
Megan Légaré et Allison MacLeod comptent parmi les plus récentes lauréates de la bourse Rathlyn de l’Université McGill. D’une valeur de 12 500 $, cette distinction est attribuée chaque année à deux personnes étudiantes autochtones menant des recherches aux cycles supérieurs.
Megan Légaré, qui en est à sa deuxième année de doctorat en médecine familiale, est d’origine kanien’kehá:ka et européenne. Ses travaux portent sur l’Association des maisons des jeunes du Nunavik, qui coordonne les différents centres pour les jeunes du territoire et offre un espace sûr et stimulant aux jeunes Inuits âgés de 5 à 19 ans.
Pour sa part, Allison MacLeod s’intéresse au miyupimaatisiiun – qui signifie « bonne santé » en cri – au sein des communautés cries de l’arrière-pays du nord du Québec. La chercheuse, elle-même d’origine crie, étudie à la maîtrise en anthropologie médicale.
« L’Institut de recherche et de savoirs autochtones de la Faculté des arts de l’Université McGill est honoré de soutenir les travaux de ces deux chercheuses autochtones par le biais de la bourse Rathlyn, déclare Noelani Arista, directrice de l’Institut. Elles attirent l’attention sur l’importance d’une meilleure communication et d’une meilleure compréhension dans l’amélioration des résultats en santé chez les peuples autochtones du Canada. »
La parole aux jeunes
Megan Légaré collabore avec l’Association des maisons des jeunes du Nunavik, également connue sous le nom de Suilaaqivik, afin d’améliorer la mise en œuvre de ses programmes, de renforcer la continuité culturelle inuite et de répondre aux besoins des jeunes. Elle travaille en étroite collaboration avec le personnel et les jeunes de deux des quatorze communautés desservies par l’Association.
« Mon principal objectif de recherche est de donner la parole aux jeunes Autochtones, affirme-t-elle. Je veux que leur voix soit entendue et prise en compte, qu’elle contribue à façonner les services qui leur sont destinés ainsi que les décisions prises au sujet de leur santé. »
Chaque maison des jeunes propose une programmation qui lui est propre : activités artistiques, artisanat, sports et jeux de société, par exemple. Le personnel souhaite diversifier davantage les activités, en y intégrant des initiatives culturellement pertinentes, comme la couture et des sorties en nature.
« Je me positionne en tant que facilitatrice du dialogue, explique la chercheuse. Ma démarche repose avant tout sur l’écoute et la valorisation de la voix des jeunes, du personnel, de la direction et des membres de la communauté. Des jeunes qui ont un fort sentiment d’appartenance et une identité affirmée – notamment culturelle – génèrent forcément des retombées positives pour la communauté et le monde. »
La santé pour tous
Le projet de maîtrise d’Allison MacLeod, consacré à la santé et au bien-être du peuple cri, est né de deux événements déterminants dans sa vie. Le premier a été une visite à l’hôpital en 2022, où la file d’attente à l’urgence s’étirait jusqu’à l’extérieur; le second, la lecture de l’ouvrage Being Alive Well: Health and the Politics of Cree Well-Being, de Naomi Adelson, elle-même anthropologue médicale.
« Ce livre a inspiré l’ensemble de mon projet de mémoire. J’ai toujours su que les peuples autochtones avaient une vision du monde qui leur était propre, mais je ne savais pas exactement en quoi consistait leur vision de la santé. Ce livre m’a ouvert les yeux. »
Dans la foulée des travaux de Naomi Adelson, Allison MacLeod cherche à définir la conception de la santé, des soins et de la médecine des membres de la communauté eenou (crie), des guérisseurs traditionnels et des professionnels de la santé biomédicale de sa communauté, la Nation crie de Mistissini. Elle a effectué trois mois de travail sur le terrain, réalisant des entretiens au Centre communautaire Miyupimaatisiiun de Mistissini et participant à des cérémonies de guérison traditionnelle en pleine nature, dans tout l’Eeyou Istchee.
« Le système de santé canadien est en pleine déroute – surtout depuis la COVID –, et il est urgent d’y remédier, affirme la chercheuse. Les peuples autochtones sont touchés de manière disproportionnée par des problèmes de santé et succombent plus souvent à des maladies évitables que le reste de la population canadienne. En tant que femme autochtone, je considère qu’il est de mon devoir d’agir. »