
Lorsqu’Angela Wang évoque le parcours qui l’a menée à remporter l’Ordre de la rose blanche, l’une des bourses d’études en génie les plus prestigieuses du Canada, elle n’entame pas son récit en parlant d’interfaces neuronales, de projets de conception biomédicale ni même des années passées à l’Université McGill en tant qu’étudiante d’exception. Son histoire commence plutôt… dans un aquarium.
Angela Wang était en 6e année lorsqu’elle a commencé à faire du bénévolat au centre marin de Victoria, en Colombie-Britannique. C’est là qu’elle a fait une rencontre qui allait redéfinir sa compréhension de la technologie, de l’humanité et du sens de la vie.
L’un des bénévoles du centre était atteint du syndrome d’enfermement. Bien que pleinement conscient, il ne pouvait bouger que ses yeux; par conséquent, il communiquait à l’aide d’un clavier à suivi oculaire.
« J’étais fascinée par la technologie, mais c’est la résilience de cette personne qui m’a le plus impressionnée. Il était drôle, serviable et voulait apporter son aide », raconte-t-elle. « Parallèlement, j’ai aussi constaté à quel point les personnes en situation de handicap étaient tenues à l’écart de la société, ce qui m’a vraiment marquée. »
De cette expérience sont nées une vocation et une conviction : le génie pouvait et devait être un moteur d’équité.
C’est animée par cette conviction qu’Angela Wang a traversé le pays pour poursuivre ses études à l’Université McGill, où elle a obtenu un baccalauréat en génie biologique, diplôme qui lui a ouvert la voie vers la bourse 2025 de l’Ordre de la rose blanche.
Une cohorte élargie
Angela Wang est l’une des 14 lauréates de l’Ordre de la rose blanche de cette année; auparavant, Polytechnique Montréal n’attribuait qu’une seule bourse par an. Ce bond historique du nombre de lauréates à 14, en mémoire des 14 femmes qui ont perdu la vie le 6 décembre 1989, a été rendu possible grâce à un groupe de généreux donateurs.
Les boursières, qui viennent de partout au Canada, reçoivent chacune un montant de 50 000 $ qui servira à financer leurs études supérieures en génie.
Pour Angela Wang, le symbolisme de cette bourse a beaucoup d’importance.
« L’augmentation du nombre de boursières à 14 a permis de décupler la sensibilisation à la violence liée au genre et à l’importance de l’inclusion dans le domaine du génie », explique-t-elle. « Le fait de faire partie de cette première cohorte revêt une grande importance pour moi. »
La neurotechnologie au service du travail à échelle humaine
À l’Université McGill, Angela Wang a rapidement trouvé le moyen de concrétiser son inspiration initiale.
Elle a contribué à la mise au point d’un système d’orthographe à interface cerveau-machine pour les utilisateurs non verbaux, une technologie qui pourrait un jour offrir à des personnes comme son mentor de l’aquarium un moyen de communication plus fluide. Elle a également collaboré avec des organisations à but non lucratif pour concevoir des instruments de musique accessibles, permettant ainsi aux étudiantes et étudiants en situation de handicap de participer pleinement à des programmes de musicothérapie.
Son engagement ne se limite toutefois pas au laboratoire.
« Lorsque nous voyons notre travail à travers le prisme de l’individu et de la communauté, explique-t-elle, nous mettons le génie au service de l’humanité. »
Pendant ses études à l’Université McGill, elle a entraîné des nageuses et nageurs ayant une déficience intellectuelle, encadré des femmes et des étudiants issus de minorités ethniques en sciences, en technologies, en ingénierie et en mathématiques (STIM), et contribué à l’élaboration de programmes d’éducation physique inclusifs. Chaque rôle, dit-elle, était une façon d’offrir le type de soutien dont elle avait besoin lorsqu’elle s’est lancée dans ses études en génie.
« Je voulais être les mentors que j’avais eus. »
L’innovation à la portée de tous
Aujourd’hui étudiante à la maîtrise en génie biomédical à l’Université de la Colombie-Britannique, Angela Wang poursuit la trajectoire qu’elle a entamée en tant que jeune bénévole. Ses recherches actuelles portent principalement sur la création de voies d’accès à des soins plus équitables et l’amélioration de l’accès à un soutien essentiel pour les communautés marginalisées et isolées.
« Je me concentre sur les personnes qui n’ont pas accès à des technologies ou à un soutien coûteux », explique-t-elle. « De nombreuses innovations voient le jour, mais si elles ne sont pas accessibles, à qui servent-elles? »
Cette question guide à la fois ses travaux et sa vision à long terme. Pour l’avenir, elle se voit concrétiser ses idées, résoudre des problèmes et défendre des causes à la croisée de la recherche, de l’application clinique et de la collaboration communautaire.
« Je veux être à l’avant-plan de l’innovation, tout en restant proche des gens. Cet équilibre est important pour moi. »
Pour quelqu’un qui, autrefois, regardait un homme écrire des phrases avec ses yeux dans un aquarium, cette trajectoire semble tout à fait naturelle. L’Ordre de la rose blanche récompense les femmes qui incarnent le courage, la curiosité et l’engagement pour le bien commun, soit l’essence même du parcours d’Angela Wang, depuis l’enfance où elle a été témoin de la résilience, jusqu’à son rôle d’ingénieure au service de la dignité.