
L’École de service social de l’Université McGill, Accès des Autochtones à l’Université McGill et la Commission scolaire crie lancent un nouveau programme de baccalauréat en travail social. Le contenu et la présentation des cours seront adaptés aux priorités et aux valeurs cries afin de servir et de mieux représenter le peuple de l’Iiyiyiu Aschii.
« Ce nouveau programme est axé sur les relations et les liens avec la communauté, et il respecte entièrement le principe “Rien pour nous sans nous” », soutient Ann Seymour, professeure agrégée à l’École de service social et l’une des créatrices du programme.
« Nous sommes ravis d’annoncer que, pour cette première année, tous les cours sont donnés par des Autochtones, ce qui témoigne à nos yeux d’une collaboration solide », a-t-elle poursuivi.
Darlene Cheechoo, directrice de l’enseignement supérieur à la Commission scolaire crie, a déclaré que la commission, en collaboration avec d’autres entités et des dirigeants cris, s’est assurée que le programme répond aux besoins de formation et de renforcement des capacités des communautés et qu’il est accessible aux étudiantes et étudiants de l’Iiyiyiu Aschii.
« Nous avons veillé à ce que la langue, la culture et la réalité cries soient intégrées dans l’ensemble du programme, et à ce que les étudiants y acquièrent une éducation de la plus haute qualité, culturellement pertinente, qui les aidera dans la carrière qu’ils auront choisie, au profit des membres de notre nation », a déclaré Darlene Cheechoo.
Un programme d’études qui tient compte du savoir traditionnel
Comme dans un programme standard de baccalauréat en travail social, les étudiantes et étudiants doivent acquérir des compétences et des connaissances, et satisfaire aux critères d’agrément. Mais le nouveau programme présente une différence importante : les étudiants pourront le suivre en restant dans leur région, où la culture et la sagesse iiyiyiu sont enracinées. Les étudiants suivront également des cours de langue crie. Le calendrier universitaire sera adapté à la vie communautaire, une pause étant notamment prévue au printemps pour la saison de la chasse à l’oie.
En collaboration avec l’équipe de conception pédagogique des programmes en ligne de l’Université McGill, des experts et des enseignants autochtones ont adapté le contenu théorique habituel à l’enseignement à distance en mode synchrone et asynchrone, et ont intégré des connaissances traditionnelles au cadre académique.
« Les participants autochtones nous ont aidés à trouver des moyens de réconcilier la sagesse et l’expérience de la communauté avec la manière de présenter l’information et d’évaluer les connaissances des établissements coloniaux. Il faut aussi prendre en compte les similitudes entre les perspectives autochtones et occidentales », a déclaré Ann Seymour.
« Ce travail nous a obligés à sortir des structures universitaires classiques et à adopter une approche plus relationnelle et holistique de l’enseignement et de l’apprentissage. La pédagogie autochtone nous rappelle que le savoir n’est pas seulement transmis : il est partagé, vécu et enraciné dans la communauté », précise Maggie Lattuca, directrice associée au portefeuille de programmes en ligne, Enseignement et programmes d’études.

En réponse aux besoins des étudiants cris
Minnie Loon Petawabano, commissaire d’écoles de Mistissini et étudiante à la maîtrise en travail social à l’Université Carleton, fait remarquer que la présence d’enseignants cris pourrait être particulièrement utile aux étudiants de l’Iiyiyiu Aschii.
« La plupart de mes professeurs n’étaient pas autochtones. Mais ceux qui l’étaient m’ont aidée à mieux comprendre les problèmes éprouvés par la nation crie », a-t-elle déclaré.
Selon l’étudiante, le nouveau programme apportera une valeur ajoutée à la prestation des services communautaires.
« Nous avons besoin de membres du personnel qui font partie de l’Ordre des travailleurs sociaux du Québec. Le diplôme est important pour notre organisation, mais aussi pour les particuliers, car il permet d’acquérir des compétences et des connaissances en travail social. »
Alice Petawabano est déjà titulaire d’un diplôme en science politique. Elle est toutefois prête à entreprendre un nouveau baccalauréat s’il lui permet d’aider sa collectivité de Mistissini à composer avec les répercussions du colonialisme.
« Les lois sur les Autochtones, les politiques d’assimilation et les pensionnats ont eu une incidence sur plusieurs générations, a-t-elle déclaré. Ce programme me permettrait d’aider directement les personnes en situation de crise, sans avoir à quitter ma maison et ma famille de nouveau.
Un pas important vers la réconciliation
Selon Ann Seymour, cette expérience fructueuse de conception de programme peut servir de modèle pour l’élaboration d’autres programmes de baccalauréat destinés aux étudiants autochtones, et contribuer à accroître le contenu autochtone dans les programmes d’études, l’un des objectifs des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation et des 52 appels à l’action de l’Université McGill.
« La Commission de vérité et réconciliation a demandé aux établissements d’enseignement supérieur d’intégrer les pédagogies, les systèmes de connaissances, les valeurs et les visions du monde autochtones dans les programmes d’études », mentionne Brittanny Janvier, directrice du Bureau des initiatives autochtones.
« Le nouveau baccalauréat en travail social répond directement aux 52 appels à l’action de l’Université McGill, notamment les appels 30, 33 et 51. Ceux-ci concernent la formation en travail social par des Autochtones, les pédagogies traditionnelles et l’établissement de partenariats solides avec les communautés autochtones », a-t-elle ajouté.
Bien que la première cohorte du baccalauréat en travail social n’entreprenne le programme que dans quelques mois, une étape semble déjà avoir été franchie :
« Quand nous avons commencé à faire connaître le nouveau programme, nous avons reçu quatre fois plus de demandes d’admission que de places disponibles, tant pour les étudiantes et étudiants à temps plein qu’à temps partiel. Nous espérons que ceux que nous n’avons pas pu accepter cette année tenteront leur chance de nouveau en septembre 2026 », a ajouté Ann Seymour.
Pour en savoir plus sur le nouveau programme de travail social, veuillez consulter le site Web de la Commission scolaire crie.