
Des milliers de kilomètres séparent la Réserve naturelle Gault, installation de l’Université McGill située à Mont-Saint-Hilaire, de la forêt amazonienne péruvienne et des forêts belges. Mais grâce à une nouvelle initiative internationale, la Réserve a noué des liens avec ces deux régions. Dans le cadre d’un programme mondial de partenariat entre stations de recherche, elle a été jumelée avec des stations sœurs au Pérou et en Belgique. Voilà qui ouvre de nouvelles perspectives en matière de collaboration scientifique, d’éducation et de sensibilisation.
David Maneli, directeur associé de la Réserve naturelle Gault, a participé au lancement du programme de jumelage des stations de recherche en vue de multiplier les collaborations et les projets transfrontaliers. Il est également président du Comité international de l’Organization of Biological Field Stations (OBFS), réseau de stations de recherche et de laboratoires marins répartis aux quatre coins du monde.
« C’est formidable d’échanger des idées et des pratiques exemplaires avec des collègues du monde entier, déclare-t-il. Très souvent, les structures et la gouvernance sont bien différentes, mais nous partageons bon nombre de valeurs fondamentales : protection, préservation et compréhension du monde naturel. »
Des caméras à détection de mouvement pour capturer des images de la faune

Dans le cadre de son partenariat avec l’Alliance for a Sustainable Amazon – Finca Las Piedras, au Pérou, et le Field Research Centre of UHasselt (Université de Hasselt), en Belgique, la Réserve Gault dirige un projet de surveillance de la biodiversité à l’aide de pièges photographiques. Chaque site a installé des caméras à détection de mouvement pour capturer des images et des vidéos de la faune. Ces photos et vidéos sont téléversées sur une plateforme commune qui utilise l’intelligence artificielle pour identifier les espèces et consigner leur emplacement, et dont le contenu alimente une base de données sur la biodiversité en constante expansion. David Maneli explique que l’objectif est de rendre cette base de données accessible au grand public. Dans l’intervalle, les chercheurs peuvent accéder à des données à long terme et les étudiants peuvent participer concrètement à une surveillance écologique.
Après plus d’un an de collaboration, le jumelage a déjà donné lieu à des échanges et à des rencontres en personne dans les différentes stations, dans une optique de familiarisation avec les écosystèmes locaux, les pratiques exemplaires et les activités de sensibilisation.
L’équipe présentera le programme lors de la conférence de l’OBFS, qui se tiendra au Colorado, en septembre, afin d’encourager d’autres stations de recherche à adopter des outils similaires, peu coûteux et évolutifs, pour la surveillance à long terme.
« C’est un exemple éloquent du potentiel qu’a la science locale de contribuer à la compréhension mondiale », fait valoir David Maneli.
Selon Anja Geitmann, vice-rectrice aux relations internationales de l’Université McGill, de telles initiatives montrent que l’internationalisation de la recherche ne se limite pas à l’échange de données et aux rencontres entre scientifiques lors de conférences, mais s’incarne également dans des collaborations institutionnelles au long cours.
« Des réseaux comme celui que la Réserve Gault a établi avec la Belgique et le Pérou permettent l’acquisition de capacités qui dépassent largement celles d’un seul établissement. Pour les étudiants des cycles supérieurs, cela signifie de précieuses chances d’étudier ailleurs, de transférer leurs compétences et d’élargir la portée de leurs recherches, de la forêt tempérée canadienne à l’Amazonie », souligne la vice-rectrice.
Une mission de recherche universitaire
Si son rôle sur la scène mondiale se développe, la Réserve Gault demeure toutefois attachée à sa mission académique. Cours sur le terrain, recherche aux cycles supérieurs et au premier cycle, projets étudiants : la Réserve, affiliée à la Faculté des sciences de l’Université McGill, est le théâtre de nombreuses activités académiques. En effet, en 2024, elle a accueilli 43 programmes de recherche, ce qui en fait l’un des sites de recherche en sciences naturelles les plus actifs du Québec.
En appui à cette mission, les bourses de recherche Gault offrent jusqu’à 10 000 dollars de financement pour des recherches menées à la Réserve Gault ou à la Réserve naturelle Wilder-et-Helen-Penfield, située au bord du lac Memphrémagog et gérée par la Réserve Gault. Ces bourses aident les étudiant(e)s et les chercheurs(-euses) à entreprendre des travaux sur le terrain qui contribuent à la compréhension et à la conservation des milieux naturels.
De surcroît, la Réserve Gault est un site de choix pour la surveillance écologique à long terme. Grâce à une équipe affectée à cette tâche tout au long de l’année, la Réserve arrive à conserver des ensembles de données (santé des forêts, populations fauniques et changements climatiques) prélevées au cours de plusieurs décennies. Dans un monde où la recherche est souvent limitée à des cycles de subventions à court terme, il s’agit là d’une ressource rare.
« C’est un âge d’or pour la Réserve Gault, se réjouit son directeur associé. La Faculté des sciences nous apporte une aide considérable, et nous avons une équipe dynamique et motivée. Lorsqu’on est heureux et bien épaulé, il est facile d’être productif. »