférences ont été données par des chercheuses et chercheurs postdoctoraux, ce qui a permis à ces scientifiques en début de carrière d’acquérir une précieuse expérience en enseignement.
L’apprentissage par l’expérience
Si les conférences ont traité des fondements théoriques de la radioastronomie, une activité s’est imposée comme le moment fort de la semaine.
Les étudiantes et étudiants ont passé un après-midi à construire des radiotélescopes fonctionnels à l’aide de woks, de fil de cuivre et de composants électroniques simples.
« Croyez-le ou non, il est possible d’observer des émissions radioélectriques de la Voie lactée à partir de Montréal à l’aide de l’un de ces appareils », déclare Adrian Liu, chercheur William-Dawson, professeur agrégé au Département de physique et chercheur principal du programme RADEATE, financé par le programme FONCER du CRSNG, qui soutient le CRASIES.
Pour sa part, Affan Khadir, étudiant de première année au doctorat en physique à l’Université McGill, estime que cette activité lui a permis de découvrir un aspect de l’astronomie qu’il ne connaissait que très peu.
« Ce que j’ai préféré cette semaine, c’est sans aucun doute la construction du radiotélescope à partir d’un wok, souligne-t-il. J’ai très peu d’expérience en instrumentation radio, et cette activité a été une occasion d’apprentissage exceptionnelle. »
Le doctorant cite comme l’une des séances les plus enrichissantes une table ronde sur les parcours professionnels en compagnie de membres du corps professoral et de professionnels du secteur.
Avant d’y assister, il croyait que les membres du personnel enseignant consacraient l’essentiel de leur temps à des tâches administratives plutôt qu’à la recherche scientifique.
« Ce qui me motive avant tout, c’est la science, poursuit-il. J’ai appris que les enseignants demeuraient profondément investis dans la science, notamment grâce à l’encadrement d’étudiants et au travail associé à leurs programmes de recherche. »
En voyant toute la diversité des projets auxquels participent les membres du personnel enseignant, Affan Khadir s’est senti interpellé par une carrière universitaire.
« Cette expérience m’a vraiment donné envie de me lancer dans l’enseignement universitaire. »
Une relève essentielle
Au-delà des conférences et des activités, le CRASIES a été créé en réponse à un problème de taille en astronomie canadienne.
En plus d’avoir adhéré au projet international de l’Observatoire SKA (Réseau d’un kilomètre carré) en 2023, le Canada investit massivement en radioastronomie, notamment dans la recherche et les postes de niveau postdoctoral et de cadres scientifiques. Parallèlement, des installations dirigées par le Canada, comme l’Observatoire canadien de l’hydrogène et détecteur de transitoires radio (CHORD), s’apprêtent à entrer en service.
Selon Adrian Liu, il risque d’être difficile d’assurer la formation d’un nombre suffisant d’étudiantes et d’étudiants prêts à profiter de ces nouvelles possibilités.
« Le Canada investit massivement dans la science elle-même, dans des postes permanents de scientifiques et dans la recherche postdoctorale, fait-il remarquer. Toutefois, il n’existe pas d’investissement équivalent dans la formation étudiante. Si nous n’intensifions pas nos efforts, il y aura donc bien évidemment un problème de relève.
« Lorsque le SKA sera opérationnel et produira une grande quantité de données scientifiques, nous ne serons pas en mesure de former comme par magie des étudiants capables de pratiquer la radioastronomie. C’est maintenant qu’il faut intensifier la formation dans ce domaine au Canada. »
L’Institut d’été a été organisé par Alice Curtin, Adrian Liu et Alexandre David-Uraz, gestionnaire de programme à l’Institut spatial Trottier.
Pour Alice Curtin, l’un des aspects les plus gratifiants de cette semaine a été de voir les étudiantes et étudiants s’approprier les notions et repartir avec une meilleure idée de leur place dans le domaine.
« Je suis enthousiaste quant aux retombées à long terme de cette formation. Les participantes et participants sont repartis avec un engouement accru pour la radioastronomie, et c’est exactement ce que nous espérions. »