
Michelle Smith, chercheuse à l’Université McGill, participe à la mise sur pied d’un programme appelé à devenir le premier diplôme d’études collégiales dirigé par des Inuits et offert au Nunavik : le programme nordique en arts, en lettres et en communications.
À l’heure actuelle, la plupart des personnes qui vivent dans une région nordique du Québec doivent se rendre dans le sud de la province pour obtenir un diplôme d’études postsecondaires. Elles doivent ainsi vivre loin de leur famille pendant toute la durée de leurs études qui, trop souvent, ont peu de liens avec leur réalité ou leur expérience de vie.
Cette nouvelle initiative s’appuie largement sur les recherches doctorales de Michelle Smith ainsi que sur les cours pilotes en sculpture sur stéatite, en animation numérique, en production vidéo, en couture et en médias inuits qu’elle a organisés au Nunavik ces trois dernières années. Le programme, élaboré avec l’appui de Kativik Ilisarniliriniq (la commission scolaire du Nunavik), devrait être fin prêt d’ici 2028. D’ici là, la commission scolaire et son partenaire de longue date, le Collège John Abbott, un cégep de l’ouest de l’île de Montréal, offriront conjointement d’autres cours pilotes.
L’objectif est de permettre aux étudiants et étudiantes de faire des études postsecondaires près de chez eux, dans un milieu d’apprentissage ancré dans la culture, la langue et le savoir inuits.
Les fondements du projet

Michelle Smith, éducatrice et cinéaste métisse originaire de St. James, au Manitoba, tenait à ce que le contenu des cours soit élaboré par des éducateurs, des artistes et des leaders culturels inuits, et à ce que le projet – au cœur de ses recherches doctorales – soit orienté par un comité consultatif inuit à toutes les étapes.
« Ce qui distingue cette approche, c’est qu’elle repose sur des pédagogies inuites qui privilégient l’observation, l’apprentissage par la pratique, la reconnaissance des forces de chaque personne et l’apprentissage sur le territoire », explique la chercheuse, également professeure adjointe à la Faculté des sciences de l’éducation de McGill.
Pour mieux cerner les attentes des jeunes Inuits à l’égard d’un programme d’études postsecondaires, elle a tenu des entrevues et des cercles de parole et a sondé 116 jeunes vivant au Nunavik ou dans le sud de la province. Elle a constaté un engouement très marqué pour les arts, ce qui ne l’a pas étonnée, puisque de nombreuses personnes interrogées pratiquent des activités artistiques ou culturelles, de la création artistique traditionnelle aux arts de la scène.
« Les arts occupent une place très importante dans le cœur des gens, et les statistiques gouvernementales montrent qu’ils contribuent considérablement à l’économie locale, explique-t-elle. Les pratiques artistiques connaissent un véritable renouveau, ce qui est d’autant plus remarquable que nombre d’entre elles, comme le chant de gorge et la danse du tambour, ont été découragées ou interdites par le passé. »
Les prochaines étapes
Ces derniers mois, Kativik Ilisarniliriniq s’est dotée d’une équipe spécialement chargée de poursuivre l’élaboration du projet.
Un documentaire réalisé par des personnes étudiantes dans le cadre du cours pilote d’animation numérique s’est révélé particulièrement efficace pour rallier des appuis en vue de la prochaine étape.
« Le film témoigne des liens qui se nouent, du bien-être et de la fierté des étudiants. Il montre aussi les échanges entre les étudiants et la personne qui enseigne dans un milieu d’apprentissage empreint de bienveillance qui contraste fortement avec l’expérience qu’ont connue de nombreux étudiants inuits dans des établissements du Sud, explique Michelle Smith. En regardant ce film, vous verrez ce à quoi peut ressembler l’éducation postsecondaire lorsqu’elle est conçue par des Inuits, pour des Inuits. »
Le film a été présenté aux décideurs pour les convaincre de la pertinence du programme et a contribué à l’obtention d’un appui financier du gouvernement du Québec pour la mise sur pied de cette nouvelle formation collégiale. La date de lancement n’est pas encore connue, mais, une fois en place, le programme constituera un jalon important pour l’éducation au Nunavik, puisqu’il ouvrira des portes aux étudiantes et étudiants inuits et rapprochera les communautés d’un objectif qu’elles chérissent depuis longtemps : l’accès à une formation postsecondaire offerte chez elles.