Le patrimoine culturel africain et caribéen à l’honneur dans le cadre d’une exposition mise sur pied par des étudiants

Projections : Sankofa bat son plein à la mezzanine du Pavillon Lorne-M.-Trottier
Cinq étudiants noirs se tiennent devant trois œuvres d'art encadrées.
L’équipe d’étudiantes avec Kanga I, Kanga II et Kanga III par Shanna Strauss.

L’Université McGill accueille une nouvelle exposition mettant en vedette des artistes noirs.

Conçue par une équipe d’étudiantes et d’étudiants mcgillois noirs, l’exposition Projections : Sankofa, volet de la série artistique Projections de la Faculté de génie, a été lancée officiellement le 8 mai dernier. Elle vise avant tout à promouvoir l’inclusion de groupes sous-représentés au sein de la Faculté, mais aussi à démocratiser l’accès à l’art pour l’ensemble de la communauté mcgilloise.

Elle réunit trois œuvres matérielles et quatorze œuvres numériques signées par dix artistes noirs, dont la majorité est rattachée à Montréal.

La collection a été constituée au fil des ans par une équipe d’étudiantes et étudiants noirs de l’Université. Ils ont défini le thème de l’exposition, rencontré les artistes, sélectionné les œuvres, rédigé les textes de présentation et organisé les activités connexes.

L’équipe est présentement composée de cinq étudiants et étudiantes au premier cycle : Dami Bali (pharmacologie), Fedgi Dony Gaspard (physiologie), Sarah Al Ghassani (histoire, culture et société), Yvehenry Samee Julsain (génie informatique) et Gloria Muco (génie civil).

Ces derniers ont mené le projet en étroite collaboration avec la Faculté de génie et la Collection d’arts visuels de l’Université. L’achat des œuvres a été financé à même les fonds du Plan de lutte contre le racisme anti-noir de l’Université.

« Je me sens privilégiée de faire partie de cet incroyable projet, commente Gloria Muco. Le fait de participer à la création d’un espace où la communauté noire de McGill se sent reconnue et valorisée me tient profondément à cœur. »

Aaron Jones, Prometheus, 2024, tirage couleur sur papier magazine. Œuvre acquise avec le soutien du Fonds pour la lutte contre le racisme anti-noir de la provost, Collection d’arts visuels de McGill, 2025-013 © Aaron Jones.

Une toile vierge

Le mot « sankofa », qui provient du peuple akan du Ghana, désigne le fait de retourner chercher ce que l’on a laissé derrière soi. Ce mot évoque le thème de l’exposition, soit la célébration de la pluralité des réalités vécues par les personnes africaines, caribéennes et issues des diasporas, sans oublier la longue histoire d’oppression qui façonne encore aujourd’hui la représentation de ces identités.

Le projet est inspiré de Projections : Kwe, exposition mettant en lumière les œuvres d’artistes des Premières Nations, inuits et métis dans le Pavillon de génie McConnell. Lancée en 2022 et portée par Isa Prévost-Aubin et le Comité de l’inclusion autochtone de l’Association des étudiants au premier cycle en génie, l’exposition Kwe a reçu un accueil si favorable qu’elle s’est poursuivie bien au-delà de la durée initiale prévue d’un an.

Avant le lancement, « les espaces de la Faculté de génie étaient essentiellement occupés par des reliques coloniales et comportaient beaucoup de murs vides », relate Nia Fernandez, qui dirige l’initiative E-IDEA (Génie – Promotion de l’inclusion, de la diversité et de l’équité) de la Faculté de génie. « On n’y retrouvait aucune représentation de la communauté vibrante qui fait partie de ce milieu depuis longtemps. L’accessibilité et l’inclusion dans les lieux physiques sont essentielles, et nous voulions faire perdurer l’héritage de Kwe. Nous étions donc très enthousiastes à l’idée de franchir une nouvelle étape et d’accroître la visibilité des communautés noires. »

Tout comme Kwe, Sankofa est portée par des membres de la communauté étudiante mcgilloise. Au départ, l’initiative E-IDEA a recruté des étudiantes et étudiants au sein du chapitre mcgillois de la National Society of Black Engineers, tandis que d’autres en ont entendu parler par le bouche-à-oreille.

« Quand j’ai découvert ce projet, j’ai tout de suite adhéré à sa vision et eu envie d’en faire partie, raconte Gloria Muco. L’idée de voir les pavillons de génie de McGill accueillir des expositions qui mettent en lumière, grâce à l’art, les histoires de groupes minoritaires m’a tout de suite emballée. »

L’équipe de Projections: Sankofa : Antonella Fratino, Nia Fernandez, Leela Baldeo, Michelle Macleod, Dami Bali, Sarah Al-Ghassani, Fedgi Dony Gaspard, Gloria Muco, Kaila Folinsbee, Yvehenry Samee Julsain, Shannon Gao, Barry Stewart. Photo: Michel Assouka (@Wildlenz)

La démarche artistique

Sankofa posait toutefois d’un défi de taille : si la Collection d’arts visuels comptait déjà plusieurs œuvres d’artistes autochtones avant Kwe, les œuvres d’artistes noirs y étaient rares.

« Je me souviens très bien du sentiment d’isolement que j’ai ressenti lors de ma première année, car la représentation noire sur le campus était quasi inexistante, confie Dami Bali. Ce projet représentait une occasion concrète d’accorder une véritable place aux étudiants noirs et d’accroître leur visibilité. »

L’équipe de l’exposition s’est donc mise à la recherche d’œuvres, en parcourant galeries, festivals et musées.

« C’était de loin ma partie préférée, raconte Fedgi Dony Gaspard. J’ai adoré découvrir de nouveaux artistes tout en cherchant des œuvres qui reflétaient notre thème. »

L’équipe a pu compter sur l’appui de Michelle Macleod, conservatrice à la Collection d’arts visuels, qui a encadré et mis de l’avant la vision des étudiants tout au long du projet.

« C’est un héritage formidable que nos étudiants laissent à McGill, souligne-t-elle. Travailler avec des conservatrices et des conservateurs noirs à la sélection d’œuvres pour la collection permanente de McGill est non seulement une façon stimulante d’enrichir cette dernière, mais elle s’inscrit aussi dans notre volonté de promouvoir une inclusion réelle et durable. »

Au Bureau de l’E-IDEA, on aimerait que l’idée fasse son chemin.

« J’espère que cette initiative rayonnera au-delà de la Faculté de génie », déclare Barry Stewart, agent de mobilisation communautaire pour E-IDEA, « et qu’elle trouvera un écho à l’échelle de l’Université. »

La station artistique de Projections: Sankofa.Michel Assouka (@Wildlenz) Michel Assouka (@Wildlenz)

Le grand dévoilement

Après le dévoilement, plus tôt cette année, des œuvres physiques de Shanna Strauss lors d’un événement organisé par l’Université McGill dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, un vernissage a marqué le lancement officiel de Projections : Sankofa.

Les personnes présentes ont pu découvrir l’œuvre Back to the Sources de l’artiste Héritier Bilaka, participer à des stations interactives consacrées à l’art et à l’éducation, savourer des plats caribéens concoctés par Chef Sean SNS et danser au rythme de la musique de DJ Rossy Ross, de CKUT.

L’équipe de l’exposition revient sur ses sources d’inspiration et sur les défis rencontrés, notamment celui de concevoir une exposition reflétant la diversité de la communauté noire mondiale.

« C’est pratiquement impossible », reconnaît Sarah Al Ghassani. L’équipe a plutôt choisi de « rassembler des œuvres dont la résonance culturelle transcendait les frontières; nous nous sommes davantage appuyés sur nos intuitions que sur des statistiques ».

Elle est convaincue que sa démarche saura trouver écho auprès des nouveaux membres de la communauté mcgilloise.

« Je me considère très chanceux d’avoir contribué à la création d’un espace qui invite à la discussion, tant pour la communauté noire de McGill que pour l’ensemble de la communauté universitaire, explique Yvehenry Samee Julsain. J’espère que cette initiative incitera les étudiants, le personnel et les professeurs à remettre en question les stéréotypes entourant les peuples africains et caribéens, tout en éveillant leur curiosité à l’égard d’autres cultures rarement mises de l’avant sur le campus. »

Un diptyque coloré : l'un à dominante violette et verte, l'autre jaune et orange.
Clovis-Alexandre Desvarieux, Marasa, 2023, acrylique sur toile, œuvre acquise avec le soutien du Fonds pour la lutte contre le racisme anti-noir du provost, Collection d’arts visuels de McGill, 2025-001 © Clovis Alexandre-Desvarieux.

Les œuvres en vedette

Twin Virtues in Blue & Orange, Tunji Adeniyi-Jones (2021)

Back to the Sources, Héritier Bilaka (2023)

Marasa, Clovis-Alexandre Desvarieux (2023)

Hautes herbes, Marie-Danielle Duval (2024)

BLU YORO, Yannis Davy Guibinga (2025)

KÉBÉ NDIOUGÄ, Yannis Davy Guibinga (2022)

Holding my Grandmother’s Oranges, Aaron Jones (2021)

Prometheus, Aaron Jones (2021)

Jhelvela, Moridja Kitenge-Banza (2024)

Mater Dei, Tau Lewis (2022)

Donte Sann Yo, Shanna Strauss (2023)

Kanga I, Kanga II, Kanga III, Shanna Strauss (2023)

The Door of No Return, Shanna Strauss (2014)

Ase, Stanley Wany (2022)