Les agriculteurs indiens, source d’inspiration de la chercheuse Neha Paserkar

Ayant grandi dans une région où les sécheresses sont fréquentes,la doctorante tenait à ce que ses travaux en sélection végétale soient en prise avec les réalités du terrain

Pour la phytologiste Neha Paserkar, les questions de recherche ne sont pas purement théoriques : elles ont toujours été en prise directe avec les réalités et les difficultés des agriculteurs.

Originaire de l’État du Maharashtra, en Inde, la doctorante mcgilloise a vu pendant toute son enfance les agriculteurs composer avec les sécheresses, les mauvaises récoltes et le stress causé par les aléas climatiques. Dans certaines régions de l’État, la pression est telle qu’elle a contribué à l’aggravation d’une crise de santé mentale dans le monde agricole. Or, pendant ses études, Neha a constaté qu’il y avait un décalage entre la recherche scientifique et la réalité des agriculteurs.

Neha Paserkar

« Parfois, la recherche est déconnectée de la réalité du monde agricole », déplore la chercheuse, récente lauréate d’une bourse CPBI, programme canadien d’innovation en sélection végétale. « Je pense qu’il est important que les scientifiques comprennent la réalité du terrain afin de mieux répondre aux difficultés que vivent les agriculteurs. Je me suis dit : “Et moi, comment pourrais-je leur venir en aide?” »

Aujourd’hui encore, cette question est au cœur de son travail.

« De nombreux scientifiques consacrent une grande partie de leur temps à la recherche en laboratoire. Or, il me semble important que la recherche demeure ancrée dans les réalités du monde agricole afin d’offrir des solutions mieux adaptées aux difficultés des agriculteurs. »

Les travaux de Neha Paserkar portent sur la moisissure blanche, maladie fongique responsable d’importantes pertes de récoltes dans le monde entier. Le haricot commun est particulièrement vulnérable : cette maladie affecte à la fois le rendement et la fiabilité des cultures. La doctorante a recours à l’étude d’association pangénomique pour identifier les principaux locus de résistance, c’est-à-dire les régions génomiques du haricot commun associées à la résistance à la moisissure blanche.

Son objectif : la résilience durable. Elle espère ainsi contribuer à l’élaboration de stratégies de sélection qui permettront d’obtenir des cultures plus résistantes aux maladies, objectif d’autant plus important que le climat est de plus en plus imprévisible.

Selon Neha Paserkar, le programme CPBI permet de consolider les liens entre chercheurs, sélectionneurs, entreprises et agriculteurs, favorisant ainsi la mise en application des résultats de la recherche.

« Le programme CPBI nous a donné une plateforme de communication », dit-elle en évoquant ce rôle fédérateur. Ce dialogue, estime-t-elle, est essentiel à la compréhension des besoins du monde agricole et, par le fait même, à la pertinence de la recherche.

Certes, les expériences vécues en Inde façonnent encore aujourd’hui la vision du monde de la chercheuse, ce qui n’empêche nullement cette dernière d’aspirer à un élargissement de la portée des travaux de recherche qu’elle mène à l’Université McGill. Plus précisément, elle souhaite nourrir le débat sur la sécurité alimentaire afin qu’il transcende les frontières et les systèmes d’exploitation agricole.