Un groupe de travail supervisera la restitution des restes humains et des objets sacrés autochtones détenus par l’Université McGill

Des conseillers culturels autochtones locaux et régionaux guideront le processus, qui mènera l’Université à faire face à son passé et à chercher à réparer ses erreurs
Membres du Groupe de travail sur le ramatriement, le rapatriement et la restitution autochtones
Membres du Groupe de travail sur le ramatriement, le rapatriement et la restitution autochtones

Au cours des deux derniers siècles, l’Université McGill a acquis des objets ayant une profonde signification pour les peuples autochtones, notamment des vestiges ancestraux et des objets sacrés.

Dans le cadre des efforts de l’Université en faveur de la réconciliation, le Groupe de travail sur le ramatriement, le rapatriement et la restitution autochtones a été mis sur pied pour veiller à ce que ces vestiges soient pris en charge et restitués de manière à respecter les valeurs autochtones et à honorer la dignité des personnes à qui ils ont appartenu.

Celeste Pedri-Spade is

Dirigé par le Bureau des initiatives autochtones et les Bibliothèques de l’Université McGill, le groupe de travail dressera une liste exhaustive des vestiges ancestraux et des objets sacrés détenus par l’Université et recommandera des politiques et des procédures pour encadrer leur restitution.

« L’Université McGill est consciente que les vestiges ancestraux et les objets sacrés autochtones présents dans ses collections continuent d’avoir des répercussions profondes, souvent douloureuses, sur les communautés autochtones », assure Celeste Pedri-Spade, vice-provost aux initiatives autochtones.

« Comme nous y invite l’appel à l’action 20, qui indique que l’Université McGill doit démontrer son engagement envers la vérité et la réconciliation en examinant son histoire de manière critique et en prenant des mesures réparatrices, nous nous engageons dans un processus fondé sur la responsabilité institutionnelle, le respect, la dignité et la bienveillance. »

Le groupe de travail devra faire la lumière sur les conditions dans lesquelles l’Université McGill est entrée en possession de ces objets.

 

L’Université face à son histoire

Les 15 membres du groupe de travail sont issus de communautés autochtones et non autochtones. Parmi eux figurent des conseillers culturels et des gardiens du savoir de Kahnawà:ke et d’Akwesasne, ainsi que des représentants du Département d’anthropologie de l’Université McGill, du Musée Redpath, du Musée médical Maude-Abbott et du Musée McCord Stewart, qui gère une partie des collections de l’Université McGill.

Le groupe de travail a été mis sur pied en mars 2025 et devrait présenter ses recommandations vers le mois de mai 2026.

« L’Université McGill a la responsabilité de remettre en question les pans de son histoire qui perpétuent des blessures, notamment la conservation des vestiges ancestraux autochtones et des objets sacrés qui leur sont liés, dit Guylaine Beaudry, doyenne des Bibliothèques et titulaire de la chaire Trenholme. La création du groupe de travail est une étape essentielle qui permettra d’aborder cette histoire avec humilité et attention et avec la volonté de rendre des comptes. »

« Le rôle des Bibliothèques est de s’engager dans une gestion responsable et transparente et d’appuyer des processus guidés par le leadership, les valeurs et les protocoles culturels autochtones, explique Guylaine Beaudry. Je remercie nos partenaires de l’Université McGill et des communautés de Kahnawà:ke et d’Akwesasne de diriger ce projet. Ensemble, nous veillerons à ce que ces vestiges ancestraux et ces objets sacrés soient traités avec dignité et respect. »

 

Un devoir sacré

Des travaux similaires ont été entrepris dans d’autres établissements. En 2021, l’Université du Manitoba a créé sa propre cérémonie de ramatriement et de rapatriement respectueux, et des leaders autochtones membres du conseil de la cérémonie se sont entretenus avec des membres du groupe de travail de l’Université McGill. Les deux groupes ont pour mission de restituer les vestiges ancestraux et les objets saisis ou conservés sans consentement.

Otsi’tsaken:ra Charlie Patton, Kanien’kehá:ka (Mohawk), aîné de Kahnawà:ke, qui fait partie du groupe de travail, a souligné que les objets cérémoniels qui ont été déterrés, saisis et conservés n’ont pas leur place dans un musée.

« Ils méritent d’être rendus à leur peuple et à leurs communautés, soutient Charlie Patton. Ces objets ont une signification spirituelle qui dépasse leur valeur historique ou anthropologique. Ces objets ne sont pas de simples artefacts : ils sont liés à l’esprit, ils appartiennent à l’esprit et ils doivent être traités de manière cérémonielle. Ils doivent faire l’objet d’un processus consciencieux de restitution et de réinhumation. C’est notre devoir sacré d’exiger le respect de protocoles culturels, et pas seulement un transfert logistique ou juridique.

« Nous travaillons avec l’Université McGill pour que les restes de nos ancêtres soient réinhumés avec dignité, en respectant la réalité culturelle qui prévalait à l’époque où ils ont été rendus à notre Terre Mère, explique Charlie Patton. Ils supplient qu’on les laisse retourner au Monde du ciel. »

 

Des erreurs à corriger

Le Musée McCord Stewart gère les collections sur l’histoire canadienne de l’Université McGill. La majeure partie des collections du Musée appartiennent à l’Université, et une entente contractuelle existe entre les deux établissements.

« À titre de gardien de la collection autochtone de l’Université McGill depuis plus d’un demi-siècle, le Musée McCord Stewart souhaite réparer les erreurs du passé en collaborant à remettre en terre les restes ancestraux qui lui ont été confiés, indique Christian Vachon, directeur, Gestion des collections et conservateur, Art documentaire du Musée McCord Stewart. Notre intention est de rendre hommage aux ancêtres, de rétablir la dignité qui leur est due et de contribuer à la réconciliation. »

Charlie Patton ajoute : « Ce processus est un moyen concret de corriger les erreurs commises lors des fouilles archéologiques et par les pratiques de collecte, qui ont conduit à la saisie de vestiges ancestraux et d’objets sacrés sans consentement. »