
Un jardin « roue de médecine », inspiré des enseignements autochtones, s’épanouit actuellement sur le campus du centre-ville, au sud du Pavillon Burnside.
De forme circulaire et divisé en quatre quadrants égaux, le jardin renferme du tabac, du cèdre rouge, de la sauge et du foin d’odeur ainsi que des espèces indigènes favorables aux pollinisateurs.
C’est un étudiant au baccalauréat ès arts et sciences, Robin Boulet, qui a eu l’idée d’aménager ce type de jardin.
« Je cherchais un projet dynamisant qui puisse renforcer le sentiment d’appartenance à la communauté universitaire, explique-t-il. Ça me fait tellement plaisir de constater que cette réalisation va au-delà de ma personne et que j’ai pu contribuer à l’aménagement d’un lieu ouvert à tous et toutes. »
Ce jardin s’inscrit dans les 52 appels à l’action de McGill, qui ont pour but de rendre visible sur les campus l’engagement de l’Université en faveur de l’éducation autochtone.
« Il est important non seulement de rendre hommage aux peuples autochtones qui vivent en étroite relation avec ces terres, mais aussi de mettre en valeur leur précieux savoir ici, à McGill », estime Diane Dechief, métisse, professeure adjointe à la Faculté des sciences et directrice du programme de baccalauréat ès arts et sciences. « À partir de maintenant, les gens pourront interagir de toutes sortes de façons avec ce jardin. »

Un lieu d’ouverture et d’inclusion
Dans un cours de la Pre Dechief – BASC 201 : Arts and Science Integrative Topics –, Robin Boulet devait lire un article sur la théorie de la roue de médecine dont l’autrice, Amy Shawanda, Anichinabée originaire du territoire non cédé de Wikwemikong, est professeure adjointe au Département de santé mondiale et de santé publique de l’Université McGill.
La roue de médecine anichinabée est une représentation de l’équilibre et de la plénitude; elle symbolise le cycle de vie des êtres humains, des oiseaux, des plantes et des saisons, et constitue un cadre conceptuel riche pour l’interprétation du monde. Dans un jardin, ses quadrants sont alignés sur les quatre points cardinaux et chacun est associé à une couleur : jaune au sud, blanc au nord, rouge à l’est et noir ou violet foncé à l’ouest.
Peu après avoir suivi le cours, Robin a participé à un atelier sur les récoltes animé par Ingrid Birker, retraitée qui s’occupait de la vulgarisation scientifique au musée Redpath. Aujourd’hui, elle entretient plusieurs jardins mcgillois, dont celui qui s’épanouit au sud du Pavillon Burnside. Lorsqu’elle a fait observer que le foin d’odeur et l’armoise de l’Ouest du jardin – toutes deux offertes par la Maison des peuples autochtones – ne se portaient pas bien à leur emplacement, Robin a suggéré que l’on aménage le jardin conformément à la roue de médecine.
« Je souhaitais aller au-delà du fichier PDF et mettre cette théorie en pratique dans le jardin », précise l’étudiant.
« Ma réaction a été : “Mais bien sûr!” », s’exclame Ingrid Birker, qui connaissait déjà ce concept.
Quant à la Pre Dechief, elle a été séduite par l’idée.
« J’ai été vraiment impressionnée de voir Robin mettre en application avec autant de créativité la matière du cours, souligne la professeure. C’est ce genre de lien que j’adore voir mes étudiants et étudiantes établir; le résultat, c’est une réalisation qui vient vraiment enrichir notre campus. L’emplacement du jardin, à proximité d’un lieu d’apprentissage des mathématiques, de la chimie et de la géographie, nous rappelle que les savoirs autochtones existent au sein même de ces disciplines et parallèlement à celles-ci. »
Le théâtre de célébrations saisonnières
Robin et Ingrid ont commencé par soumettre leur projet au Fonds des projets durables de l’Université. Ouvert à tous les membres de l’effectif étudiant, du personnel et du corps enseignant, ce fonds finance des projets axés sur le développement durable : il en a financé plus de 400 depuis 2010.
Les deux jardiniers ont utilisé leur budget de 300 $ pour acheter du terreau et des semis de plantes indigènes favorables aux pollinisateurs; la plantation a eu lieu à la fin de mai.
Ont participé à cette journée la Pre Dechief, Ingrid et Pasha Partridge, responsable de la représentation et des activités autochtones au Bureau des initiatives autochtones de l’Université.
« C’était agréable de participer à une activité axée sur la représentation des peuples autochtones », se remémore Pasha, qui a officiellement inauguré l’événement en plantant du foin d’odeur et de la sauge. « Ce jardin est le fruit d’une réflexion approfondie et a été aménagé avec soin; ses créateurs pourront continuer de compter sur l’aide de notre bureau.
Déjà, on se prépare à y tenir des cérémonies saisonnières; ainsi, il accueillera un atelier de tressage de paniers à la fin d’août.
« J’espère que les gens aimeront déambuler autour du jardin en prenant le temps de réfléchir à l’équilibre qu’évoque la roue de médecine, qui nous invite à méditer sur notre parcours au fil du temps et des saisons, dit la Pre Dechief. Quant aux personnes qui connaissent déjà la roue de médecine, elles trouveront peut-être réconfortant qu’il y en ait une à l’Université. Et celles qui n’ont jamais entendu parler de ce symbole y verront peut-être de la beauté ou, qui sait, auront envie de creuser le sujet pour en savoir davantage. »
Robin a passé l’été chez lui, en Colombie-Britannique; il découvrira donc le jardin cet automne, à son retour sur le campus.
« J’ai tellement hâte de le voir de mes propres yeux, et je pense qu’il est promis à un bel avenir. Qui sait, peut-être que la prochaine génération pourra, elle aussi, en profiter. »