
Pendant que les températures montent et que le risque d’orages violents s’intensifie, un élément discret du carrefour en Y réaménagé de l’Université McGill se révèle précieux.
En observant de près la mosaïque en granit évoquant une carapace de tortue, nouvelle pièce maîtresse du campus du centre-ville de l’Université dévoilée l’automne dernier, on remarque qu’elle est entourée de grilles incurvées. Celles-ci dirigent l’eau vers un bassin de rétention des eaux pluviales souterrain.
D’une capacité maximale de 250 000 litres, ce bassin a été aménagé directement sous l’ancien carrefour en Y, désormais appelé Tsi Non:we Onkwatonhnhets (« Le lieu où notre force vitale émerge de la Terre »), lors du réaménagement de la portion supérieure de l’allée principale en 2024-2025.
Une infrastructure urbaine qui sert d’éponge
Jeremy Glenn, responsable principal du projet de la portion supérieure de l’allée principale, explique que l’ajout du bassin découle d’un nouveau règlement municipal exigeant la gestion des eaux pluviales sur les propriétés privées comptant plus de 1 000 m² de surface imperméable.
« Les phénomènes météorologiques centennaux se produisent plus souvent et exercent une pression accrue sur les infrastructures municipales », indique Jeremy Glenn, architecte-paysagiste principal de l’unité Gestion des installations et services auxiliaires.
Selon Susan Gaskin, professeure de génie civil et chercheuse au Centre de recherche sur l’eau Brace, spécialisée en hydraulique environnementale, « les réseaux d’évacuation conçus à l’origine dans des villes comme Montréal ne suffisent plus à absorber les volumes d’eau observés aujourd’hui ».
Elle précise que cette situation s’explique par l’augmentation progressive des surfaces imperméables, telles que les routes et les trottoirs, ainsi que par la fréquence et l’intensité accrues des tempêtes.
« Deux options s’offrent à nous : soit refaire entièrement les routes pour agrandir les conduites, ce qui est coûteux et perturbateur, soit réduire la quantité d’eau acheminée vers le réseau lors des épisodes de fortes précipitations. »
« Le nouveau bassin de rétention des eaux pluviales de l’Université agit comme une éponge, ce qui réduit le risque de surcharge du réseau d’évacuation des eaux de la ville, explique Jeremy Glenn.
On retient l’eau sur place pendant que la Ville évacue les volumes les plus importants, puis on libère progressivement cette eau un ou deux jours plus tard en ouvrant une vanne. »
Outre le bassin, le projet de réaménagement a permis de remplacer 500 m² de vieux trottoirs en béton par des espaces verts. « Comme les surfaces végétalisées absorbent plus d’eau que les surfaces dures, elles accroissent la capacité de rétention », précise Jeremy Glenn.
Un projet alliant fonctionnalité et expression artistique
Une équipe multidisciplinaire a intégré le système de rétention d’eau au projet de réaménagement du carrefour en Y, en conciliant les exigences de drainage et de nivellement et les impératifs de développement durable et d’accessibilité.
Le bassin a été construit avec du béton à faible émission de carbone, et des ingénieurs forestiers ont été chargés de protéger les racines des arbres.
« Les grilles ont également été conçues sur mesure pour ce projet, indique Jeremy Glenn. Leur ouverture devait être suffisamment étroite pour permettre le passage sécuritaire des fauteuils roulants et des vélos, mais assez larges pour laisser s’écouler un certain volume d’eau par seconde. »
Ces grilles au motif ondulé s’harmonisent avec la dimension artistique du site, qui met en valeur la présence autochtone, la collaboration et la réconciliation sur le campus.
Institutionnalisation de la résilience climatique
L’installation du bassin s’inscrit dans une démarche continue visant le renforcement de la résilience climatique sur le campus.
« Les modèles climatiques permettent d’anticiper l’évolution du climat régional au cours des 50 prochaines années. La résilience climatique consiste à se préparer à ces changements plutôt qu’à y réagir une fois qu’ils se produisent », explique Divya Sharma, agente au climat et à la biodiversité au Bureau du développement durable.
En 2023, l’Université a réalisé une évaluation primée des risques climatiques qui cernait les risques critiques, notamment les précipitations extrêmes et les vagues de chaleur prolongées, et proposait des mesures d’adaptation.
« L’une de ces mesures consiste à intégrer l’adaptation aux changements climatiques aux politiques et aux programmes existants, en examinant les liens avec les activités déjà en cours à l’Université McGill », précise Divya Sharma.
« Ce bassin de rétention en est un bon exemple. Le carrefour en Y devait être réaménagé, et l’Université a intégré des mesures d’adaptation climatique au projet. »