
La question n’est pas de savoir si une autre pandémie surviendra, mais quand elle frappera. L’Université McGill dispose maintenant d’un laboratoire afin de préparer le monde à y faire face.
Le Laboratoire d’interventions promptes en réponse à une pandémie ou à une situation d’urgence a été lancé le 3 février, près de six ans après la déclaration de la pandémie de COVID-19. Selon les organisateurs, il répond à un besoin urgent dans le climat politique polarisé d’aujourd’hui.
« La science est attaquée, les politiques sont moins efficaces et les données sont fragmentées. Nous devons lutter contre cette spirale de vulnérabilité, soutient la Dre Joanne Liu, directrice du nouveau laboratoire et professeure au Département de santé mondiale et de santé publique de l’Université McGill.
Le Laboratoire d’interventions promptes en réponse à une pandémie ou à une situation d’urgence apporte une dimension pratique à l’écosystème universitaire, explique-t-elle. Il réunit des experts de différentes disciplines, qui s’emploieront à anticiper les risques, à établir les meilleures pratiques et à préparer les dirigeants à agir efficacement en cas d’urgence. Ses efforts seront centrés sur les crises sanitaires, mais les experts se pencheront également sur les catastrophes climatiques, les guerres et d’autres menaces mondiales.
Le lancement du laboratoire a eu lieu au Cercle universitaire de l’Université McGill. Tout au long de la journée se sont succédé des panels sur des sujets variés, comme la réponse aux crises humaines dans un monde divisé, la dimension politique de la préparation aux crises et les dangers de la mésinformation et de la désinformation.
Leçons tirées de la pandémie
S’appuyant sur l’expérience de la pandémie de COVID-19, les panélistes ont discuté de l’ampleur sans précédent des restrictions de voyage, qui n’ont pas été imposées uniformément à travers le monde, exacerbant souvent les inégalités.
« Ces mesures ont un coût humain. On a entendu des histoires déchirantes de personnes qui n’ont pas pu voyager pour des raisons légitimes », se souvient Kelley Lee, professeure à l’Université Simon Fraser et titulaire de la Chaire de recherche du Canada (niveau 1) en gouvernance de la santé dans le monde. « Cela en valait-il la peine? Il y a des arguments en faveur de ces mesures, mais nous devons être conscients de leurs conséquences secondaires. »
La communication des mesures de santé publique devient également plus difficile, car les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et la perte de confiance dans les experts modifient la manière dont l’information circule.
« Le défi actuel est le suivant : comment amener les gens à faire confiance à la santé publique alors qu’ils pensent d’emblée que vous mentez? », s’interroge Michael Osterholm, conférencier invité et auteur du livre The Big One: How to Prepare for World-Altering Pandemics to Come.
La confiance, la communication et le leadership en temps de crise sont au cœur de la mission du nouveau laboratoire. Ses autres principaux champs d’action sont la prévention des pandémies et l’anticipation du risque; les politiques, la gouvernance et l’infrastructure de crise; les innovations informatiques, ainsi que l’équité et la résilience de la population.
Malgré l’ampleur des défis à relever, les panélistes se sont montrés optimistes quant à l’avenir du laboratoire.
« Son potentiel est immense, assure Michael Osterholm. L’espoir n’est pas une stratégie, mais c’est un ingrédient essentiel. »