D’une favela de São Paulo à l’Université McGill  

Leonardo Alixandrino, étudiant de premier cycle qui s’intéresse aux répercussions des technologies numériques sur les systèmes de santé, veut donner des ailes à d’autres personnes étudiantes de première génération 
« Vise haut. Ne lâche pas, même si tu as peur ou que tu as l’impression de ne pas être à ta place », déclare Leonardo Alixandrino. « Tes rêves peuvent te mener loin, peu importe d’où tu viens. »

« Je sais à quel point le fait de se reconnaître dans le parcours de l’autre est important. » 

Originaire du Brésil, Leonardo Alixandrino prend très au sérieux son rôle d’étudiant de première génération. Il veut, dit-il, « montrer aux autres étudiants et étudiantes de première génération que leur vécu compte, qu’ils ont leur place et que leur voix peut transformer la société ». 

Le calme de ce jeune homme de 24 ans cache une détermination qui, déjà, lui a permis de surmonter d’énormes obstacles et qui le pousse aujourd’hui à la conquête de visées mondiales, rien de moins.  

Leonardo a grandi à Capão Redondo, favela du sud-ouest de São Paulo.  

« Dans les années 1990, les Nations Unies considéraient cette favela comme l’un des endroits les plus dangereux du monde, dit-il. Encore aujourd’hui, ce district demeure aux prises avec de nombreux problèmes, dont la violence et le trafic de drogue. Mais, enfant, je ne m’en rendais pas vraiment compte. Quand c’est ton quotidien, c’est la vie, tout simplement. » 

En 2012, une belle éclaircie s’est invitée dans le ciel de Leonardo. 

« J’avais 11 ans et mon école avait organisé une expo-sciences, relate-t-il. « C’était très rare à l’époque. J’ai décidé de m’inscrire. Ma grand-mère était morte d’un cancer de la vésicule biliaire, donc l’objectif de mon projet était de trouver un remède contre le cancer. » 

Déterminé à se distinguer, Leonardo a communiqué avec un professeur de l’Université de São Paulo, située à deux heures de transport en commun de la favela, soit à l’autre bout de l’immense ville qui l’avait vu naître (Leonardo avait 11 ans, rappelons-le). Contre toute attente, le professeur en question a accepté de le rencontrer. 

« Il m’a dit : « Viens me voir. Je peux répondre à tes questions. » En voyant, entre autres, tous ces gens en sarrau lors de cette première visite sur le campus, je me suis dit : « Je me verrais bien dans un endroit comme celui-ci. » » 

Plusieurs années plus tard, c’est ce même professeur et mentor qui lui a parlé d’une bourse fédérale : Leonardo a postulé et l’a obtenue. Dans un pays qui comptait alors quelque 240 millions d’habitants, on octroyait moins d’une centaine de bourses du genre chaque année. 

« (Cette bourse), c’était pour moi la possibilité de mener un projet de recherche dans un laboratoire, dit-il, encore tout émerveillé. Ça a changé ma vie. C’était l’étincelle dont j’avais besoin pour réaliser mes rêves. »   

Peu à peu, il a découvert l’importance du réseautage. En 2019, il a noué une relation particulièrement fructueuse avec un éminent scientifique invité. Séduit par le talent et l’énergie du jeune Brésilien, le Dr George Zogopoulos lui a proposé de venir passer quatre mois à Montréal comme chercheur stagiaire à ce qui était alors le Centre de recherche sur le cancer Rosalind-et-Morris-Goodman, affilié à l’Université McGill. Financement en poche, Leonardo s’est envolé pour Montréal.  

« Quelle chance j’ai eue!, s’exclame Leonardo. Et je suis tombé amoureux de Montréal. » 

Aujourd’hui, Leonardo est sur le point d’obtenir son baccalauréat en sciences politiques et en physiologie, après plusieurs années d’études de premier cycle à McGill ponctuées de stages dans des instituts internationaux consacrés principalement à la recherche sur le cancer du pancréas. C’est lors d’un de ses voyages, plus précisément à l’Université de St Andrews, en Écosse, qu’un imprévu est venu modifier sa trajectoire : nous sommes en 2020, et la pandémie de COVID-19 oblige les étudiantes et étudiants visiteurs à rentrer chez eux. Cet événement le pousse à revoir, à mi-parcours, ses projets de carrière.  

« J’avais le sentiment que l’univers essayait de me dire quelque chose. J’avais toujours voulu devenir médecin, mais j’ai commencé à me dire que je pourrais davantage changer les choses en agissant plutôt dans la sphère des politiques publiques. »  

Délaissant le laboratoire, Leonardo a commencé à faire de la recherche sur le terrain, et un terrain assez vaste, merci. Actuellement, il s’intéresse à la santé numérique, plus précisément à l’intégration des technologies et des outils numériques à tous les aspects des soins de santé. Il s’est lancé dans un domaine en plein essor où les besoins sont souvent bien supérieurs aux infrastructures et aux ressources disponibles, surtout dans les pays en développement. Sous la direction des Prs Belinda Nicolau et Rohinton Medhora, il joue actuellement un rôle clé au sein d’une entreprise ambitieuse : interviewer des décideurs politiques de haut niveau d’un bout à l’autre de l’Amérique latine dans le but de combler ce fossé. L’avenir s’annonce fort prometteur; en effet, Leonardo dispose désormais d’un corpus solide pour alimenter ses recherches, à telle enseigne qu’il espère pouvoir faire un doctorat. 

Leonardo est déterminé à mettre son savoir à profit pour le mieux-être des habitants de sa favela, certes, mais aussi des populations en général. Lorsqu’on lui demande quels sont ses objectifs et qu’il répond souhaiter diriger un jour l’Organisation mondiale de la Santé ou devenir ministre de la Santé du Brésil, on ne doute pas un instant de sa sincérité. (En passant, il a également déclaré qu’il aimerait être le premier Brésilien à décrocher le prix Nobel de physiologie ou médecine. Une visée ambitieuse? Peut-être. Mais les sceptiques pourraient fort bien être confondus.) 

Que dirait Leonardo à une jeune personne de 11 ans qui, comme lui le jour de la grande révélation, a soif d’apprendre et vit dans un milieu où les modèles sont rares? 

« Je lui dirais : ʺVise haut. Ne lâche pas, même si tu as peur ou que tu as l’impression de ne pas être à ta place. Tes rêves peuvent te mener loin, peu importe d’où tu viens.«  »