
Lorsque les étudiants en médecine de McGill obtiendront leur diplôme ce printemps, cette cohorte comptera le plus grand nombre de nouveaux médecins noirs de l’histoire de l’université.
L’événement marquera aussi une étape importante pour la Passerelle pour les personnes candidates noires, projet fondé sur le mérite visant à éliminer les obstacles pour offrir un accès plus équitable aux études en médecine.
À l’automne 2022, 24 étudiantes et étudiants ont été admis en médecine par l’intermédiaire de la Passerelle, alors que les cohortes précédentes comportaient généralement moins de cinq étudiants noirs sur environ 200 admissions – soit une augmentation de plus de 400 %. De ce nombre, 21 obtiendront leur diplôme ce printemps.
La représentation, importante dès le départ
Habitué à être souvent le seul étudiant noir de sa classe, Randy Ngalamulume Mukengeshayi se rappelle avoir vu immédiatement la différence à son arrivée à McGill, en 2022.
« À l’activité d’accueil, il y avait une personne noire à presque toutes les tables. Pour la première fois, j’ai senti que je faisais vraiment partie de la communauté étudiante. »
Depuis, la représentation de la communauté noire continue de croître et le programme de quatre ans compte au total, pour la première fois cette année, plus de 100 personnes noires.
Ariane Songa-Côté a, elle aussi, emprunté la Passerelle en 2022. Lorsqu’elle était petite, le manque de représentation ébranlait fortement son rêve de devenir médecin.
« Je n’ai pratiquement jamais rencontré de médecins noirs. Enfant, je ne voyais pas la médecine comme quelque chose d’envisageable », explique-t-elle.
Le changement du visage de la médecine est important pour les futurs étudiants, mais aussi pour les patients, estime-t-elle.
« La présence de médecins issus de différents milieux favorise la prestation de soins adaptés sur le plan culturel et permet de mieux accueillir les patients qui arrivent difficilement à trouver leur place dans le système de santé », Ariane Songa-Côté.
Accès aux soins et disparités en santé
Au Canada, la population noire affiche les taux d’hospitalisation évitable les plus élevés au pays et a un moins bon accès aux soins primaires que les personnes non racisées.
Randy Ngalamulume Mukengeshayi, qui a choisi de se spécialiser en urologie, se réjouit de contribuer à l’élimination de ces disparités.
« Les hommes noirs sont davantage touchés par le cancer de la prostate et d’autres maladies de la prostate, et le fait d’être noir représente en soi un facteur de risque. En tant qu’urologue noir, j’estime pouvoir aborder plus facilement des sujets délicats avec les patients afin de les sensibiliser et de combattre la stigmatisation qui persiste. »
Bientôt diplômée, Laury Gueyie a déjà constaté l’importance de la représentation pour les patients et patientes au cours de sa formation.
« Lorsque j’entre dans la salle d’examen, les patients noirs sont souvent très fiers, et ils sont heureux de créer un lien avec moi », rapporte-t-elle.
Le passage du flambeau
Laury Gueyie indique que l’Association des étudiants noirs en médecine de McGill lui a permis de rencontrer des pairs et des mentors qui l’ont épaulée pendant ses études.
Représentante de sa cohorte auprès de l’Association, elle passera le flambeau après avoir joué le rôle de mentore auprès d’étudiants et étudiantes en médecine.
Le 21 mars, le groupe étudiant a réuni les membres de la promotion pour célébrer leurs réussites et permettre aux plus jeunes de les rencontrer avant qu’ils ne passent à la prochaine étape de leur formation.
« Le conseil que je leur donne, c’est de ne pas douter qu’ils ont leur place ici, explique la mentore. Il faut travailler fort, mais il est tout aussi important de s’entourer de pairs et d’alliés qui sauront vous comprendre et vous épauler. »