
Un groupe d’étudiants et d’étudiantes de l’Université McGill s’apprête à donner vie à une œuvre peu connue, qu’il présentera en grande première nord-américaine. Les Fêtes de Ramire, opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau datant du xviiie siècle , sera présenté les 24 et 25 avril à la chapelle du Musée des Hospitalières, dans une production étudiante alliant érudition, arts de la scène et collaboration.
Organisé par Paige Boulet, étudiante en chant aux cycles supérieurs, ce spectacle est né du désir commun des étudiants et étudiantes en musique ancienne de l’École Schulich de l’Université McGill de monter leur propre production. Entamées l’été dernier, les discussions se sont rapidement transformées, après l’obtention des fonds et la constitution d’une équipe, en une entreprise ambitieuse.
« Nous voulions faire nous-même nos choix artistiques et travailler en équipe, souligne Paige. C’était comme un prolongement naturel du solide esprit de collaboration qui règne chez les étudiants et étudiantes en musique ancienne. »
Une production étudiante de A à Z
Contrairement à de nombreuses productions étudiantes, Les Fêtes de Ramire n’est pas monté dans le cadre d’un cours ni lié à l’obtention de crédits. En effet, tous les aspects de la production – de la rédaction de la demande de subvention à la représentation, en passant par la promotion et les costumes – sont pris en charge par des personnes étudiantes, qui travaillent bénévolement. La distribution et l’orchestre, qui comptent environ 25 artistes, sont secondés par une équipe de production étudiante composée de régisseurs, de décorateurs et d’administrateurs qui, pour bon nombre d’entre eux, sont inscrits au Programme de théâtre et d’art dramatique du Département d’études anglaises. Selon Paige Boulet, c’est sans doute la première fois que des personnes étudiantes de l’École de musique et de ce département collaborent à une production de ce genre.
À la barre de la production officient Haodong Ma (D. Mus., 2027), directeur musical, et Tristan Pritham (B. Mus., Interprétation chant classique, 2026), metteur en scène. Ils sont épaulés par trois spécialistes de la musique baroque française : le violoniste Olivier Brault et la claveciniste Dorothéa Ventura, tous deux chargés de cours au Département d’interprétation musicale, ainsi que Marie-Nathalie Lacoursière, chorégraphe et spécialiste de la danse ancienne.
Redécouverte d’une œuvre peu connue

L’équipe, précise Paige Boulet, a la rigueur historique à cœur : elle tient à ce que la production soit fidèle au son et au style de l’époque. Voilà qui tombe bien : bon nombre des membres de l’équipe étudient en musique ancienne.
« La plupart d’entre nous utilisent déjà des techniques et des instruments d’époque, explique l’étudiante. Cette production, c’est pour nous l’occasion de passer de la théorie à la pratique dans une véritable prestation scénique. »
En tant qu’opéra-ballet, Les Fêtes de Ramire allie théâtre lyrique et intermèdes dansés, dans la plus pure tradition de l’opéra baroque français. L’intégration de la musique et du mouvement passera par des chorégraphies spécialisées et une mise en scène repensée permettant aux chanteuses et chanteurs d’interpréter eux-mêmes certaines figures de danse.
Par ailleurs, des considérations tant pratiques qu’artistiques ont présidé au choix du répertoire. L’opéra-ballet ne comportant qu’un seul acte, l’œuvre était accessible pour une troupe étudiante; par ailleurs, la diversité des rôles ouvrait la porte à un large éventail d’interprètes. Ajoutons à cela que, nimbée d’une aura de mystère, l’œuvre a quelque chose de fascinant.
« Il n’existe aucun enregistrement de cet opéra-ballet, qui est par ailleurs très rarement présenté, explique Paige. Une partie du plaisir, c’est donc de découvrir le rendu musical pendant les répétitions. »
Cela dit, cette belle découverte n’allait pas sans quelques difficultés logistiques. En effet, la conciliation des horaires de cours, des représentations et des divers engagements des membres de la troupe a nécessité une coordination de haut vol. Les répétitions musicales hebdomadaires ont commencé en janvier et, pendant les 10 jours qui précéderont la première, les répétitions seront quotidiennes.
C’est une expérience exigeante, certes, mais enrichissante, estime Paige.
« J’ai pu constater que la production d’un opéra était une tâche colossale, mais que le jeu en valait vraiment la chandelle. Voir tout ce beau monde collaborer et donner vie à cette musique, c’est tellement satisfaisant. »
Le choix de la salle vient amplifier l’écho historique de la production. En effet, la chapelle du Musée des Hospitalières offre un cadre intime qui se prête à merveille à l’esthétique des spectacles baroques français.
L’immersion : voilà le but recherché.
« Nous voulons que l’auditoire ait l’impression d’être transporté à une autre époque, nous confie Paige, qu’il vive une expérience immersive en découvrant cette musique dans un écrin historique. »
Cette production témoigne de l’esprit d’initiative de ces étudiants et des possibilités qu’offre la collaboration interdisciplinaire. Et, pour tous les membres de la troupe, c’est beaucoup plus qu’un spectacle : c’est un véritable voyage dans l’histoire de la musique.
Les Fêtes de Ramire, le 24 avril à 19 h 30 et le 25 avril à 15 h Achat de billets