
James Newman s’attaque à un projet titanesque.
L’étudiant mcgillois en sciences de 22 ans veut traverser le Canada à la course – une distance de plus de 7 500 kilomètres – en moins de 100 jours. Il parcourra donc 75 à 80 kilomètres par jour afin de recueillir 250 000 dollars.
Il devrait courir quotidiennement jusqu’à 10 ou 11 heures, un effort qui l’obligera à consommer environ 10 000 calories par jour.
Mais James Newman soutient que ces chiffres ne disent pas l’essentiel.
« Les chiffres sont importants, indique-t-il. Mais tout n’est pas qu’une question de chiffres. Je souhaite avant tout donner de l’espoir et créer un sentiment d’appartenance. »
Le 18 mai, l’étudiant entamera sa course à pied de St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador) à Victoria (Colombie-Britannique), en suivant un itinéraire inspiré par Terry Fox, son héros d’enfance.
Au cours de son périple, il recueillera des fonds pour la Fondation pour l’aide à l’enfance du Canada afin de créer une bourse renouvelable destinée aux jeunes ayant vécu des traumatismes et de l’instabilité.
Une course marquée par le deuil et la solidarité
La motivation de James Newman est profondément personnelle.
Quand il avait sept ans, ses frères et lui ont perdu leurs deux parents dans une tragédie qui a bouleversé leur vie. Au cours des années qui ont suivi, ils ont changé plusieurs fois de domicile avant d’être finalement pris en charge par leurs grands-parents. L’étudiant a passé la majeure partie de son enfance à Oakville, en Ontario.
« J’ai eu de la chance, confie-t-il. Des gens m’ont tendu la main, m’ont soutenu et ont cru en moi, sans y être obligés. »
Ce sentiment d’avoir une équipe entière derrière lui l’a marqué. Il sait que les enfants qui vivent des situations similaires ne sont pas toujours aussi bien accompagnés.
« Bien des jeunes dans cette situation n’ont pas accès à un tel réseau après la fin de leurs études secondaires, affirme-t-il. Ils n’ont pas le soutien financier nécessaire pour ne serait-ce qu’envisager d’entreprendre des études postsecondaires. »
C’est là-dessus qu’il veut agir. Il indique que tout l’argent récolté grâce à sa course ira dans un fonds de dotation destiné à financer des bourses d’études à long terme, qui aideront des étudiantes et étudiants à entrer à l’université, mais aussi à obtenir leur diplôme.
« Une bourse, c’est bien plus qu’une somme d’argent, affirme-t-il. C’est une source d’espoir. Une occasion de se réjouir, un phare qui te guide. »
Bien plus qu’une histoire de kilomètres

Pour mener à bien son périple, James Newman devra faire montre d’une endurance physique hors du commun.
Il a toutefois prévu des arrêts en cours de route.
« Il ne s’agit pas seulement de courir aussi loin que possible, explique-t-il. Certains jours, je vais parcourir moins de distance et visiter des foyers de groupe, des organismes de bienfaisance et des associations de jeunes. »
Ces visites sont au cœur de sa mission. Il souhaite rencontrer des jeunes, écouter leurs histoires et leur offrir ce dont il avait lui-même besoin autrefois : une personne qui les comprend.
« Quand j’étais plus jeune, j’avais l’impression que personne ne comprenait ce que je vivais, et c’était très difficile. Si je peux montrer aux jeunes que je les comprends, ne serait-ce qu’un instant, je les aurai aidés. »
James Newman espère que ces interactions contribueront à renforcer le sentiment d’appartenance de ces jeunes.
« Je veux que les enfants sachent que, même s’ils vivent une situation difficile, les choses peuvent toujours s’améliorer, indique-t-il. Ils ne doivent jamais cesser de croire en leurs rêves. »
Une gratitude à l’égard de la vie
L’étudiant espère que sa course, en plus d’aider les autres, lui permettra d’améliorer son propre bien-être.
Les longues heures passées à courir ne se résument pas à un effort physique.
« Je pense à tout quand je cours, raconte-t-il. Je réfléchis à ma vie, au chemin parcouru, et j’éprouve une profonde gratitude. »
Parfois, il se concentre sur le paysage qui l’entoure – le relief changeant, les tronçons de route tranquilles – et mesure sa chance, si rare, d’être totalement dans le moment présent.
« Je n’ai aucune source de distraction. Je suis seul avec mes pensées, avec le paysage qui m’entoure. »
Quand l’effort devient pénible, il se rappelle son objectif.
« Je me concentre sur les raisons qui me motivent à courir, et je suis reconnaissant de pouvoir le faire ».
Pour sa croissance personnelle
McGill a joué un rôle important dans le parcours de James Newman.
« C’est un endroit à part. On y trouve des gens formidables de tous les horizons, qui ont tous et toutes des conceptions différentes du monde. L’Université favorise l’épanouissement, sur le plan des études, mais aussi sur le plan personnel.
J’ai choisi de venir à McGill parce que j’avais le sentiment que c’était le meilleur endroit pour mon évolution. Et j’avais entièrement raison. »
Et après?
Le périple de James Newman a une ligne d’arrivée bien définie : la côte du Pacifique, moins de 100 jours après son départ de St. John’s.
La suite est moins bien définie.
L’étudiant n’a pas encore formé d’autre projet que celui de commencer sa maîtrise à l’automne. La route qui l’attend alors, contrairement à celle qu’il s’apprête à parcourir, n’est pas précisément tracée.
Mais cette incertitude ne le dérange pas.
« Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, avoue-t-il. Je sais seulement que je veux vivre l’amour et être une personne fiable et bienveillante. »
Le 18 mai, il commencera à mettre ces paroles en pratique – un pas à la fois, d’un bout à l’autre du pays.
Pour en savoir plus sur la traversée du Canada à la course de James Newman