
Comment peut-on améliorer l’ambiance sonore d’une ville comme Montréal? Depuis près de vingt ans, Catherine Guastavino, professeure à l’Université McGill, se penche sur cette question en utilisant la métropole comme laboratoire vivant.
En collaboration avec des groupes citoyens, des artistes sonores et des spécialistes de l’aménagement (urbanistes, concepteurs paysagistes, décideurs), ses étudiants et elle ont attiré l’attention sur le rôle du sonore dans la vie urbaine. Ils ont également contribué à faire de Montréal l’un des chefs de file nord-américains de l’intégration des considérations sonore en urbanisme.
Les personnes responsables de l’aménagement des villes doivent concilier divers impératifs. Or, elles reçoivent généralement peu de formation sur l’intégration des considérations sonores à leur pratique et disposent de peu d’outils, hormis les règlements fixant les limites de niveau de bruit. Par conséquent, elles concentrent leur attention sur les niveaux de décibels, explique Catherine Guastavino, professeure à l’École des sciences de l’information et chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche en musique, médias et technologie, un centre de recherche interinstitutionnel basé à l’Université McGill.
Un portrait incomplet
La pollution sonore est largement reconnue comme un enjeu de santé publique associé à la perte auditive, aux troubles du sommeil, au stress et aux maladies cardiovasculaires. On sait aussi que les populations urbaines sont régulièrement exposées à des niveaux sonores supérieurs aux seuils recommandés. Toutefois, selon la chercheuse, les décibels ne révèlent qu’une partie de l’histoire.
« Un niveau sonore ne suffit pas à déterminer si un son est agréable ou désagréable, s’il est continu ou intermittent, d’où il provient ou ce qu’il évoque. Une multitude de facteurs influencent notre perception sonore, explique-t-elle. Il n’existe pas de recette unique pour créer le paysage sonore urbain idéal. Une place publique ou un café gagne à être animé par des sonorités qui invite l’interaction sociale, tandis que dans un lieu destiné au repos ou à la réflexion, on misera plutôt sur des sons naturels et apaisants. Tout dépend de l’activité ou du contexte. »
L’influence du son sur la vie urbaine
Des études ont montré qu’un environnement sonore bien conçu peut réduire le stress, faciliter la concentration et inciter les gens à passer davantage de temps dans les lieux publics et à s’y réunir. À l’inverse, un paysage sonore mal adapté risque de nuire au bien-être, même s’il respecte les normes en vigueur.
L’approche de Catherine Guastavino repose sur une idée simple : il est possible de rendre les paysages sonores urbains agréables, et pas seulement moins dérangeants.
« Le sonore devrait être prise en compte au même titre que les autres éléments de l’aménagement, plutôt que d’être relégué au second plan. »
De la recherche à la pratique

Dans le cadre du partenariat Ville sonore, la professeure Guastavino et son équipe cherchent à améliorer les paysages sonores à Montréal et dans plusieurs villes européennes en créant des points de rencontre entre la théorie et la pratique.
Leurs travaux couvrent un vaste éventail de sujets, allant de l’exposition disproportionnée au bruit vécue par les communautés à faibles revenus et racialisées, aux politiques de gestion du bruit au Québec et ailleurs dans le monde. L’équipe a également installé des bornes audio urbaines où les résidentes et résidents pouvaient jouer la musique de leur choix dans l’espace public.
Parmi les projets en cours, mentionnons la mise au point d’un simulateur de paysage sonore en réalité virtuelle. Cet outil permet notamment aux urbanistes de constater les conséquences sonores de leurs choix de conception, comme l’emplacement d’un immeuble, avant leur mise en œuvre. En simulant une intervention dans un environnement virtuel, l’utilisateur peut anticiper les répercussions sur l’environnement sonore et adapter ses plans en conséquence.
Les effets de la piétonnisation
L’équipe étudiera également les effets de la piétonnisation temporaire de plusieurs artères montréalaises durant la période estivale (promenade Ontario, avenue du Mont-Royal, promenade Wellington).
Ces travaux sont financés par le Réseau air, intersectorialité, recherche respiratoire et sonore (AIRS), codirigé par Catherine Guastavino.
En mesurant l’évolution du bruit ambiant, de la qualité de l’air et des perceptions citoyennes, l’équipe souhaite démontrer qu’une approche réfléchie peut contribuer à la création de lieux publics plus sains, plus durables et plus accueillants.
Ensemble, ces initiatives témoignent de la détermination de l’Université McGill à construire un avenir où les villes ne se contentent pas d’atténuer le bruit, mais offrent à leur population des environnements sonores riches, sains et agréables.