
Un nouveau projet mené en collaboration avec l’Université McGill vise à corriger les failles de cybersécurité de plus en plus préoccupantes dans les systèmes spatiaux et aérospatiaux. La durée des missions et le recours à des systèmes d’anciennes générations limitent la capacité à faire des mises à jour régulières, à l’heure où les cyberattaques deviennent de plus en plus insidieuses.
L’Université McGill, l’Université Queen’s, le Collège militaire royal du Canada et CAE (entreprise montréalaise offrant des solutions de pointe pour la formation et la simulation en aéronautique) se sont associés pour s’attaquer au problème et mettre au point un système de détection d’intrusion (IDS) basé sur l’IA.

Dirigée par le professeur Steven Ding de l’École des sciences de l’information de l’Université McGill, l’équipe de recherche a récemment reçu 500 000 dollars du Consortium national pour la cybersécurité (CNC). De son côté, CAE offre un soutien en nature d’une valeur de 47 762 dollars.
« De nombreux systèmes satellitaires ont été conçus avant que les environnements opérationnels hautement interconnectés ne deviennent la norme, explique le professeur Ding. L’utilisation croissante d’outils en réseau et d’appareils mobiles dans les opérations aérospatiales peut entraîner de nouveaux cyberrisques. Nous cherchons à mieux intégrer les stratégies de surveillance et d’atténuation des risques dans de tels environnements. »
« Avec la multiplication des connexions entre les systèmes et des liaisons avec Internet, beaucoup de plateformes satellitaires et de défense sont exposées à des menaces qu’elles ne sont pas en mesure de contrer, ajoute Eric Chung, directeur de l’ingénierie pour les systèmes de mission CF-18 chez CAE. De plus, comme les éléments des systèmes proviennent de différents fournisseurs, les chercheurs en cybersécurité et les opérateurs de plateformes veulent empêcher les composants malveillants d’entrer dans la chaîne d’approvisionnement. »
La technologie que l’équipe développe a également des applications civiles.
« Les compagnies aériennes civiles achètent des avions et les exploitent pendant des décennies. Les nouveautés, comme l’Internet à bord, augmentent les risques d’attaques. Nous avons besoin de systèmes capables de détecter les anomalies cybernétiques, en particulier pour les plateformes qui n’ont pas été conçues à cette fin », explique Eric Chung.
Un système conçu pour s’adapter
Contrairement aux technologies existantes, l’IDS s’adapte à de nombreux systèmes de communication, puisque l’IA peut apprendre par elle-même comment fonctionnent les nouveaux systèmes et repérer automatiquement les activités suspectes, ce qui évite les mises à jour manuelles récurrentes.
Le professeur Ding compare l’IDS à un auditeur qui se trouverait dans une pièce bondée où les gens parlent plusieurs langues. Si l’auditeur – ou ici, l’IA – ne comprend pas chaque langue, elle ne pourra peut-être pas déceler une menace.
« Ces systèmes reposent sur de nombreux protocoles de communication différents, ce qui complique les choses, explique le professeur Ding. Nous tendons l’oreille pour détecter toute conversation suspecte, ce qui est beaucoup plus difficile en présence de plusieurs langages. »
Le projet comporte trois grands volets : le système d’IA, qui apprend le fonctionnement des protocoles de communication inconnus en analysant des données brutes; un outil de sécurité automatisé, qui détecte les activités inhabituelles et tire des conclusions en langage clair; et une interface humain-IA qui permet aux utilisateurs de donner leur avis afin que la précision de la détection s’améliore au fil du temps.
L’équipe indique qu’elle étudie la possibilité d’une commercialisation conjointe et d’autres partenariats sectoriels.