Ce printemps, après qu’elle aura terminé sa double majeure en développement international et en psychologie à l’Université McGill, Jasmine Zhao n’aura pas beaucoup de temps pour souffler : en août, elle ira étudier à l’Université Tsinghua, à Pékin, à titre de boursière Schwarzman.
Cette bourse offre un programme de maîtrise d’un an entièrement financé en affaires internationales à 150 étudiants et étudiantes du monde entier qui démontrent un potentiel de leadership et un intérêt pour le dialogue mondial.
Pour Jasmine, cet honneur marque le début d’une nouvelle étape de son parcours, qui a commencé par une découverte qui a changé à jamais sa vision du monde.
Un contraste marquant

Pendant sa jeunesse à Dalian, en Chine, alors qu’elle fréquentait une école internationale, Jasmine a découvert que, tout près de chez elle, des familles vivaient dans des conteneurs d’expédition. Ces gens n’avaient ni chauffage ni électricité; les enfants étudiaient par terre, dans un froid glacial. Jasmine a été bouleversée par le contraste, elle qui avait la chance d’aller dans une bonne école et de pouvoir rêver d’avenir.
« Je me souviens de m’être demandé comment j’avais pu ne pas être au courant, raconte Jasmine. Ces gens vivaient à cinq minutes de chez moi et personne n’en parlait jamais. »
Ses parents ont toujours accordé plus d’importance à la gentillesse qu’à la réussite sociale. Ils lui ont enseigné qu’aider les autres comptait plus que les notes ou les titres professionnels.
« Ils m’ont toujours dit que si on peut aider quelqu’un, on doit le faire, poursuit Jasmine. Même si on ne peut pas tout régler, on doit essayer. »
Ces valeurs se sont enracinées dans son cœur pendant son enfance passée entre la Chine et Los Angeles. Ses déménagements fréquents l’ont obligée à s’adapter à de nouvelles écoles, cultures et normes sociales.
« On peut vivre confortablement tout en ayant le sentiment de ne pas être à sa place, explique-t-elle. Moi aussi, je me suis déjà sentie entre deux mondes, et cela m’a rendue beaucoup plus sensible à la situation des personnes qui tentent de s’intégrer. »
Cette sensibilité est à l’origine de son empathie pour les réfugiés et les migrants, qui doivent s’adapter à des sociétés qui leur sont étrangères.
Une bâtisseuse de ponts
À l’Université McGill, Jasmine a choisi d’étudier en développement international et en psychologie afin de comprendre à la fois les systèmes mondiaux et les comportements individuels.
« En développement international, on apprend comment fonctionne le monde, dit-elle. En psychologie, on apprend comment fonctionnent les gens. »
L’une des personnes les plus déterminantes dans son parcours est Kazue Takamura, chargée d’enseignement principale à l’Institut d’études en développement international de l’Université McGill. Lors de discussions en classe et pendant les heures de consultation, Kazue a encouragé Jasmine à traduire la recherche en actions concrètes.
Sous l’impulsion de Kazue, Jasmine a pris part à la Conférence du Parlement des réfugiés, projet étudiant ponctuel dans le cadre duquel les réfugiés avaient la possibilité de s’adresser directement aux décideurs.
« Je ne voulais pas que le projet s’arrête là, explique-t-elle. Je voulais que la conférence devienne une plateforme sur laquelle les réfugiés pourraient compter. »
Dès la première année, elle a pris les choses en main et a donné un statut officiel à la conférence. Sous sa direction, l’événement a eu lieu à deux autres reprises. Jasmine s’est associée au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et au Centre de réfugiés de Montréal afin d’obtenir du soutien, et elle a formé des personnes étudiantes plus jeunes afin d’assurer le maintien de la conférence après son départ de l’Université.
Durant l’événement, on donne la parole aux réfugiés et aux migrants. On met en évidence les obstacles à l’intégration, notamment les barrières linguistiques, les systèmes gouvernementaux et l’inclusion sociale.
Une chance inestimable
Le passage de Jasmine à l’Université McGill a été transformateur, tant sur le plan académique que personnel.
« Mon expérience à l’Université a été fascinante et vraiment exceptionnelle, confie-t-elle. J’aimerais que tout le monde puisse vivre une expérience comme la mienne. »
Jasmine souligne que la diversité a été un élément fondamental pour elle à McGill. Comme elle avait un intérêt pour les affaires internationales, elle s’est liée d’amitié avec des personnes de toutes les cultures et de tous les pays.
« La communauté étudiante est incroyablement diversifiée, dit-elle. Je me suis fait des amis venant d’au moins 15 à 20 pays. »
Elle est reconnaissante envers ses professeurs de leur disponibilité et de leur mentorat, et elle souligne que son apprentissage est loin de s’être limité à la salle de cours.
« J’ai beaucoup appris, non seulement en classe, mais aussi pendant les heures de consultation et grâce à des conversations enrichissantes sur des sujets académiques et sur mes objectifs de carrière », précise-t-elle.
Perspectives
Au moment où elle s’apprête à quitter Montréal, Jasmine considère la bourse Schwarzman comme un moyen de continuer d’apprendre et une chance d’approfondir son engagement au service des autres.
« J’ai toujours accordé une place centrale aux œuvres caritatives et au travail non gouvernemental, et je vais continuer à m’y intéresser durant mes études en tant que boursière Schwarzman et par la suite, dit-elle. J’espère que les gens verront qu’au-delà de son développement impressionnant, la Chine est complexe et diversifiée et qu’elle fait face aux mêmes défis que les autres pays. »
« La Chine a fait des progrès importants, mais je pense que la collaboration internationale peut accélérer les changements positifs. Chaque pays a ses propres difficultés et, en apprenant les uns des autres, nous pouvons trouver de meilleures solutions », conclut Jasmine.