
La Commission canadienne pour l’UNESCO (CCUNESCO) a inscrit quatre manuscrits d’Au champ d’honneur (In Flanders Fields), célèbre poème de John McCrae, au Registre de la Mémoire du monde du Canada, volet du Programme Mémoire du monde de l’UNESCO.
Plus d’un siècle après sa première publication, le poème sur la Première Guerre mondiale est toujours lu et récité dans le monde entier lors des cérémonies du jour du Souvenir.
« Au champ d’honneur continue de toucher les cœurs partout dans le monde. Il nous rappelle le coût humain de la guerre et le pouvoir durable de la compassion », souligne Deep Saini, recteur et vice-chancelier de l’Université McGill.
« John McCrae, professeur à McGill et médecin, et ses collègues de l’Hôpital général canadien no 3, mis sur pied par l’Université, ont soigné des milliers de soldats avec savoir-faire et humanité. L’inscription de ces manuscrits au Registre de la Mémoire du monde de la CCUNESCO rend hommage à l’héritage de John McCrae et à l’apport durable de l’Université McGill à l’innovation et à la pratique médicales. »
Des quatre manuscrits conservés à la Bibliothèque d’histoire de la médecine Osler de l’Université McGill, un est de la main de John McCrae et présente une variante textuelle, et deux sont antérieurs à la publication du poème.
« Les manuscrits d’Au champ d’honneur comptent parmi les trésors les plus chargés de sens des collections de McGill », souligne Guylaine Beaudry, doyenne des Bibliothèques et titulaire de la chaire Trenholme.
« Leur inscription au Registre de la Mémoire du monde de la CCUNESCO honore leur importance en tant que témoignages uniques du passé. Les manuscrits, fragiles, sont conservés par les Bibliothèques de McGill et ont été numérisés pour que tout le monde puisse découvrir cette page d’histoire et une œuvre dont les mots, plus d’un siècle après sa publication, résonnent toujours avec force. »
C’est la deuxième fois que des documents des Bibliothèques de l’Université McGill sont inscrits au Registre canadien de la Mémoire du monde. Les archives de John Peters Humphrey, qui renferment la première ébauche de la Déclaration universelle des droits de l’homme, rédigée par le regretté professeur de droit de McGill, figurent au registre depuis 2023, et ont été inscrites au Registre international Mémoire du monde de l’UNESCO plus tôt cette année.
Le poème
Militaire de carrière et médecin, le lieutenant-colonel John McCrae a exercé la médecine à Montréal et enseigné à l’Université McGill. Pendant la Première Guerre mondiale, il a servi à l’Hôpital général canadien no 3. Mis sur pied par l’Université McGill et composé en grande partie de membres de sa communauté, cet hôpital a été le premier établissement du genre dans l’Empire britannique.
John McCrae aurait écrit son célèbre poème le 3 mai 1915, après avoir été témoin de la mort et des funérailles de son ami, le lieutenant Alexis Helmer, tué lors de la deuxième bataille d’Ypres. Publié pour la première fois le 8 décembre 1915 dans le magazine britannique Punch, le poème a rapidement été republié et traduit dans de nombreuses langues.
John McCrae s’est éteint en France, en 1918.

Les manuscrits
La Bibliothèque Osler conserve les archives de plusieurs médecins et infirmières de McGill et de Montréal qui ont servi dans le Corps médical de l’armée canadienne. Fait remarquable, trois fonds – John-Andrew-Macphail, Clare-Gass et Edward-William-Archibald – contiennent des manuscrits du célèbre poème.
Le manuscrit rédigé de la main de John McCrae se trouve dans une lettre envoyée par l’auteur à un ami au Massachusetts le 31 mai 1916. Il est à noter que la première ligne du poème se termine par le mot grow (fleurissent), remplacé par blow (s’envolent) dans la première version publiée. Le document fait partie des archives littéraires de John Andrew Macphail, professeur de longue date à McGill, léguées à la Bibliothèque Osler.
Deux copies manuscrites sont de la main de Clare Gass, infirmière militaire et lieutenante dans l’unité de John McCrae. La copie la plus ancienne se trouve dans le journal intime de l’infirmière, qui a recopié le poème à l’entrée du 30 octobre 1915, soit près de six semaines avant la première publication. L’autre copie se trouve dans son album photos.
Un quatrième manuscrit, également daté d’avant la publication du poème, fait partie des archives d’Edward William Archibald. Ami de John McCrae, ce dernier a servi dans la même unité que l’auteur. Il a recopié le poème dans une lettre envoyée à sa femme en novembre 1915.
Mémoire du monde
L’inscription des manuscrits au Registre canadien de la Mémoire du monde du Canada a été proposée par le personnel des Bibliothèques.
« L’ajout de ces remarquables documents au Registre de la CCUNESCO est vraiment le fruit d’un effort collectif », souligne Mary Hague-Yearl, bibliothécaire en chef de la Bibliothèque d’histoire de la médecine Osler. « Notre collègue Svetlana Kochkina a répondu à l’appel à propositions d’inscription et assuré le suivi tout au long du processus avec l’aimable assistance de Ghazaleh Ghanavizchian, dont l’expertise dans le domaine du patrimoine mondial a été d’une aide inestimable, et Anna Dysert a contribué par ses recherches et ses publications à faire connaître les documents et leur histoire à un plus large public. »
Créé en 2017, le Registre de la Mémoire du monde du Canada recense des éléments importants de l’histoire collective du Canada.
Y sont notamment inscrites les archives du Centre national pour la vérité et la réconciliation, les dossiers judiciaires de Viola Irene Desmond et le manuscrit d’Anne… la maison aux pignons verts de L. M. Montgomery.