
Ken Dryden, gardien de but emblématique des Canadiens de Montréal, avocat, ministre fédéral et fervent défenseur de l’éducation, du climat et de l’engagement civique, est décédé d’un cancer le 5 septembre dernier, à l’âge de 78 ans. Figure imposante au sens propre comme au figuré, Ken Dryden, en plus d’être membre du Temple de la renommée du hockey, faisait preuve d’un engagement inébranlable à l’égard du service public, de la quête intellectuelle et de la prochaine génération de Canadiens et de Canadiennes. Son lien profond et durable avec l’Université McGill – où il a obtenu un diplôme en droit et où il a ensuite inspiré d’innombrables étudiants et étudiantes – a joué un rôle central dans sa vie.
« Ken Dryden a réalisé des choses extraordinaires, sur la patinoire et ailleurs. À titre d’avocat, d’auteur et de membre du Parlement, il a contribué à la vie publique avec le dévouement et l’intégrité qui ont caractérisé sa carrière sportive, a déclaré le recteur et vice-chancelier Deep Saini. À l’Université McGill, nous lui sommes particulièrement reconnaissants pour ses années de service au sein du Conseil consultatif international du recteur et pour l’attention particulière qu’il portait à nos étudiants. Son départ sera est un dur coup pour toute notre communauté, mais son héritage continuera d’inspirer les générations futures. »
Conciliation droit-hockey professionnel
Né le 8 août 1947 à Hamilton, en Ontario, Ken Dryden s’est fait connaître en tant que gardien de but des Canadiens de Montréal dans les années 1970, alors qu’il a mené son équipe à la conquête de six Coupes Stanley en seulement huit saisons, tout en remportant cinq trophées Vézina en tant que meilleur gardien de but de la LNH. Il a également joué pour le Canada lors de la Série du siècle de 1972 contre l’Union soviétique. Réputé pour son calme, son esprit analytique et sa pose caractéristique, les bras appuyés sur son bâton, ce gardien légendaire a connu une carrière aussi brève que brillante. Et alors même qu’il devenait une étoile dans la LNH, il continuait d’étudier avec la même intensité.
Au début de sa carrière dans la LNH, Ken Dryden avait commencé des études en droit à l’Université McGill. On ne verra probablement plus jamais quelqu’un s’imposer une telle combinaison exigeante d’études et de sport.
En 2018, quand l’Université McGill lui a décerné un diplôme honorifique, le gardien a commencé son allocution en évoquant sa propre collation des grades à McGill.
« C’était ici, à la Place des Arts, en juin 1973. Deux ou trois semaines auparavant, nous avions défilé à Montréal avec notre deuxième Coupe Stanley, a-t-il raconté. Ce mois a été assez agréable », a-t-il ajouté en souriant.
En conciliant le hockey professionnel et des études exigeantes en droit, il a incarné l’étudiant-athlète par excellence. Tina Piper, doyenne de la faculté de droit de l’Université McGill, l’a fait remarquer :
« Dans le maillot bleu, blanc et rouge emblématique ou pendant sa carrière au service du public canadien, Ken Dryden incarnait un idéal, il se consacrait à quelque chose de plus grand que lui : une équipe, un sport, une collectivité ou la justice. Dans les années 1970, il a été un véritable pionnier. Étudiant en droit et athlète professionnel, il représentait un défi unique pour notre doyen à l’époque, feu John W. Durnford. Comment répondre aux besoins d’un étudiant qui participe à la finale de la Coupe Stanley pendant les examens de droit? En redéfinissant l’étudiant-athlète, Ken Dryden a établi une norme qui continue de motiver les autres. »
La vie après le hockey
En plus de façonner la vision du monde du cerbère, son passage à l’Université McGill a été le point de départ de nombreux chapitres de sa vie après le hockey. Après avoir pris sa retraite de la LNH en 1979, il est devenu président des Maple Leafs de Toronto et a écrit plusieurs livres acclamés, dont Le match, considéré par de nombreux lecteurs comme le meilleur livre sur le hockey.
En 2004, il s’est tourné vers la politique et a été élu député de York-Centre. Ministre du Développement social dans le cabinet du premier ministre Paul Martin, il s’est fait le champion de stratégies nationales sur les services de garde et de projets d’équité sociale.
La passion de Ken Dryden pour l’éducation ne s’est jamais démentie. Dans les années 2010, il est revenu à l’Université McGill pour donner un cours très populaire intitulé Making the Future, qui incitait les étudiants à passer de la réflexion à l’action. Dans son allocution de collation des grades en 2018, il a raconté avoir dit à ses étudiants : « Ne vous contentez pas de me proposer une vision. Les visions, c’est facile. Indiquez-moi au moins quelques-unes des mesures que vous devrez prendre pour concrétiser cette vision. »
Un cours important sur le climat créé devant son insistance

L’accent que Ken Dryden mettait sur l’action plutôt que sur l’abstraction a profondément marqué ses collègues, ses étudiantes et ses étudiants. Christopher Buddle, vice-provost à la planification de l’enseignement et des programmes d’études, se souvient d’un moment particulier vécu pendant la pandémie :
« Un jour, pendant la pause du dîner, je suis allé faire un tour à vélo sur une route de campagne tranquille. À l’époque, Ken Dryden insistait pour que je crée un cours axé sur le climat à McGill. Il m’a appelé pendant que je faisais du vélo, et je me suis arrêté au bord de la route, devant un paysage magnifique. Nous avons discuté, parfois vivement, nous étions en désaccord sur certains points. J’insistais notamment sur le fait que le processus de création d’un cours est assez long. Mais j’avais du mal à contredire Ken, il était très persuasif, raconte le vice-provost. Environ une semaine plus tard, après réflexion, j’ai réalisé qu’il avait raison, et j’ai changé mon fusil d’épaule. Notre conversation suivante a été extrêmement productive, et pendant notre discussion sur le cours, il m’a demandé en riant si j’avais refait du vélo. »
Ces conversations ont abouti à la création du cours FSCI 198: Climate Crisis and Climate Actions, un cours phare qui continue d’influencer la réflexion des étudiantes et étudiants de l’Université McGill sur les questions environnementales.
« Ken Dryden était profondément convaincu qu’il était urgent de lutter contre les changements climatiques, a poursuivi Christopher Buddle. Peu de gens le savent, mais les conversations que j’ai eues avec lui il y a plusieurs années ont été fondamentales pour l’élaboration de ce cours. Une partie de son héritage et de son influence à McGill, et par extension dans le monde entier, est portée par les étudiants qui ont suivi ou suivront ce cours. »
Un homme humble, profondément attaché à ses principes
Selon Pierre Boivin, chancelier de l’Université McGill et ancien président des Canadiens de Montréal, nous ne verrons peut-être jamais l’égal de Ken Dryden.
« C’était l’un des plus grands, a-t-il déclaré. L’un des meilleurs gardiens de but de l’histoire de la LNH, mais aussi un esprit universel, un ministre et un auteur instruit, attaché à sa famille. Nous avons perdu un grand homme, un grand Canadien et un membre respecté de la Sainte-Flanelle. »
Pendant les premiers mois de Pierre Boivin au poste de président des Canadiens, Maurice Richard est décédé, et sa dépouille a été exposée au Centre Bell. Les amateurs de hockey ont formé pour le voir une file qui s’étendait presque jusqu’au boulevard de Maisonneuve.
« Un agent de sécurité m’a dit que Ken Dryden était dans cette file, se rappelle le chancelier. Je me suis précipité pour le guider vers l’entrée VIP. Ken a souri et m’a répondu que c’était très gentil, mais qu’il tenait à rendre hommage à Maurice Richard “avec le peuple”. Deux heures plus tard, je l’ai croisé de nouveau devant le cercueil. Ce moment résume bien ce qu’il était : un homme humble, respectueux et profondément attaché à ses principes. »
Le pouvoir des possibilités
Dryden parlait souvent du pouvoir des possibilités, en particulier pour les jeunes qui tentent de tracer leur propre voie. Dans son livre The Class: A Memoir of a Place, a Time, and Us, publié en 2023, il écrit :
« Si j’ai contribué à changer les choses, c’est parce que j’ai joué au hockey pendant mes études de droit. Un, dix, cent ou mille enfants qui aimaient le hockey, mais qui aimaient aussi les mathématiques ou la musique, ont vu que c’était possible de concilier deux passions… ces enfants ont constaté qu’ils avaient le droit de faire plus d’une chose, d’apprendre beaucoup de choses… cette constatation les a changés, a changé par la suite leurs enfants et leurs petits-enfants. »
Ken Dryden laisse dans le deuil sa femme, Lynda, et leurs deux enfants. Son héritage s’étend des patinoires aux tribunaux, des salles de classe à la conscience collective canadienne. En enseignant, en jouant au hockey ou en défendant des causes, il a toujours été animé d’une détermination tranquille. Il avait la ferme volonté d’aider les autres à imaginer un monde meilleur, puis à travailler pour le concrétiser.
