
CNN a commencé à former des journalistes internationaux au Brynania, pays fictif créé par le professeur de sciences politiques Rex Brynen et ses milliers d’étudiantes et étudiants.
Créé pour le cours POLI 450: Peacebuilding, ce pays a servi pendant 20 ans de cadre à une simulation de missions complexes de paix et d’aide humanitaire d’une durée d’une semaine.
Même si le Pr Brynen ne donne plus ce cours depuis 2020, le Brynania existe toujours grâce à la CNN Academy. Le programme de formation a porté cinq fois en quatre ans sur la simulation, notamment à Abu Dhabi, à Mexico et à Dublin, et sera lancé de nouveau.
« Une simulation peut mettre en évidence des choses impossibles à apprendre dans un cours magistral ou une lecture obligatoire : il faut donner aux gens la possibilité de faire des erreurs et de se tromper, a expliqué le professeur. Le fait que CNN et ses organisations partenaires souhaitent utiliser cette approche mise au point à l’Université McGill témoigne de son efficacité. »
Des changements climatiques aux déchets toxiques
À McGill, le Brynania était en proie à une guerre civile. Si tout se passait bien, la classe pouvait rétablir la paix grâce à des négociations et à de l’aide humanitaire.
« C’était un projet colossal, soutient Rex Brynen. Il exigeait 12 heures de participation, sept jours par semaine, mais en réalité, il se passait des choses jour et nuit. Les étudiants agissaient en personne et virtuellement, à distance, dans le cadre d’une opération de paix complexe, qui, dans le pays fictif, durait sept mois. »
Le Pr Brynen estime que plus de 2 000 étudiantes et étudiants de l’Université ont participé aux efforts de paix au Brynania. L’un d’entre eux, Alireza Hajihosseini, est aujourd’hui directeur de la CNN Academy et adjoint au directeur du bureau de CNN à Abu Dhabi.
L’étudiant a déclaré au quotidien Arab News que cette simulation avait été « l’une des expériences d’apprentissage les plus mémorables et les plus intenses » de son parcours universitaire. « Lorsque nous avons commencé à réfléchir à la conception d’une simulation journalistique inédite, j’ai su qu’il fallait que je communique avec Rex; je voulais recréer cette expérience. »
Le Brynania a depuis gagné en complexité. La guerre civile est terminée, mais le pays est désormais confronté aux changements climatiques, à la désinformation numérique, aux déplacements forcés et aux déversements de produits toxiques.

Rex Brynen et Alireza Hajihosseini ont simulé des conférences de presse, des entrevues, des mêlées de presse et des reportages sur le terrain. Un système de réseaux sociaux a également été mis sur pied, et on y compte des centaines de publications.
« Nous misons sur le réalisme, indique le Pr Brynen. Nous réveillons les étudiants au milieu de la nuit. Nous faisons exploser une voiture piégée près d’un personnage important lorsque nous savons qu’il est en train de manger. Si un étudiant fait un geste qui, dans la vie réelle, conduirait à l’arrestation d’un journaliste, nous enfilons un uniforme et allons le cueillir pour lui faire subir un interrogatoire de police. »
L’effet de la simulation se fait encore sentir chez les étudiantes et étudiants qui y ont participé à Montréal.
« Il s’agit de l’expérience d’apprentissage la plus importante de mon passage à McGill », précise Phoebe Warren, ancienne étudiante qui a reçu une version fictive du prix Nobel de la paix en 2018 dans le cadre du cours POLI 450. « La mise en application est le meilleur moyen de renforcer ses connaissances. »
Phoebe Warren a poursuivi des études de droit, et elle travaille aujourd’hui comme avocate stagiaire au Royaume-Uni.
« Les compétences que j’ai mises à profit dans la simulation sur le Brynania – conscience politique, prise de décision rapide, mais réfléchie, capacité à gérer des pressions concurrentes – continuent de me servir dans le domaine du droit et de la politique de l’immigration », a-t-elle déclaré.
Ancrée à l’Université McGill
Maintenant proposée en deux langues et dans plusieurs pays, la simulation sur le Brynania continue d’étendre son empreinte mondiale.
La Fondation Rockefeller et la Fondation Gates, deux partenaires de la CNN Academy, ont financé des producteurs de contenu issus du Sud planétaire. Les étudiantes et étudiants mettent en lumière des enjeux comme la préservation de la faune en Afrique de l’Est et les droits reproductifs au Népal.
Pourtant, le Brynania demeure une création typiquement mcgilloise.
« Les pays voisins portent des noms comme Concordia, Uqamistan et Udem, alors l’empreinte de Montréal est très présente dans la simulation », a expliqué Rex Brynen.
La simulation permet également un apprentissage en toute sécurité.
« Si je demandais à une étudiante : “Commettrais-tu telle erreur?”, elle me répondrait : “Bien sûr que non, je ne ferais jamais ça.” Mais si je la mets dans le bain, comme une véritable journaliste internationale couvrant une nouvelle-choc, elle se rend compte qu’il est facile de commettre cette erreur si elle ne fait pas attention. Et je préfère qu’elle commette des erreurs maintenant que dans le cadre de son travail. »
À l’hiver 2026, Rex Brynen donnera le cours POLI 452: Conflict Simulation, qui enseignera aux étudiantes et étudiants à concevoir des simulations comme celle du Brynania.