
Quatre membres de la communauté de l’Université McGill figurent parmi les 18 lauréats des Prix du Québec 2025, l’une des plus hautes distinctions décernées par le gouvernement du Québec. Ce prix est attribué à des personnes dont la carrière exceptionnelle a contribué à la vitalité culturelle et scientifique du Québec.
René Provost, titulaire de la Chaire James-McGill sur la justice au-delà de l’État à l’Université McGill, a remporté le prix Léon-Gérin pour sa contribution à la compréhension du droit international, du droit humanitaire et des droits de la personne dans le contexte des conflits armés.
Yvon Rivard, qui a enseigné la création littéraire au Département de langue et littérature françaises de McGill pendant plus de trente ans, jusqu’à sa retraite en 2008, a reçu le prix Athanase-David de littérature, l’une des distinctions culturelles les plus prestigieuses du Québec.
Deux membres de la communauté élargie de l’Université McGill ont également été honorés : Clément Gosselin, ancien étudiant en génie à McGill et pionnier de la robotique, a reçu le prix Marie-Victorin pour ses travaux novateurs dans le domaine de l’intelligence mécanique, tandis que Céline Galipeau, célèbre journaliste qui a étudié à McGill et à qui l’Université a décerné un doctorat honorifique, a remporté le prix René-Lévesque pour sa carrière exceptionnelle en journalisme audiovisuel.
Un prix qui vient dissiper des doutes
René Provost a déclaré qu’il a parfois remis en question la valeur de son travail, ce qui donne encore plus de sens au prix Léon-Gérin.
« Il m’est arrivé d’avoir des doutes quant à l’utilité de consacrer tant d’années à tenter de changer par l’entremise du droit la réalité apparemment irrépressible de la guerre dans la vie humaine, a-t-il déclaré. J’ai pensé que j’aurais mieux fait de travailler sur des questions juridiques plus immédiates ou encore de me joindre à une organisation humanitaire comme la Croix-Rouge qui agit sur le terrain. »
« Je comprends l’attribution de ce prix comme une validation d’une recherche qui peut contribuer, de façon modeste, à combattre l’arbitraire de la violence de la guerre », a-t-il ajouté.
Une question de vie ou de mort
Le professeur Provost a entamé son parcours dans le domaine du droit des conflits armés au début des années 1990, lorsqu’il s’est penché sur l’utilisation de la famine comme arme de guerre, à titre d’avocat bénévole pour Human Rights Watch à New York.
« Trente-cinq ans plus tard, la question reste tristement autant d’actualité, dit-il. C’est un exemple parmi tant d’autres dont on pourrait déduire que tout reste à faire, que l’effort est vain. Ma conviction est à l’effet contraire, que les règles inscrites dans les Conventions de Genève et même les idéaux de la Déclaration universelle des droits de l’homme ont un impact sur certains acteurs dans certains contextes, ce qui se traduit par des choix dans les stratégies ou les comportements qui font la différence entre la vie et la mort pour des centaines, sinon des milliers d’individus. C’est déjà quelque chose, et il faut s’entêter pour faire encore mieux. »
Le travail de René Provost est difficile. Ses recherches le conduisent souvent dans des zones grises de la morale et de la politique, où s’affrontent groupes d’insurgés, tribunaux internationaux et organisations humanitaires. Mais le professeur reste convaincu que même les changements progressifs ont leur importance.
« Rien de plus facile que de tomber dans le cynisme et le fatalisme face à la guerre, soutient-il. À défaut de découvrir un moyen de l’éradiquer, il faut continuer à œuvrer pour changer par le droit les pratiques et les discours pour amenuiser progressivement, ne serait-ce qu’un peu, l’injustice de la guerre. »
Hommage à Yvon Rivard, un autre lauréat de l’Université McGill
Yvon Rivard est depuis longtemps une figure majeure de la littérature québécoise et canadienne.
Né en 1945 à Sainte-Thècle, au Québec, ce romancier, essayiste et scénariste a reçu deux fois le Prix littéraire du Gouverneur général, d’abord en 1986 pour son roman Les Silences du corbeau, puis en 2013 pour Aimer, enseigner. Son roman Le Milieu du jour, publié en 1996, lui a valu le Grand Prix du livre de Montréal, et son scénario pour le film La Vie fantôme lui a valu une nomination aux prix Génie en 1992.
« Félicitations au professeur René Provost, dont les travaux novateurs en droit continuent d’influencer les débats mondiaux sur la justice. Ses travaux ancrent la théorie du droit dans l’expérience vécue, en particulier dans les zones de conflit, où le droit se heurte aux réalités culturelles, aux droits de la personne et aux efforts de paix », a indiqué Dominique Bérubé, vice-rectrice à la recherche et à l’innovation.
« McGill est également fière de rendre hommage au professeur émérite Yvon Rivard et à nos diplômés honorés cette année par le gouvernement du Québec. Leurs réalisations et leurs contributions, qui ont enrichi la vie culturelle québécoise, témoignent d’un engagement profond à l’égard du bien-être des collectivités québécoises », a poursuivi la vice-rectrice.
Créés en 1977, les Prix du Québec récompensent l’excellence, la créativité et l’innovation dans un large éventail de disciplines, dont la littérature, les arts de la scène, le design, les sciences naturelles, les sciences sociales et la recherche biomédicale. Chaque année, ces prix rendent hommage à des personnes qui ont fait progresser le savoir et la culture, et ont renforcé l’influence et la réputation du Québec, y compris à l’échelle internationale.
La cérémonie de remise des prix aura lieu le 25 novembre à Québec, au Musée national des beaux-arts du Québec.