
Après cinq longues années et demie, la guerre venait de prendre fin. Le 8 mai 1945, à 9 heures du matin, dès l’annonce officielle de la fin de la guerre en Europe, des célébrations spontanées sont venues perturber les examens de fin de session à l’Université McGill. De nombreux membres de la population étudiante et du personnel ont commencé à faire la fête avant de se rendre rue Sainte-Catherine pour se mêler à la foule immense de Montréalais qui s’était spontanément formée au square Phillips, au square Dominion et à l’intersection des rues Peel et Sainte-Catherine. La fin des hostilités dans le Pacifique, le 15 août, allait provoquer un soulagement et une vague de célébrations similaires.
La guerre avait profondément marqué l’Université. Le nombre d’inscriptions s’était maintenu, dépassant légèrement la barre des 3 000 étudiants tout au long du conflit, mais l’effort de guerre avait changé le rythme et le visage de la vie universitaire à McGill.
La fin du conflit a apporté un immense soulagement, mais également de grands défis. En effet, le marasme financier de la Grande Dépression, suivi de la canalisation des ressources vers les priorités de guerre, ont laissé le campus dans un état précaire. Il fallait agrandir les bâtiments, les salles de cours et les bibliothèques, et moderniser le matériel. Conscient du problème, on avait lancé, en 1943, une campagne de financement qui avait permis de recueillir 7 millions de dollars. Parallèlement, on entendait enrichir l’offre mcgilloise en concevant des programmes d’études alignés sur la nouvelle donne économique et sociale.
Par ailleurs, un problème plus immédiat se posait : les inscriptions allaient plus que doubler pour l’année 1946, puisque les anciens combattants de retour au pays profitaient d’un programme de formation en vertu de la Charte des anciens combattants du gouvernement fédéral. Il fallait trouver des installations temporaires pour accueillir ces nouveaux étudiants, si bien qu’un campus satellite, le Collège Dawson, a été créé rapidement à Saint-Jean-sur-Richelieu. Il a commencé ses activités en septembre 1945.

Au moment où l’Université relevait ces défis, les membres de la communauté mcgilloise qui avaient perdu la vie demeuraient présents dans les mémoires. Ils avaient été plus de 5 500 à jouer un rôle direct pendant la Seconde Guerre mondiale, au prix de leur vie pour 298 d’entre eux. Au printemps 1945, on avait entrepris la conception d’un site commémoratif pour les personnes ayant perdu la vie pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, et ce projet a pris de l’ampleur à la fin de la guerre. Une campagne de financement visant la création de sites commémoratifs sur les deux campus a permis de recueillir 8 000 généreux dons provenant de la communauté diplômée et des familles des combattants tombés au front. Une arche commémorative a été inaugurée le 26 février 1948 dans le Pavillon Raymond du Collège Macdonald.
Au campus du centre-ville, un pavillon commémoratif et une piscine ont été ajoutés au Gymnase Sir-Arthur-Currie Memorial. En octobre 1946, la cérémonie de la pose de la première pierre du Pavillon Memorial marquait le point culminant des célébrations du 125e anniversaire de l’Université et, le 26 novembre 1950, le vicomte Alexander de Tunis, gouverneur général du Canada, présidait à l’ouverture officielle du Pavillon.
Entre des murs recouverts de travertin extrait du mont Cassin et de marbre noir de Normandie, les noms des 365 morts de la Première Guerre mondiale et des 298 morts de la Seconde Guerre mondiale ont été inscrits dans un Livre du Souvenir. Lors de la cérémonie, Clifford Knowles, l’aumônier de l’Université, a présenté le Pavillon Memorial comme un moyen de créer un lien avec les futures générations d’étudiants et a déclaré : « La meilleure façon de rendre hommage à ces personnes est de faire avancer la cause pour laquelle elles ont donné leur vie.