
L’artiste multidisciplinaire Cheyenne Rain LeGrande se décrit comme une extraterrestre nêhiyaw (crie). Souvent représentée dans ses œuvres portant des mocassins à semelles compensées vertigineuses, un châle phosphorescent et un maquillage fantasmagorique, elle a assurément l’allure d’un être céleste.
Originaire de la Première Nation des Cris de Bigstone en Alberta, elle sera à McGill du 9 au 20 mars en tant qu’artiste en résidence à l’Institut de recherche et de savoir autochtones de la Faculté des arts.
Elle animera des conférences, dirigera un atelier et offrira sa première prestation solo à Montréal.
« C’est un immense honneur d’avoir été choisie à titre d’artiste en résidence, se réjouit Cheyenne Rain LeGrande. À mes yeux, le partage des connaissances est précieux, et je suis ravie de pouvoir partager mon art avec les étudiants. »
Noelani Arista, directrice de l’Institut de recherche et de savoir autochtones, précise que l’établissement est également honoré d’accueillir l’artiste.
« Le soutien aux artistes, aux écrivains et aux détenteurs de savoir autochtones est un volet important de notre travail. La présence de Cheyenne Rain LeGrande contribuera à la vie intellectuelle et créative de l’Université, souligne Noelani Arista. Sa pratique artistique reflète les liens puissants qui unissent les connaissances autochtones, l’histoire et l’expression créative contemporaine. »

Influences modernes, traditions durables
La pratique artistique de l’artiste crie a débuté avec le dessin et la peinture, puis s’est étendue à la photographie, la vidéo, la création sonore, les installations et les arts du spectacle. Elle remercie son alma mater, l’Université Emily Carr d’art et de design, à Vancouver, de l’avoir aidée à progresser dans son travail.
« Tous les cours que j’y ai suivis, les amis que je m’y suis faits et les liens que j’y ai tissés ont vraiment contribué au parcours qui m’a menée là où je suis aujourd’hui, affirme-t-elle. Là-bas, je pouvais compter sur une forte communauté autochtone, très importante pour moi. Il peut être difficile, en particulier pour une personne autochtone, de travailler et de vivre dans un milieu universitaire. »
L’identité autochtone est au cœur de sa démarche artistique.
« En tant que personne autochtone, j’ai consacré une grande partie de mes travaux universitaires aux traumatismes intergénérationnels. Aujourd’hui, mon travail s’inscrit dans une démarche de joie, de résilience et d’amour intergénérationnels. Il me permet de me réapproprier le passé, de réfléchir à mon identité actuelle et de penser à l’avenir. »
Son travail conjugue souvent traditions autochtones et influences contemporaines, comme en témoignent ses mocassins à semelles compensées emblématiques, son châle fait de rubans et de languettes de canettes, ainsi que son châle à DEL évoquant les aurores boréales. Les deux châles seront présentés lors de sa prestation à l’Université McGill, et elle enseignera sa technique de tissage de rubans pendant son atelier.
« Mon travail me permet d’exprimer l’amour et la guérison, et j’espère que les gens retiendront cet aspect. Je souhaite vraiment inspirer les étudiantes et étudiants [de McGill]. »
Sa résidence n’est rien de moins que la dernière d’une longue liste de récompenses. Elle a reçu le prix « 1res Œuvres! » de BMO pour artistes émergents, a participé à des expositions collectives, à des festivals d’art et à des événements de mode, et a offert des prestations solos.
Même si elle souhaite aller plus loin, comme enregistrer de la musique et présenter son art au Japon, elle estime que la transmission de ses connaissances demeure l’aspect le plus important de son travail.
« Ce sont ces moments-là qui me rendent vraiment fière, confie-t-elle. C’est vraiment précieux pour moi de pouvoir redonner aux autres et de faire connaître mon art. »
