
Le 22 mai, l’Université McGill a accueilli sur son campus du centre-ville l’événement de clôture de ResNet, important réseau de recherche canadien financé par le CRSNG.
Chercheurs, personnes étudiantes et partenaires ayant participé au projet au cours des sept dernières années étaient réunis pour l’occasion. Au programme : projection d’un court métrage et dévoilement d’une plateforme nationale de cartographie des services écosystémiques.
Selon Elena Bennett, qui a dirigé ce chantier de 5,5 millions de dollars, ce moment a marqué à la fois une conclusion et un nouveau départ.
« Sur le plan personnel, diriger un projet d’une telle envergure a changé ma vie », confie la professeure Bennett, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sciences de la durabilité au Département des sciences des ressources naturelles de l’Université McGill. « Mais ce qui ressort le plus, ce sont les gens et les liens qui se sont tissés grâce à cette expérience. »
La science repensée

Lancé en 2019 avec le soutien du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, ResNet a rassemblé au-delà de 200 scientifiques, personnes étudiantes et partenaires issus du milieu universitaire, du gouvernement, du secteur privé et des communautés autochtones.
Son objectif : faire reconnaître les multiples avantages que procurent les « paysages fonctionnels » (terres consacrées à la production alimentaire, à la foresterie, à la production d’énergie et à d’autres activités humaines) et ainsi transformer la manière dont le Canada appréhende et gère ces paysages.
« Nous avons tendance à ne voir qu’un seul résultat : “voici des terres agricoles, elles produisent de la nourriture”, ou “voici une forêt, elle produit du bois”, explique Elena Bennett. ResNet a mis en lumière le fait que ces paysages remplissaient plusieurs fonctions à la fois. »
Cette évolution a des répercussions sur la prise de décision. L’augmentation de la production alimentaire, par exemple, peut se faire au détriment de la qualité de l’eau ou de la biodiversité. Les travaux de ResNet visaient précisément à mettre en relief ces compromis et à aider la population à les gérer.
Un élément clé de cette approche consistait à intégrer les partenaires dès le début.
« Nous sommes d’abord allés à la rencontre des collectivités pour leur demander quelles questions elles souhaitaient voir abordées, raconte la professeure Bennett. C’est très différent du modèle universitaire traditionnel, où les chercheurs définissent eux-mêmes les questions auxquelles ils veulent répondre. »
Le réseau a mené des activités dans six paysages fonctionnels au Canada, autour de trois thèmes transversaux axés sur la gouvernance, la modélisation et la surveillance.
Un modèle de collaboration scientifique
Au-delà de ses retombées scientifiques, ResNet contribue à transformer la façon dont les grands projets en développement durable sont menés à l’Université McGill.
L’initiative est d’ailleurs souvent citée comme exemple de « pôle ReAct », modèle de recherche concertée qui sera adopté au sein du Parc du développement durable de l’Université. Cette approche réunit dès le départ scientifiques, citoyens et décideurs.
« C’est très motivant de voir que des gens des quatre coins de l’Université ont adhéré à cette méthode de travail, déclare la professeure Bennett. Certains appliquaient déjà cette approche sans lui donner de nom, tandis que d’autres souhaitent maintenant l’adopter. »
Un réseau qui perdurera au-delà du projet

Si ResNet a produit des retombées scientifiques, notamment des modèles et le nouveau Système d’observation des services écosystémiques du Canada (ESOS-C), Elena Bennett estime que son héritage le plus durable réside peut-être dans la formation des personnes qui y ont participé.
Plus d’une centaine d’étudiants et étudiantes des cycles supérieurs et de chercheurs postdoctoraux y ont pris part, et bon nombre d’entre eux travaillent aujourd’hui dans la fonction publique, le monde universitaire et le secteur privé.
« Ils amorcent leur carrière avec un réseau déjà bien établi, fait remarquer la directrice. Ils ont des liens avec des décideurs, des ONG et des citoyens. »
C’est le cas de Jackie Hamilton. Doctorante au sein de ResNet depuis 2021, elle est aujourd’hui boursière postdoctorale à l’Université McGill.
« Je me considère extrêmement chanceuse, confie-t-elle. Le fait d’appartenir à une communauté où l’on peut échanger des idées avec des personnes issues de disciplines complètement différentes a été déterminant. »
Selon elle, cette expérience a profondément changé sa manière d’envisager la recherche, en particulier lorsqu’il s’agit de travailler avec des citoyens.
« Avant, je croyais que la communication venait après la science. Mais dans ResNet, la communication et les relations faisaient partie intégrante de la recherche dès le début. »
Ce rapprochement entre les gens était voulu. Elena Bennett explique qu’au début du projet, on lui avait conseillé soit de se concentrer sur les résultats attendus, soit de constituer un réseau solide.
« J’ai choisi le réseau. Finalement, nous avons réussi à faire les deux. »
Des outils pour l’avenir
Parmi les derniers livrables du projet figure le système ESOS-C, plateforme en ligne permettant d’explorer les services écosystémiques de différentes régions du Canada ainsi que leurs interactions.
Contrairement aux outils de cartographie traditionnels, ESOS-C incite les utilisateurs à considérer plusieurs facteurs simultanément.
« Si l’on prend l’exemple du carbone, la plateforme nous invite à réfléchir aussi à la qualité de l’eau ou à la production alimentaire, précise la professeure Bennett. Elle est conçue pour aider les gens à voir les liens entre ces éléments. »
La plateforme, présentée lors de l’événement de clôture, devrait être utile tant aux scientifiques qu’aux décideurs. Cela dit, ses retombées ne pourront être pleinement évaluées qu’après sa mise en ligne publique.
Au-delà des outils, Elena Bennett constate déjà que l’influence du réseau se poursuit grâce à de nouvelles collaborations partout au pays.
« C’est encourageant de voir que les gens consolident ces partenariats. »
Au moment où ResNet touche à sa fin, sa directrice demeure optimiste quant à l’émergence de solutions en développement durable, même si les progrès peuvent sembler lents.
« Le changement prend du temps. Mais aujourd’hui, beaucoup plus de gens travaillent ensemble pour relever ces défis. »