Pour une étudiante en droit de McGill, le concours Miss Indigenous Canada est une affaire de communauté, et non de compétition

« Ce concours reflète des enseignements qui mettent l’accent sur la responsabilité envers les générations futures », déclare Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle, originaire de Kahnawà:ke, qui souhaite mettre à profit sa formation juridique pour changer les systèmes coloniaux
Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle
Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle a participé, à titre de jeune déléguée, à la session de 2025 du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones, organe subsidiaire du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, à Genève, en Suisse.

Mise à jour : Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle a reçu le prix de réussite scolaire lors de l’événement, qui s’est tenu en juillet à Brantford, en Ontario.

Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle se prépare à participer au concours Miss Indigenous Canada en mettant l’accent sur la responsabilité davantage que sur la compétition.

L’étudiante en droit de l’Université McGill fait partie des 20 participantes sélectionnées pour ce concours national, qui se tiendra du 20 au 25 juillet et réunira des femmes et des personnes bispirituelles autochtones de tout le Canada.

L’étudiante kanien’kehá:ka de Kahnawà:ke estime que cette expérience sert avant tout à tisser des liens entre les Nations plutôt qu’à offrir une prestation. Les participantes sont évaluées non seulement sur leur apparence, mais sur leur capacité à représenter leur communauté, à transmettre leurs connaissances culturelles et à nouer des liens.

Le programme comprend des ateliers, des activités de groupe et une présentation culturelle. Les participantes présentent des éléments de leur culture respective au moyen du chant, de la danse, du conte ou d’autres formes d’expression. Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle montrera ses talents en vannerie.

Selon elle, le concours reflète des enseignements qui mettent l’accent sur une vision à long terme et sur la responsabilité envers « les sept prochaines générations ».

Elle apprécie également la possibilité d’entrer en relation avec de jeunes Autochtones de partout au pays dans un cadre conçu pour favoriser les échanges plutôt que la rivalité.

« Nous étions déjà très déconnectées, et la COVID n’a fait qu’aggraver la situation, dit-elle. Ce concours nous permet de nous rassembler de nouveau. »

 

De la science au droit

Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle
Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle prend la parole en 2023, à New York, lors d’une marche pour mettre fin aux énergies fossiles

L’intérêt de Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle pour le droit est né de sa passion pour les neurosciences, la psychologie et l’étude du cerveau, du comportement et de la santé mentale. Pendant ses stages, notamment en clinique, elle a constaté des inégalités systémiques touchant les patients autochtones, une réalité qui a profondément transformé sa perspective.

Ces expériences lui ont permis de mieux comprendre l’influence des systèmes institutionnels sur le vécu des peuples autochtones et l’ont amenée à sortir des questions liées aux soins individuels pour s’intéresser à des enjeux plus larges de responsabilité, de politiques publiques et de changement systémique.

« Ces constatations m’ont mise en colère, raconte-t-elle. Je devais trouver un moyen de faire évoluer les politiques publiques. »

L’étudiante s’est alors tournée vers le droit, qu’elle considère comme le meilleur moyen de s’attaquer aux problèmes structurels. Son travail actuel aux Services législatifs de Kahnawà:ke ainsi que ses études à McGill témoignent de son intérêt pour la gouvernance, les politiques publiques et les cadres juridiques.

Sa défense de l’environnement s’inscrit dans la même lignée. Elle travaille notamment à sensibiliser sa communauté aux dossiers des marchés du carbone et des ententes d’utilisation du territoire, ainsi qu’à la terminologie juridique propre à ces questions. Par ce travail, elle cherche à aider les membres de sa communauté à comprendre les répercussions de cadres juridiques et environnementaux complexes sur les territoires autochtones et leur gouvernance.

Elle a multiplié les échanges bien au-delà de Kahnawà:ke. En participant à des forums des Nations Unies, elle a mis en lumière des préoccupations concernant l’effet des marchés du carbone, de l’aménagement du territoire et des politiques environnementales sur les communautés autochtones, leurs territoires et leurs responsabilités envers les générations futures.

« C’était de l’écoblanchiment », affirme-t-elle.

À ses yeux, il faut avant tout aider sa communauté à comprendre ces différents systèmes.

« L’un de mes rôles essentiels est celui d’interprète », explique-t-elle.

 

Face aux systèmes juridiques coloniaux

Ses études à la Faculté de droit de McGill lui ont offert de nombreuses possibilités, mais lui ont aussi apporté des défis. Comme bien d’autres étudiants autochtones, elle souligne la difficulté de concilier les exigences des études avec les responsabilités envers sa communauté et ses obligations culturelles.

Les cérémonies saisonnières tenues à Kahnawà:ke entrent souvent en conflit avec les activités universitaires, et il n’est pas toujours facile d’obtenir les accommodements nécessaires. Cette réalité, explique-t-elle, peut rendre difficile le maintien d’un lien étroit avec la communauté pendant des études postsecondaires.

Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle affirme avoir trouvé particulièrement difficile l’étude du droit criminel, en raison de son lien avec les systèmes juridiques coloniaux qui continuent de façonner la vie des peuples autochtones.

« Cette étude a suscité beaucoup d’émotions négatives, dit-elle. C’est très difficile d’étudier un système conçu en partie pour effacer notre existence et qui est toujours en place aujourd’hui. »

Malgré tout, elle demeure convaincue qu’une formation juridique est essentielle au travail qu’elle souhaite accomplir dans sa communauté.

 

Responsabilité collective et projets d’avenir

Après l’obtention de son diplôme, Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle aimerait être admise au barreau et entreprendre une carrière d’avocate, probablement en droit de la famille ou en droit criminel. Tout en terminant ses études, elle travaille déjà aux côtés de juristes.

Sa vision du monde s’inspire des enseignements kanien:keha’ka de Ka’nikonhri:io (l’Esprit bienveillant), de Ka’satsténshera (la force), de Konnorónhkhwa (l’amour) et de Skén (la paix), qui orientent sa pratique du droit et son engagement communautaire. Elle indique que ces principes mettent l’accent sur l’équilibre, la responsabilité et le souci du bien commun plutôt que sur la réussite individuelle.

Le changement, estime-t-elle, est le fruit d’un effort collectif.

« Je ne crois pas qu’une seule personne puisse tout changer à elle seule. Ensemble, nous pouvons avoir une plus grande incidence. »

Alors qu’elle s’apprête à occuper le devant de la scène lors du concours Miss Indigenous Canada, l’étudiante considère que son rôle se joue surtout en coulisses, au sein de sa communauté, où elle contribue à surmonter les obstacles que représentent parfois des systèmes défavorables aux Autochtones et facilite la circulation de l’information, la compréhension des enjeux et la prise de décisions.

« Je ne me vois pas nécessairement à l’avant-plan, déclare-t-elle. Je veux faire partie d’un effort collectif plus vaste. »

Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle speaks at the 2023 March to End Fossil Fuels in New York City
Karahkwinetha Sage Goodleaf-Labelle participera au concours Miss Indigenous Canada en 2026