
Après un hiatus de cinq ans, Scrivener Creative Review, la plus ancienne revue littéraire de l’Université McGill, est de retour. Ses nouveaux rédacteurs en chef sont bien décidés à lui bâtir un avenir dynamique et durable, à la hauteur de son prestigieux héritage.
Pilier de la scène littéraire mcgilloise depuis sa fondation en 1980, Scrivener, revue du Département d’études anglaises de l’Université McGill, publie de la poésie, de la fiction, des essais, des entretiens et des œuvres artistiques. Ouverte sur le monde, elle s’est pourtant imposée, en plus de quarante ans d’existence, comme un véritable bastion de la littérature canadienne. Leonard Cohen, Louis Dudek, F. R. Scott et P. K. Page comptent parmi les grandes figures dont les œuvres ont marqué ses pages, aux côtés d’entretiens avec divers auteurs, dont Margaret Atwood et Michael Ondaatje.
Comme beaucoup de publications universitaires, Scrivener a cessé ses activités en 2020, en raison de la pandémie. Or, au printemps dernier, les rédacteurs en chef, Izzi Holmes et Jacob Sponga – tous deux étudiants à la maîtrise en littérature anglaise – ont remis le projet sur les rails avec une nouvelle équipe éditoriale, publiant le 46e numéro papier de la revue.
Fantômes littéraires
Izzi Holmes et Jacob Sponga confient que la renaissance du projet a d’abord été portée par la curiosité… et par une certaine hantise.
« Nous sommes tous deux arrivés à McGill en 2021, alors nous n’avons pas connu l’époque de Scrivener, mais je voyais des fantômes partout dans notre aile du Pavillon des arts – anciens numéros, affiches de lancement et de lectures de poésie », explique la rédactrice.
« Nous savions que ce monument de la littérature montréalaise était tapi dans le passé, et le fait qu’un organe de création ait été rattaché au Département d’études anglaises et à la Faculté des arts – avant de mystérieusement disparaître – nous intriguait. Nous voulions savoir ce qui s’était passé et voir si nous pouvions le faire revivre », ajoute le rédacteur.
Cette curiosité les a menés vers le professeur Eli MacLaren, aujourd’hui conseiller pédagogique de Scrivener.
« Il s’est avéré que ce qui restait de la revue – quelques vieilles archives, des autocollants et même sa constitution originale – avait été laissé au Département d’études anglaises, raconte Izzi Holmes. Nous avons compris que nous pouvions en hériter si nous le souhaitions. Cette découverte rendait soudainement possible notre idée de réanimer la revue. »
Depuis la renaissance de la revue, les rédacteurs en chef ont pu compter sur le précieux soutien d’étudiants et de collaborateurs actuels, en plus d’anciens de Scrivener, toutes générations confondues.
« Des gens nous ont écrit sur les réseaux sociaux, avec des messages du genre : “Vous m’avez publié en 1992, je suis tellement heureux que Scrivener soit de retour!”, rapporte Jacob Sponga. Il y a là un véritable héritage. On a le sentiment de participer à quelque chose de vraiment grand. »
Un effort collectif
Scrivener fonctionne sur une base bénévole, avec une équipe de rédaction composée d’une quarantaine d’étudiantes et étudiants qui dirigent les sections consacrées à la poésie, à la fiction, aux entretiens, à l’art et au design. En dépit d’une expérience limitée dans le domaine de l’édition littéraire, les étudiants ont réussi à bâtir la nouvelle mouture de Scrivener grâce à la collaboration et à l’enthousiasme de l’équipe, soulignent les éditeurs en chef.
« C’est la toute première fois que nous publions une revue, mais la passion peut parfois pallier le manque d’expérience. Et beaucoup de monde – écrivains, rédacteurs, pairs, professeurs et organisateurs de McGill et d’ailleurs – s’est mobilisé pour nous aider à donner vie à ce projet », explique la rédactrice en chef, sourire aux lèvres.
Tournée vers l’avenir, l’équipe de Scrivener réunit des étudiants et des étudiantes de tous les niveaux. « Tous nos membres finiront par obtenir leur diplôme et quitter l’équipe, reconnaît Holmes, mais nous espérons qu’ils recruteront à leur tour des successeurs à qui passer le flambeau de Scrivener. »
Propositions libres
L’équipe prépare actuellement le numéro d’automne 2025. La revue est basée à McGill, mais aucune affiliation universitaire ou nationale n’est requise pour y contribuer. Un appel de propositions (poésie, fiction, art visuel) sera lancé en janvier en vue du numéro du printemps 2026.
« Nous avons reçu 255 propositions d’auteurs émergents et d’écrivains chevronnés pour le dernier numéro, et plus de 400 pour celui d’automne. Ce qui importe, c’est la qualité du travail », précise Izzi Holmes.
Parallèlement à la publication de nouvelles œuvres, l’équipe de Scrivener a entrepris la numérisation des archives de la revue. Elle y a découvert des poèmes rares du jeune Leonard Cohen ainsi qu’un entretien avec Anne Carson datant de 1997, accessible en ligne pour la première fois.
L’équipe éditoriale espère poursuivre le travail d’archivage, si le financement le permet. Pour l’heure, elle souhaite profiter de l’élan du relancement pour s’assurer que Scrivener demeure un espace d’expression littéraire incontournable à l’Université et au-delà.
« Par la publication de la revue, nous faisons revivre une tradition », conclut Jacob Sponga
Pour connaître les directives pour soumettre une proposition, consulter les anciens numéros ou accéder aux archives, rendez-vous au scrivenerreview.com ou visitez @scrivenercreativereview