
Par une matinée ensoleillée de la fin du printemps, 26 étudiantes et étudiants de McGill travaillent la terre dans un grand champ à Kahnawake en vue des semis. Les participantes et participants au cours Indigenous Field Studies (IDFC 500) campent depuis une semaine sur le territoire kanien’kehà:ka (mohawk), où des Aînés ainsi que d’autres membres de la communauté leur transmettent leur savoir dans une démarche concrète de réconciliation.
Offert pour la 16e fois l’été dernier, ce cours permet aux personnes étudiantes d’aller à la rencontre de communautés autochtones des environs de Montréal et d’apprendre sur le terrain. Des étudiantes et étudiants autochtones participent également au cours.
« J’étais tellement heureuse d’être dehors, chez moi, et de discuter avec toutes ces personnes que l’Esprit anime et qui s’emploient à faire bouger les choses et à favoriser la guérison de notre communauté », confie Kanàhne Rice (B. Serv. soc. 2027), membre du clan de l’Ours et résidente de Kahnawake, qui avait déjà créé des liens profonds avec de jeunes mères de son entourage. « C’était aussi important pour notre groupe de parcourir le territoire, de s’imprégner des lieux et d’y travailler. »
L’étudiante aurait aimé pouvoir tisser des liens avec Kanesatake, une autre communauté kanien’kehà:ka où s’était déjà déroulé le cours. Elle était néanmoins ravie.
« Ce cours incarne mes valeurs et ma façon d’envisager ma place dans le monde. Je veux aborder mon travail dans une perspective interdisciplinaire et nouer des liens chaque fois que j’en ai l’occasion, explique-t-elle. En échangeant avec les Aînés de ma communauté et en en apprenant davantage sur notre histoire, j’en suis venue à porter un regard critique sur les systèmes en place : nous servent-ils réellement et, si ce n’est pas le cas, pourquoi les conserve-t-on? Ces discussions m’ont poussée à réfléchir à la place que j’occupe et à ce que je souhaite accomplir par mon travail. »
« Nous ne vivons pas en vase clos. »
Le cours repose avant tout sur une approche interdisciplinaire, explique Nicole Ives, directrice de l’École de service social et cofondatrice du cours.
« Nous ne vivons pas en vase clos. Il était donc tout naturel de réunir d’abord les disciplines qui, historiquement, ont le plus marqué les communautés autochtones », indique-t-elle.
Le cours accueille actuellement des étudiantes et étudiants en travail social, en anthropologie, en droit et en médecine, quatre disciplines qui y sont représentées depuis sa création en 2010. L’objectif est d’en intégrer d’autres au fil du temps.
« Ce cours donne vie à la réconciliation, déclare Nicole Ives. Il a pour but d’amener les étudiantes et étudiants à tisser des liens forts avec les peuples autochtones et le territoire, et à apprendre directement auprès d’eux. »
Un nouveau regard sur les expériences passées
Alex Boos, titulaire d’un doctorat en anthropologie, estime que le cours a approfondi les apprentissages qu’il a acquis comme travailleur social au sein de Tikinagan Child & Family Services, à Sioux Lookout et à Thunder Bay, en Ontario.
« Là-bas, j’ai été témoin de la violence persistante et des traumatismes que de nombreuses personnes continuent de subir en raison du colonialisme de peuplement. J’ai aussi tissé des liens avec beaucoup de membres de la communauté qui renouaient avec leurs pratiques spirituelles, notamment par des rituels de la tente à sudation et des pratiques de guérison en territoire sacré, explique-t-il. J’ai pu constater par moi-même à quel point ces cérémonies font partie intégrante de la démarche. Cette expérience a pris tout son sens pendant le cours, lorsque nous avons construit une tente à sudation. »
Ce sont surtout les échanges avec les membres de la communauté de Kahnawake qui l’ont marqué.
« Je crois que nous pouvons collectivement repenser notre façon de vivre ensemble et imaginer de nouveaux rapports sociaux qui ne sont pas dictés par les systèmes établis, ajoute-t-il. Il y a là une véritable source d’espoir à une époque marquée par les divisions sociales, l’écoanxiété et un sentiment généralisé d’impuissance devant ce que l’avenir nous réserve. »
« Il faut poursuivre nos efforts. »
Rayna Sutherland, étudiante au baccalauréat en droit civil et Juris Doctor à la Faculté de droit, souhaitait, elle aussi, porter un regard plus nuancé sur son domaine.
Elle a travaillé pendant quatre ans sur la Colline du Parlement, notamment auprès du ministre des Relations Couronne-Autochtones.
« Il était important pour moi de comprendre les rouages gouvernementaux de la réconciliation du point de vue de la Couronne, même si le sujet est d’une grande complexité », explique-t-elle.
À l’instar de Kanàhne Rice et d’Alex Boos, Rayna Sutherland a été attirée par la dimension communautaire du cours.
« Dans mes fonctions précédentes, j’ai eu l’occasion de travailler en étroite collaboration avec des dirigeants et des communautés autochtones, mais le temps que je pouvais leur consacrer était limité. Grâce à ce cours, j’ai pu mieux comprendre les célébrations culturelles, les systèmes juridiques et la mobilisation communautaire autochtones, en dehors des impératifs de la vie politique. »
Elle souligne également que la réconciliation évolue au gré des transformations du paysage politique et des communautés autochtones, et qu’il importe de prendre le temps de bien comprendre les différents points de vue.
« Je tiens à continuer d’apprendre et d’adapter ma façon de travailler avec les communautés à mesure que leurs réalités – et le contexte politique – évoluent, plutôt que de croire que mon expérience passée suffit, dit-elle. Il faut poursuivre nos efforts. »