Un programme de l’Université McGill aide les futurs enseignants et enseignantes à mieux gérer leur stress et leurs émotions

Intégré depuis 2019 au baccalauréat en éducation de l’Université, le programme a été adopté au fil des ans par 13 autres facultés des sciences de l’éducation au pays
Naz Böke, associée universitaire à la Faculté des sciences de l’éducation et coordonnatrice du programme RESST

Comment mieux préparer les futurs enseignants et enseignantes aux difficultés émotionnelles qu’ils et elles vivront dans leur travail?

Voilà la question qui a incité la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université McGill à faire du bien-être en enseignement une priorité stratégique et à créer, grâce à l’appui de la Fondation Rossy, le programme RESST (Regulating Emotions and Stress for pre-Service Teachers Program, ou Programme de régulation des émotions et du stress pour les enseignants en formation).

Ce programme, qui relève aujourd’hui du Bureau de l’éducation à la résilience en santé mentale de McGill, vise à aider les futurs enseignants à composer avec le stress du métier et, en cela, profite tant à ces derniers qu’à leurs futurs élèves.

 

Pour réduire le stress des enseignants

« Le stress chez les enseignants est un problème partout dans le monde », explique Naz Böke, associée universitaire à la Faculté des sciences de l’éducation et coordonnatrice du programme RESST. Dans la recherche, on voit une importante proportion d’enseignantes et d’enseignants qui quittent la profession au cours des cinq premières années d’activité professionnelle, en grande partie en raison de l’épuisement, du stress, ou encore de la charge ou des conditions de travail. »

Elle précise que le stress chez les enseignants a évidemment des conséquences pour les enseignants eux-mêmes, mais aussi pour les élèves, plus précisément sur le plan des résultats scolaires et du climat en classe.

Dans chaque module RESST, on présente d’abord la théorie et les données probantes qui sous-tendent diverses stratégies de gestion des émotions et de réduction du stress, telles que la pleine conscience et l’autocompassion, puis on explique comment les utiliser pour améliorer son propre bien-être. Vient ensuite la mise en œuvre de ces stratégies dans le contexte professionnel (par exemple, pour mieux gérer le stress des élèves).

 

Une réussite au-delà de McGill

D’abord créé en format présentiel, le programme est aujourd’hui offert sous forme de module d’apprentissage virtuel asynchrone, en version anglaise ou française.

Ce format polyvalent a contribué à son succès, puisqu’il a facilité son adoption par d’autres universités, pense Naz Böke.

Intégré depuis 2019 au baccalauréat en éducation de l’Université McGill, le programme a été adopté au fil des ans par 13 autres facultés des sciences de l’éducation au pays, notamment celle des universités Nipissing, Lakehead, Western et d’Ottawa. Le programme commence également à rayonner à l’international, une version adaptée au contexte local ayant été mise en place à la Education University of Hong Kong.

 

Une conception et une évaluation rigoureuses

La conception du programme RESST a commencé par une évaluation des besoins à l’échelle nationale.  En effet, l’équipe a mené une vaste série d’entretiens avec des étudiants et étudiantes en éducation, des enseignants, des administrateurs et des directeurs de programmes de formation à l’enseignement d’un peu partout au Canada. Elle a également réalisé une revue de la littérature et consulté des pairs effectuant de la recherche sur la formation et le bien-être des enseignants.

Les différentes versions du programme ont aussi fait l’objet d’un rigoureux processus d’évaluation scientifique, décrit dans plusieurs études revues par des pairs. Le processus comprenait des évaluations pré- et post-intervention, ainsi que des suivis et des groupes témoins.

Ces études ont montré que le programme RESST amenait une amélioration statistiquement significative de plusieurs indicateurs liés au bien-être, tels que la pleine conscience, la capacité d’adaptation au stress et la santé mentale générale. Les études ont également montré un taux de satisfaction élevé chez les participants, soit de 78 % à 96 % selon les questions d’évaluation et les versions évaluées.

« Cela démontre vraiment sa valeur en matière de développement personnel et professionnel », note Naz Böke.

 

Et la suite?

Le programme RESST pourrait-il se révéler utile dans d’autres domaines que l’enseignement?

« Oui », affirme Naz Böke. « Les stratégies enseignées dans RESST sont toutes des techniques générales reconnues pour leur efficacité en matière de gestion du stress et de régulation des émotions, que nous avons adaptées ici au contexte de l’enseignement. »

Le Bureau de l’éducation à la résilience en santé mentale planche d’ailleurs sur un futur module d’apprentissage visant à épauler les nouveaux étudiants et étudiantes au premier cycle dans l’adaptation à la vie universitaire.