
Le 30 septembre, les équipes masculines de hockey de l’Université McGill et de l’Université du Québec à Trois-Rivières disputeront un match hors concours et d’exception. En effet, la rencontre n’aura pas lieu à l’Aréna McConnell comme d’habitude, mais dans la communauté innue de Mashteuiatsh, à près de 500 kilomètres au nord de Montréal.
Pour Mikisiw Awashish, joueur offensif senior des Redbirds et instigateur de l’événement, cette rencontre est bien plus qu’un simple match de hockey : ce sera pour lui l’occasion de redonner à sa ville natale et d’allumer la flamme chez les jeunes joueurs autochtones qui, comme lui, ont passé leur enfance sur la patinoire locale pour les encourager par l’exemple à revendiquer leur place.
« Cela fait quatre ans que je travaille à ce projet, explique Mikisiw, qui prépare actuellement son diplôme en génie civil tout en disputant sa dernière saison universitaire. Je veux montrer aux enfants de chez moi qu’il n’y a aucune limite à ce qu’ils peuvent accomplir. »
Une généreuse reconnaissance
Située sur les rives du lac Saint-Jean, la ville de Mashteuiatsh, foyer de la Première Nation Pekuakamiulnuatsh, est également la ville natale de Francis Verreault-Paul, l’un des plus grands athlètes de McGill. Nommé joueur étoile universitaire canadien à deux reprises et classé deuxième meilleur buteur de tous les temps de l’Université, Verreault-Paul a été intronisé au Temple de la renommée des sports de McGill en 2023. Plus tôt cette année, il a été élu chef régional de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL).
« Miki m’a dit un jour que j’étais un modèle pour lui, se rappelle l’ancien joueur. Ça veut dire beaucoup. Pour moi, c’est Jordin Tootoo qui a allumé cette étincelle. Quand je l’ai vu jouer au Championnat mondial junior en 2003, ça a tout changé : j’ai compris que c’était possible. Aujourd’hui, c’est Miki qui joue ce rôle pour la prochaine génération. »
Avec l’aide de l’équipe d’entraînement de McGill et le soutien de sa communauté, Mikisiw a organisé une visite de deux jours qui comprend des séances sur glace avec des jeunes de la région et une marche commémorative le matin du mardi 30 septembre à l’occasion de la Journée de la vérité et de la réconciliation. Le match interuniversitaire, prévu à 16 h 30, est gratuit et ouvert à tous.
La réalisation d’un rêve
L’idée de cet événement remonte à 2022, année où les équipes de McGill ont remplacé les lacets de leurs patins par des lacets orange et le ruban de leurs bâtons par un ruban de la même couleur à l’occasion de la Journée de la vérité et de la réconciliation. C’était un geste significatif, mais Awashish voulait plus.
« C’était bien, mais je me suis dit que nous pouvions faire mieux, explique-t-il. J’ai toujours voulu utiliser le hockey pour redonner à la communauté, alors j’ai proposé d’organiser un match dans ma ville natale. »
Malgré les retards, les contretemps, les délais serrés et les obstacles logistiques – y compris un incendie qui a entraîné la fermeture de la patinoire municipale pendant près d’un an –, Mikisiw Awashish n’a jamais abandonné : après des mois de préparation et grâce à un important appui, le rêve devient enfin réalité.
David Urquhart, entraîneur en chef, ne s’en étonne pas.
« Miki est une personne exceptionnelle, posée, consciencieuse et dotée d’un leadership naturel, confie-t-il. En tant qu’entraîneur, c’est un plaisir de travailler avec quelqu’un dont la réussite sur la glace comme à l’extérieur ne fait aucun doute. Pour lui, tout est possible. »
Plus qu’un jeu

Pour de nombreux jeunes autochtones, en particulier ceux issus de communautés isolées, le chemin vers le hockey d’élite est semé d’embûches : distance, coût, fossé culturel, racisme.
« J’ai eu de la chance, concède Mikisiw. Je ne vivais pas trop loin et j’ai pu être admis dans une équipe AAA. Beaucoup d’enfants des régions éloignées n’ont pas cette chance et même lorsqu’on réussit, l’impression de ne pas être tout à fait à sa place peut demeurer. »
Francis Verreault-Paul acquiesce : « La situation s’est améliorée, mais le racisme n’est pas disparu pour autant au hockey. C’est pourquoi les revendications et les modèles sont si importants. »
Le match n’est qu’un élément de l’expérience : le lundi, des joueurs de McGill dirigeront des entraînements avec des jeunes de la région; le mardi, l’équipe se joindra aux membres de la communauté pour la marche de la Journée de la vérité et de la réconciliation et les cérémonies avec les Aînés. L’ambiance passera ensuite de la réflexion à la célébration.
« Une journée comme celle-ci favorise le processus de guérison, souligne Mikisiw. Elle commence par le deuil et la réflexion, mais peut se terminer par la joie, surtout grâce au hockey, qui revêt une grande importance dans notre culture. »
De son côté, l’entraîneur Urquhart y voit une occasion d’apprentissage pour ses joueurs.
« Ce n’est pas un simple match de hockey, c’est l’occasion de créer des liens et de poser des gestes porteurs en faveur de la réconciliation, explique-t-il. Une fois diplômés, beaucoup de nos joueurs occuperont des postes de direction dans d’autres domaines que le hockey. Nous souhaitons que cette expérience les sensibilise à l’importance de la réconciliation et à la nécessité d’établir des relations mutuellement respectueuses. »
Perspectives
L’avenir sourit à Mikisiw.
« J’aimerais jouer au hockey professionnel en Europe, puis revenir chez moi pour entreprendre ma carrière d’ingénieur. Par contre, le monde politique m’attire aussi : il y a beaucoup de changement chez les Premières Nations et je voudrais y prendre part, même si je ne sais pas encore comment. »
Pour Francis Verreault-Paul, le potentiel de Mikisiw ne fait aucun doute.
« Miki est mature, terre-à-terre et réfléchi. Il fera sa marque, quelle que soit la voie qu’il choisira. »
D’ici là, la mise au jeu se fera le 30 septembre et le message est clair : vous avez votre place, vous êtes importants et vous pouvez réaliser vos rêves, aussi grands soient-ils. Gageons qu’il sera entendu bien au-delà des bandes.